‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 11 sur 220 · SAINT GALMINIUS OU GALMINE, DUC D'AQUITAINE ET ERMITE · texte numérisé non relu

SAINT GALMINIUS OU GALMINE, DUC D'AQUITAINE ET ERMITE

donc une seconde fois le voyage de Rome, pour s’en procurer, et exposa au pape Jean IT, qui gouvernait alors l'Eglise universelle, qu’il se proposait de faire dédier le temple de Mauzac en l'honneur du chef des Apôtres. Le Pape, surpris autant qu'édifié du zèle extraordinaire qui avait fait entreprendre à un homme de ce rang, à un simple laïque, un si long et si pénible voyage, par le seul motif d'acquérir de tels trésors, dont le monde d'ordinaire sent peu le prix; et charmé de sa candeur et de sa piété, il lui accorda volontiers des saintes reliques. Muni de ce trésor qu’il estimait mille fois plus que l’or et les pierreries, le Saint revint en France, et passa par l’Agenois, où il avait sans doute quelques possessions. Ayant appris dans la capitale de cette province qu’on y possédait le corps de l’illustre saint Caprais, qui y avait autrefois souffert le martyre pour le nom de Jésus- Christ, il témoigna un si vif désir d’obtenir quelqu’une de ses reliques, que l’on ne put se refuser à ses instances. On lui accorda un bras entier du saint Martyr. Pour lors, au comble de ses vœux, il part en toute hâte pour Mauzac, et y est reçu avec une joie extrême, tant du peuple que des religieux. À sa sollicitation, l’évêque de Clermont consacre la nouvelle église, et dédie le maître-autel sous l’invocation de saint Pièrre, et sous celle de saint Caprais t.

Après de si heureux succès, il ne restait à saint Calminius qu’à se préparer prochainement à la mort qui, vu son âge, ses macérations, et les travaux dont tout le cours de sa vie avait été rempli, ne pouvait être fort éloignée. Aussi fut-ce à cette préparation immédiate qu’il employa le temps qu’il vécut encore. Il ne sortit plus de Mauzac, et se livra tout entier à la prière, à la contemplation et à tous les autres exercices de la piété chrétienne, sollicitant avec instance la grâce de la persévérance finale. Enfin le moment que le Seigneur avait marqué de toute éternité, pour décerner à son serviteur la couronne de justice, étant arrivé, il tomba dangereusement malade, et, bientôt réduit à l'extrémité, il mourut le 19 août, plein de mérites et de bonnes œuvres, après avoir reçu les derniers sacrements avec toute la ferveur qu’on pouvait attendre d’un Saint qui en avait tant fait paraître depuis son enfance.

Son corps fut inhumé derrière le maître-autel de Mauzac, où il resta de longues années, pendant lesquelles le Saint fit souvent ressentir à ceux qui l’invoquèrent avec confiance et dévotion, l'effet de son crédit auprès de Dieu.

CULTE ET RELIQUES

La chässe qui recélait le corps de saint Calminius ayant été brisée et pillée en 1126, pour prévenir les nouveaux outrages auxquels il pouvait être exposé en Auvergne, dans ces temps de guerre, on le transporta tout entier ou en partie, dans la petite ville de la Guène, sur la paroisse de laquelle était la grotte qui-avait servi de retraite au Saint, lorsque se donnant à Dieu entièrement, il commença de vivre en ermite. Il paraît aussi qu’on le déposa sous le pavé de l’église, dans une crypte ou espèce de tombeau. Ce qu'il y a de certain, c’est qu’on l'y trouva quarante-six ans après, c’est-à-dire en 4112, comme il conste par l'inscription suivante, écrite sur du parchemin, et gardée dans la chässe de saint Calminius, qui est à côlé du maitre-autel de l’église de la Guène : « Ici est le corps du bienheureux Calminius, confesseur, qui fut trouvé dans son

1. Le monastère de Mauzac ayant été ruiné dans le vire siècle, et ses biens pillés ou envahis par suite de la guerre de Pépin le Bref contre Vaïlfre, duc d'Aquitaine, ce grand prince le rétablit, et lui rendit Ses possessions, auxquelles même il en ajouta de nouvelles, de sa propre libéralité, en considération de saint Austremoine, apôtre d'Auvergne, dont il avait fait transférer le corps, en sa présence, du monastère de Volvic à celui de Mauzac qui en était peu éloigné. Le monastère de Mauzac fut donné dans ia suife aux moines de Cluny.

tombeau, lequel est au-dessous de l'église de la Guène, auprès du grand-autel, l’an de l’Incarnation de N.-S. J.-C. 1172 ».

