SAINT AYOU OU AIGULPHE, ABDÉ DE SAINT-HONORAT DE LÉRINS
fiance en Dieu ; elle n’est point imprévue à celui qui y a pensé toute sa vie, et elle ne peut être misérable à celui qui s’y est disposé de tout temps. Vous êtes la seule chose au monde que j’aie peine à quitter, parce que j’appréhende que l’ennemi de notre salut ne vous fasse relâcher de votre première ferveur après ma mort. Mais si les dernières paroles d’un père qui vous aime et que vous aimez ont quelque force sur votre esprit, je vous prie et je vous conjure de fuir les moindres apparences du vice, et de pratiquer fidèlement toutes les vertus. Conservez la foi, la pureté de cœur et la concorde entre vous. Que les saints livres ne sortent presque jamais de vos mains. Soyez assidus à la prière et à la méditation des vérités éternelles. Repoussez vigoureusement les tentations dès leur première naissance. Confessez avec humilité vos péchés à Dieu et à vos prélats. Aimez la pauvreté, la chasteté, l’obéissance et la tempérance. Adieu, mes chers enfants, que la douleur dont vous paraissez touchés vous fasse mieux retenir et pratiquer ce que je vous recommande en mourant; souvenez-vous que vous devez tous mourir, et qu’il viendra un jour où vous pourriez regretter les précieux moments que vous auriez perdus; car nous ne sommes que cendre et poussière, et nos années s’enfuient presque imperceptiblement ».
Après cette admirable exhortation, il reçut le saint Viatique et mourut dans le baiser du Seigneur, entre les mains de ses disciples. Son corps fut enterré dans une chapelle de son abbaye dédiée à saint Martin ‘. Toute l'Eglise de Stavelot l’a maintenant pour patron. Il s’est fait une infinité de miracles par son intercession, dont Notgère, qui nous a donné sa vie, a composé deux grands livres; Surius en fait l’abrégé qu’il rapporte en ce jour 3 septembre. Il suffit de dire que les aveugles, les sourds, les muets, les paralytiques et toutes sortes d’autres malades, ont été guéris à son tombeau; que les affligés y ont été consolés, les pénitents absous, les pécheurs endurcis et les libertins châtiés d’une manière terrible.
On représente saint Rémacle : 4° tenant une église sur la main, parce qu’il est fondateur des abbayes de Malmédy et de Stavelot; 2° ayant près de lui un loup : c’est une manière d’exprimer l’empire qu’il exerça sur les démons; 3° tenant à la main le bourdon du pèlerin : les artistes donnent ordinairement cette caractéristique aux évêques qui ont abandonné leur chaire pour achever leurs jours dans la solitude ou dans l’état religieux.
Acta Sanctorum ; Vies des Saints du Limousin, par Labiche de Reignefort, — Cf. Trithémius, Pierre de Natalibus, Du Saussay, Ferrarius et Aubert Mirée, dans ses Fastes des Saints de Flandre.