‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 156 sur 220 · VIERGE ET SOLITAIRE SUR LE MONT PELLEGRINO, EN SICILE · texte numérisé non relu

VIERGE ET SOLITAIRE SUR LE MONT PELLEGRINO, EN SICILE

Rosalie, du sang royal de Charlemagne, naquit à Palerme (Sicile), en 1130. Son père, seigneur de Roses et de Quisquina, était un chevalier renommé par sa valeur et que Roger, roi de Sicile, s’attacha en le fixant à sa cour et en jui donnant pour épouse une de ses parentes; il lui assigna de grands domaines et une demeure dans son palais. Sa fille reçut une éducation en rapport avec sa haute position et s’appliqua tellement à la pratique de la vertu et à l'amour de Dieu, que la beauté de son âme surpassa celle de son visage qui faisait l'admiration de tous ceux qui la voyaient, La sainte Vierge veillait avec un soin jaloux sur la pureté de la jeune enfant, et, quand des seigneurs de Sicile recherchèrent sa main, elle lui apparut et lui conseilla de se retirer du monde si elle voulait se conserver pour son Fils. Rosalie n’hésita pas, quoiqu’elle n’eût encore que quatorze ans; quittant le palais de son père, elle n’emporta avec elle qu'un crucifix et ses instruments de discipline. Sous la conduite de deux anges qui lui servaient de guide, elle arriva sur la montagne de Quisquina. Ses guides lui indiquérent pour sa retraite une caverne située au milieu d’un bois qui en couvrait le sommet. Dans cette grotte, placée sous les neiges qui enveloppent cette mon tagne pendant plusieurs mois, Rosalie passa de longues années, partageant son temps entre l’orai-

son, la lecture et la prière. Pour se nourrir, elle avait des racines, et, pour se désaltérer, l’eau qui tombait des rochers. Souvent elle recevait la visite des anges et de Notre-Seigneur qui venaient converser avec elle. Parfois elle se délassait en gravant sur la pierre de sa cellule ces mots qu'on lit encore aujourd'hui : Ego Rosalia, Sinibaldi Quisquini et Rosarum domini filia, amore Domini mei Jesu Christi in hoc antro habitare decrevi. On voit aussi dans celte caverne une petite fontaine qu’elle creusa pour réunir les eaux qui filtraient à travers les parois de la grotte; il y à encore un autel grossier et un long morceau de marbre sur lequel elle prenait son repos, un siége taillé dans le roc et une vigne fort ancienne qui, selon la tradition, fut plantée par sainte Rosalie.

Cependant, par ordre de sa famille désolée, on cherchait après la Sainte dans toute la Sicile. Les anges l’avertirent qu’elle serait bientôt découverte si elle restait sur le mont Quisquina ; alors Rosalie, prenant d’une main son crucifix et de l’autre le bourdon des pèlerins, se dirigea vers le mont Pellegrino. Les anges, cette fois encore, la conduisaient. Ils lui montrèrent dans la partie Ia plus élevée de cette montagne une grotte que Dieu lui destinait. Elle avait une ouverture à peine suffisante pour passer, on y voyait peu clair, et le sol était tellement détrempé par les eaux qu'à peine Rosalie put trouver un coin pour se reposer sans être dans la boue. La voûte était très-basse, de sorte que la Sainte était presque toujours courbée. C’est dans cette affreuse retraite qu’elle passa les dernières années de sa vie, n'ayant que des herbes et des glands pour se nourrir. Après dixhuit années de cette vie austère et pénitente, Nolre-Seigneur l’appela à lui pour lui donner la récompense qu'elle avait si bien méritée (4 septembre 1160). Ë

Son culte se répandit rapidement par toute l’Europe et passa jusqu'en Afrique. Les deux grottes qu’elle avait habitées devinrent deux sanctuaires visités et très-fréquentés. Cependant son corps n'avait pas été retrouvé. L'eau, en tombant sur elle goutte à goutte, l'avait enveloppée d’une pierre transparente comme l’albâtre et dure comme le cristal. De nombreuses recherches avaient été faites, on avait creusé partout et on n’avait rien découvert. Une opinion s'était répandue parmi le peuple de Palerme, que ce corps saint ne se retrouverait que le jour où la vengeance divine s’appesantirait sur la ville. Le 29 mai, la peste éclatait à Palerme et, quelques jours après, on retrouvait le corps que l’on cherchait en brisant cette longue pierre d’albâtre dont nous avons parlé. Cependant la peste continuait ses ravages et beaucoup de pestiférés obtenaient leur guérison en invoquant sainte Rosalie. Le 22 janvier 1625, après bien des hésitations, ce corps vénéré était exposé en public, et la peste cessait subitement. À la suite de ces éclatants miracles, on éleva à sainte Rosalie une magnifique chapelle et on y déposa ses ossements, enfermés dans une belle châsse d'argent. Depuis cette époque la grotte du mont Pellegrino est devenue un sanctuaire tout couvert de marbre et de dorures. A la suite d’un éclatant miracle, le culte de sainte Rosalie se répandit dans les Indes et son nom devint populaire en Orient.

On la représente : 10 gravant sur l'entrée de sa grotte la formule du vœu qu’elle fit de passer ses jours dans celte retraite ; 20 couronnée de roses blanches, en mémoire de son nom et de sa virginité,

Acta Sanctorum, 4 séptembre. — On peut voir dans ce recueil (tome 11 de septembre), une suite de viogt-trois magniques gravures, représentant les diverses phases de la vie de la Sainte.

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