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SAINT GILLES

ABBÉ DU MONASTÈRE DE SAINT-GILLES, AU DIOCÈSE DE NIMES. 720. — Pape : Saint Grégoire Il. — Roi de France : Chilpérie I,

Vera humilitas vituperata proficit, laudata periculum incurrit.

La véritable humilité progresse au milieu des insultes et elle est en danger au milieu des louanges. Jean Trithème. à

La gloire et l'honneur suivent d'autant plus la vertu, qu’elle en est plus détachée, et qu’elle fait de plus grands efforts pour les éviter. C’est ce qui va paraître sensiblement au sujet de saint Gilles : l'Eglise dit expressément qu'il ne craignait rien tant que la gloire de son nom ; mais, plus il s’est efforcé de se cacher, plus Dieu l’a fait connaître par la splendeur de ses vertus et par l’éclat de ses miracles.

Il naquit à Athènes vers l’an 640, de parents plus remarquables par leur piété que par le sang royal qui coulait dans leurs veines. Son père se nommait Théodore, et sa mère Pélagie. Ils élevèrent leur fils dans la piété, et Dieu favorisa singulièrement leurs soins, par les grâces et les secours extraordinaires dont il le prévint. Les plus habiles hommes de son siècle furent ses précepteurs, et il surpassa leur attente par les grands progrès qu’il fit dans les lettres humaines. Il leur préféra bientôt l’étude des saintes Lettres, où il puisa l’amour de son Dieu, le mépris des grandeurs de sa maison et le dégoût des plaisirs du monde.

Gilles atteignait sa vingt-quatrième année, lorsqu'il perdit, à peu de distance l’un de l’autre, d’abord son père, et puis sa mère ; vivement affecté de cette double perte, le jeune homme orphelin concentra sa pensée sur le néant des choses terrestres. Tombant à genoux, il invoqua le Consolateur suprême et l’appela à son aide.

C’est le propre des âmes généreuses, d'aller hardiment au but. Et le voilà méditant les moyens d’exécuter son projet difficile. Dieu l’en bénit par des triomphes qui devaient en précipiter la réalisation. Allant un jour à l’église pour y faire ses dévotions, il rencontra un pauvre qui était malade et presque nu, et qui lui demanda l’aumône ; le saint jeune homme lui donna sa robe, qui ne lui servit pas seulement à le couvrir, mais aussi à lui rendre la santé. Sortant une autre fois de l’église, il guérit un homme mordu par un serpent dont la blessure devait être mortelle. Enfin, une troisième fois, étant dans l’église, il chassa le démon du corps d’un possédé, qui iroublait le service divin par ses cris et ses hurlements.

Toutes ces merveilles lui firent une si grande réputation dans son propre pays, que, son humilité ne le pouvant souffrir, il vendit promptement tout ce qu’il possédait, en distribua le prix aux indigents et s'embarqua sur un vaisseau qui faisait voile pour l’Occident. Mais Dieu, qui est le maître des éléments, permit qu’une furieuse tempête s'élevât sur les eaux et mît son

vaisseau à deux doigts du naufrage ; le Saint fut contraint de prier pour la

délivrance de ceux qui étaient avec lui, et aussitôt l’orage fut apaisé. Ainsi la gloire qu’il croyait éviter, en sortant du lieu de sa naissance, le suivit sur mer, et les passagers, qui ne le connaissaient pas, lui rendirent mille actions de grâces et le révérèrent comme une divinité. Il n’en fallut pas davantage pour les priver de sa présence. Il les supplia de le débarquer à la première île : ce qu’ils ne purent lui refuser. Le Saint, ayant pris terre, aperçut sur le sable les vestiges d’un homme , il les suivit, et, rencontrant une petite grotte, il y vit un vénérable vieillard qui, depuis douze ans, y vivait en solitaire, sans autre aliment que des herbes et des racines. Il se prosterna à ses pieds, lui demanda avec larmes sa bénédiction, et demeura trois jours en jeûne et en oraison avec lui. Le jeune serviteur de Dieu trouvait bien ce séjour conforme au dessein qu’il avait pris de se cacher aux yeux du monde ; mais il le croyait trop proche de son pays pour n’y pas être découvert par sa famille qui le faisait chercher. Il remonta donc sur mer dans un autre vaisseau, et vint aborder à Marseille. Alors mendiant son pain, lui, le descendant des monarques et des sénateurs athéniens, ilse dirigea à pied vers Arles, la métropole spirituelle et asile des Gaules, où sa vertu se trahit bientôt, malgré les efforts auxquels il se livrait pour la dissimuler.

Depuis trois ans, une fièvre opiniâtre dévorait un infortuné. Témoin de la dévotion exemplaire de notre bienheureux, il se recommande à ses ferventes oraisons, et recouvre la santé. Aussitôt le thaumaturge inconnu est acclamé. On l’environne avec un respectueux empressement. Dites-nous votre nom, lui demande-t-on de toutes parts avec instance. Devenez notre concitoyen ; vous avez acquis parmi nous votre droit de cité. Epouvanté de ces démonstrations flatteuses, Gilles s’y dérobe précipitamment, traverse le Rhône, et toujours harcelé par les appréhensions de son humilité, il court jusque vers les roches escarpées que baigne le Gardon. La main du Seigneur le conduisit dans une excavation fermée par des broussailles et qu’embaumait déjà la présence d’un vénérable solitaire nommé Vérédème. Vérédème (Ferodemos), grec comme lui, et comme lui poussé par de semblables attraits vers un sol étranger. Qu'ils furent doux les premiers épanchements de ces deux hommes, parlant la même langue et fusionnant leurs cœurs embrasés par l’amour divin, dans les mêmes sentiments d’abnégation héroïque.

Là le disciple et le maître rivalisaient d’ardeur et de générosité. Les populations voisines les ayant aperçus, vinrent les visiter d’abord par curiosité, puis par édification. Gilles souffrait de ces visites importunes ; mais il n’osait en instruire son cher conducteur spirituel. Deux années s'étaient écoulées depuis qu’il avait accepté son hospitalité. Tourmenté néanmoins par cette inquiétude intérieure qui ne s’apaise qu’à la possession du repos désiré, il ne put en retenir les mouvements. « O bon père », dit-il un jour à Vérédème, « cette foule envahissante qui ne cesse de nous troubler ici, me cause un chagrin continuel. Souvent je me demande si je ne devrais pas m'éloigner pour retrouver le calme dont je ne jouis plus ». — « Mon fils », lui répondit Vérédème, « invoquons ensemble l’Esprit-Saint et n’hésitons pas à suivre ses inspirations salutaires, quelque cruelles qu’elles soient pour notre mutuelle affection ». Convaincus tous deux de la volonté divine, ils se donnèrent le baiser de paix et se séparèrent.

Gilles s’aventura, à travers champs, par des sentiers détournés ; et au déclin d’un jour entier d’une marche précipitée, il parvint à la lisière de la forêt gothique. Hardiment, le lendemain, aux premiers rayons du soleil levant, il y pénétra. Plus il s’enfonçait avec difficulté sous ces épais feuil-

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