‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 150 sur 220 · A CHALON-SUR-SAONE, AU DIOCÈSE D'AUTUN · texte numérisé non relu

A CHALON-SUR-SAONE, AU DIOCÈSE D'AUTUN

418, — Pape : Saint Eleuthère. — Empereur romain : Marc-Aurèle.

Quoique la mort soit le supplice du pécheur, quand elle se présente au juste sous les coups du méchant, elle devient la couronne du martyre.

Saint Augustin, lib. vi contra Julian.

Les édits que l’empereur Marc-Aurèle fit publier contre les chrétiens, dans toutes les provinces de l'empire, donnèrent toute liberté aux préfets et aux juges des villes particulières, lesquels, encore plus animés par leur baine pour la véritable religion, que par le désir d’obéir aux ordres du prince, exercèrent partout des cruautés inouïes contre les fidèles ; on voyait de tous côtés leur sang couler à flots. Mais, de toutes les villes qui servirent de théâtre à un si triste spectacle, il n’y en eut point où la fureur des idolâtres éclatàt plus que dans celle de Lyon, l’une des principales villes des Gaules. On y arrêtait indifféremment et sans nulle distinction de sexe, d'âge ni de condition, tous les serviteurs de Jésus-Christ, et, après les avoir tourmentés par mille sortes de supplices, pour ébranler leur constance, on les mettait cruellement à mort. Parmi ceux qui furent arrêtés prisonniers, on remarque particulièrement le prêtre Marcel et le diacre Valérien, chefs de cinquante généreux confesseurs du nom de Jésus-Christ. Jeunes et ardents collègues des apôtres de Lyon et d’Autun, ils avaient vu s'ouvrir miraculeusement les portes de leur prison. Un ange était venu les rendre, comme saint Pierre, à la liberté, afin qu'ils pussent employer l’activité de leur zèle et les forces de leur jeunesse à prêcher l'Evangile dans les belles coaitrées qu’arrose la Saône, et donner là aussi le divin spectacle du martyre qui convertit les peuples. Le bruit de leur évasion se répandit bientôt dans la ville ; et l’exécuteur des édits impériaux frémit de fureur en voyant qu’une proie siimportante lui échappait. On se mit à leur poursuite ; mais les deux apôtres, protégés par la même main qui les avait tirés de la prison, trompèrent toutes les recherches. Les voilà qui suivent tranquillement la vallée de l’Arar, semant sur leur passage la parole du salut. Valérien à pris la grande voie militaire qui longe la rive droite et ne s’arrête qu'à Tournus (casérum Trenorchü), station et grenier des légions romaines. Marcel s’est jeté dans les forêts de la rive gauche, prêche, chemin faisant, la foi aux Séquanes et arrive près des portes de Châlon, qu'il voit, non sans gémir, couronnées de l’image du Soleil. Là, par une circonstance fortuite, ou plutôt, disent les Actes du Saint, par un effet de la volonté providentielle qui se cache souvent sous les causes secondes et que dans notre ignorance nous appelons le hasard, il trouve une gracieuse hospitalité chez un homme riche nommé Latinus. A l'entrée de la splendide demeure s’étend une sorte de cour intérieure (atrium) où se trouve la statue équestre de Mars escortée de celles de Mercure et de Minerve. A la vue de ces idoles qui attristent son regard, le Saint éprouve au fond de son âme d’apôtre un vif sentiment de douleur et de pitié qu’il ne peut cacher à son hôte ; et saisissant aussitôt

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