SAINT CALMINIUS OU CGALMINE, DUG D'AQUITAINE ET ERMITE
de jour en jour, il n'hésita plus à quitter son pays et ses proches, pour se retirer au désert. Le bréviaire manuscrit de la Guène, qui nous apprend ce fait dans l'office de saint Calminius, n’exprime pas le nom de ce désert; mais la tradition commune des habitants de cette paroisse, qui avait autrefois le titre de ville, et des peuples d’alentour, tradition qui doit d’autant moins être méprisée qu’elle est fondée sur des monuments qui subsistaient encore avant la Révolution, cette tradition, disons-nous, nous apprend que notre Saint vint mener la vie érémitique dans une grotte fort retirée et peu spacieuse, creusée, du côté du levant, au milieu d’une montagne stérile et escarpée, qui se trouve sur la route de Tulle à la Guène, à peu près à égale distance de l’une et de l’autre, et dont le pied est arrosé, de tous côtés, par la Valouse et la Montane, deux petits ruisseaux qui vont se jeter, assez près de là, dans la Corrèze. Cette grotte porte encore aujourd’hui le nom de Saint-Calmine; et l’on y voyait autrefois l’image de ce grand serviteur de Dieu, en habit d’ermite. Au devant était une chapelle où l’on disait la messe, surtout le jour de sa fête, auquel on se rendait en foule de la Guène et des environs. Cette chapelle avait été bâtie, il y a près de deux cents ans, par M. Melon de Tulle, à qui la montagne appartenait, sur les ruines d’une autre plus ancienne et plus petite, construite dès l’an 1621, par les soins d’un prêtre nommé Léonard Lafon, dit de Vincens, qui en fut nommé chapelain.
Ce fut, selon toutes les apparences, dans cette grotte, qui, au temps de saint Calminius, devait être très-solitaire, et fort éloignée de l’abord des hommes, que notre Saint, qui ne cherchait qu’à se dérober à leurs regards, alla se cacher, ou plutôt s’ensevelir tout vivant, et qu’il commença de mener une vie aussi méritoire et aussi douce à l’homme de la grâce, qu’elle devait paraître dure et pénible à celui de la nature. Nous disons qu’il commença d'y mener la vie érémitique, parce qu’en effet il paraît que, soit pour fuir, par humilité, un pays où la réputation de sa sainteté commençait à se répandre, soit pour obéir à une nouvelle inspiration de la grâce, qui, après l'avoir appliqué tout entier au soin de sa propre sanctification, le disposait de loin, sans qu’il le soupçonnât, à travailler au salut du prochain, il quitta le Bas-Limousin, et se retira dans la province du Velay qu’il connaissait parfaitement, comme en ayant été gouverneur. Là il eut pour compagnon de sa solitude un vénérable et sage vieillard, de qui il voulut sans doute se faire le disciple et apprendre plus parfaitement les secrets de la vie intérieure; et se livrant sans réserve à l'attrait de la grâce, il accomplit à la lettre ce que dit le prophète Jérémie du vrai solitaire, que tenant son âme dans le repos et le silence, il s’élèvera au-dessus de lui-même, par la contemplation assidue et un ardent amour des choses célestes.
Après avoir travaillé à sa propre sanctification, il entreprit de procurer, par de saints établissements, celle de ses frères. Dans cette vue il fonda, au diocèse du Puy, sur un fonds qui lui appartenait, au pied d’une montagne fort élevée, appelée Monsencius, et près du lieu nommé V//ars, un fort beau monastère, qu'il appela Calminiac, de son nom !‘. Non content de l’avoir bâti avec une grande magnificence, il en enrichit l’église d’ornements pour
1. Dans la suite on le nomma Saint-Théophrède (par abréviation Saint-Théoffre, et par corruption Saint-Chaffre); 4&u nom de son second abbé, venu, comme le premier, du célèbre monastère de Lérins, et mis à mort, en 642 ou 645, par les Gascons, dans une irruption qu'ils firent dans l'Aquitaine : ce qui lui à valu d'être honoré dans l'Eglise comme Martyr. Ce monastère s'appelait aussi quelquefois Aonestier. L'abbaye de Saint-Théophrède devint dans la suite une des plus considérables abbayes de France, soit à cause des priviléges qu'elle avait reçus des souverains Pontifes et de nos rois, dont un, Louis le Débonnaire, le fit rebâtir après que les Sarrasins l'eurent pillée et détruite, vers l'an 732; soit à raison de son
le service divin, et de précieuses reliques des Saints, et la fit consacrer sous l’invocation de l’apôtre saint Pierre. Ensuite, tout brûlant de zèle pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes, il parcourut tous les lieux circonvoisins, et attira dans son monastère tout ce qu’il put de serviteurs de Dieu, pour en faire de fervents religieux; et, afin qu’ils ne fussent pas forcés de rentrer dans le commerce du monde, et dans l'embarras des affaires, il leur donna de grandes possessions pour fournir à tous leurs besoins : il fixa même momentanément son domicile parmi eux, toutefois sans changer d'habit, ni abandonner l’administration de ses biens.