Deux cent quatre-vingt-dix ans après l'invention de son corps que nous venons de rapporter, la crypte où on l'avait remis ayant eu besoin d’être réparée, on en tira de nouveau ce précieux dépôt, et on l’y replaca presque ‘aussitôt, avec beaucoup de pompe et de solennité. Dans la suite on fit faire nne assez belle chässe, couverte de cuivre doré, dans laquelle on renferma les reliques du Saint, et on la plaça honorablement dertière le maître-autel. C’était de là qu'on la descendait autrefois, dans les temps d'extrême sécheresse, pour la porter processionnellement à une fontaine appelée de Saint-Calmine, laquelle n’est pas fort éloignée de la grotte du Saint, et dans laquelle on plongeait ladite châsse : ce qui altirait un grand concours de peuple qui priait avec ferveur, et réussissait parfois à fléchir la colère du ciel et à obtenir de la pluie. Depuis, on a jugé à propos de l’en ôter, et on l’a mise au côté droit du même autel, vis-à-vis une châsse qui contient d’autres reliques, laquelle se trouve du côté de l'Evangile.

Extrait des Saints du Limousin, par Labiche de Reïgnefort.

SAINT DONAT D'ORLEANS, PRÊTRE ET SOLITAIRE AUX ENVIRONS DE SISTERON. 22, — Pape : Hormisdas. = Roi de France : Childebert fer,

Ama solitudinem, fuge multitudinem, ne comprehen= daris in verbo, ne confundaris in facto.

Aïmez la solitude et fuyez le contact des hommes, da peur de pécher en paroles ou en action.

Saint Augustin.

Saint Donat naquit à Orléans, vers la fin du v° siècle. Son intelligence fut si précoce, que, à peine âgé de trois ans, ses parents lui donnèrent un maître pour l’initier aux sciences humaines. Il sut bientôt le psautier par cœur, et, à douze ans, il aurait pu, disent les légendaires, réciter la Bible en entier, tant sa mémoire était prodigieuse.

Cette vive inclination, cette merveilleuse facilité pour l'étude, jointes à Pamour de la vertu, développèrent rapidement en lui les germes féconds de la sainteté et de la science. L’évèque d'Orléans, frappé des ‘dispositions étonnantes du jeune Donat et plus encore de la douceur de son caractère qui lui avait fait donner le surnom d’Ænfant de Dieu, le plaça parmi ses clercs, puis, en considération de son rare mérite, il lui conféra, avant l’âge, le diaconat, et peu de temps après l’ordre de la prêtrise. Le saint jeune homme se montra digne, par sa maturité, de la haute confiance que lui accordait alors son évêque ; mais, tandis qu’il se livrait aux fonctions du sacré ministère avec ce zèle et cet élan que la charité sacerdotale met au cœur du saint prêtre, il entendit au fond de son âme la voix du Seigneur, qui lui disait, comme autrefois à Abraham : « Sortez de votre patrie, quittez votre famille, et passez dans la terre que je vous montrerai ».

Donat crut à cette parole, et, après être allé prier sur le tombeau glorieux de saint Martin de Tours, fortifié dans son héroïque résolution, il s’arrache aux embrassements de sa famille, à la paternelle affection de son évêque, dit adieu à la ville d'Orléans, et va sans inquiétude et sans crainte à la recherche de cette autre patrie que le doigt de Dieu lui indiquera ; magnifique exemple de l’abandon total entre les mains de la Provi-

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