Mais la piété et la ferveur de Calminius prenant chaque jour de nouveaux accroissements dans ce tranquille séjour, à la faveur du recueillement et de la régularité qui y régnaient, il se sentit pressé d’un ardent désir d’aller en pèlerinage à Rome, pour visiter les tombeaux des Apôtres, et surtout celui de l’apôtre saint Pierre, pour qui il eut toute sa vie une dévotion très-particulière. Il est plus facile de conjecturer que d'exprimer tout ce que ressentit une âme si pure et si embrasée d'amour pour Dieu, dans une pareille ville, et à la vue des innombrables monuments religieux qu’elle renferme. A son retour, il visita le monastère de Lérins, et obtint du saint Abbé qui le gouvernait, un certain nombre de fervents religieux pour sa communauté de Calminiac, un entre autres nommé Eudon, qui était destiné à la gouverner en qualité d’Abbé, et qui a mérité d’être mis au nombre des Saints.
Saint Calminius, après avoir joui quelque temps de l’innocente satisfaction de voir prospérer son monastère, résolut de faire ailleurs un bien semblable, et jeta ses vues de préférence sur sa patrie, nous voulons dire sur l’Auvergne, qu’il avait, aussi bien que le Velay, gouvernée en qualité de duc; car il voulait pourvoir au bien spirituel de ces deux provinces, comme il avait autrefois travaillé à leur félicité temporelle. Pour cet effet, il se retira dans la Basse-Auvergne, qui est la partie de cette province la plus fertile à la fois et la plus agréable, et choisit le bourg de Mauzac à deux lieues de Clermont, et plus proche encore de Riom, pour y établir son second monastère, qu’il fit bâtir noblement et à grands frais. Y ayant rassemblé, comme dans le premier, un nombre considérable de sujets appelés à l’état religieux, il fit venir pour les former à la vie monastique, d'anciens moines qui en avaient longtemps pratiqué les exercices, soit qu'il les tirât de son premier monastère, ou de celui de Saint-Cyrique, vulgairement Saint-Cirgue, qui observait les statuts de Lérins, ou de quelque autre maison religieuse d'Auvergne; car il y en avait déjà un assez grand nombre dans cette province. Et, pour que rien ne vint troubler le saint repos de ces enfants du cloître, il leur fit présent de nombreux domaines, et leur assigna d’amples revenus qui les mirent à l’abri du besoin. Il embellit aussi leur église et la pourvut de tout ce qui était nécessaire pour le culte divin, sans négliger pour cela le soin et le soulagement des pauvres, ses anciens amis : faisant ainsi éclater à la fois son zèle pour la gloire de Dieu, et son dévouement au service du prochain, c’est-à-dire cette double charité dans laquelle consiste la plénitude de la loi.
Quoique notre Saint eût tant fait pour son monastère de Mauzac, il lui semblait qu'il manquerait toujours quelque chose à son ouvrage favori, tant qu’il n’enrichirait pas cette maison de reliques des Saints. Il entreprit
ancienneté, et de l'abbaye de Saint-Pierre du Puy qu’elle eut sous elle, ainsi qu'un assez grand nombre de prévôtés ou prieurés, répandus en diverses provinces de France, et même en Savoie et dans la Lombardie.