SAINT GENNEBAUD OU GÉNEBAUD, PREMIER ÉVÊQUE DE LAON
SAINT GENNEPAUD * OU GÉNEBAUD,
PREMIER ÉVÊQUE DE LAON ET CONFESSEUR, 550, — Pape : Vigile. — Roi de France : Childebert Ir,
Dieu ne se souvient pas des fautes de celui qui n’a pas oublié de les effacer par les rigueurs de l& pénitence. Saint Grégoire le Grand.
Un des premiers soins du roi Clovis 1°", après son baptême, fut de réparer les dommages que son armée, encore toute païenne, avait faits aux églises. 11 donna à saint Remi, quinzième évêque de Reims (459-533), des sommes considérables d'argent et beaucoup de terres, entre autres, Anizy, Coucy et Leuilly. Le saint prélat employa ces richesses à former de nouveaux évêchés et à doter plusieurs églises.
Laon était une des plus fortes places des Gaules : les Vandales et les Huns n'avaient pu s’en emparer ; elle faisait partie de l’archevêché de Reims. Remi résolut de l’en détacher et de fonder à Laon, sa ville natale, un nouvel évêché qui comprendrait le comté de Laonnois et la Thiérache. En 497, il érigea en cathédrale l’église de Sainte-Marie ou de Notre-Dame, dans laquelle il avait prié avec tant de ferveur dans sa jeunesse, et il attribua aux évêques de ce nouveau siége la terre d’Anizy, qu’ils ont possédée jusqu’à la Révolution. Il restait à Remi à choisir un sujet digne et qui répondit à ses espérances. Il jeta les yeux sur un pieux laïque, noble de naissance, fort savant dans les lettres saintes et humaines ; il se nommait Gennebaud et avait épousé la propre nièce de Remi; puis, touché par un mouvement particulier de la grâce, il s'était séparé de sa femme pour vivre dans la continence. Une fois consacré évêque, Gennebaud en remplit pendant quelques années toutes les fonctions avec un zèle et une vigilance dirigés d’après les règles de la prudence la plus consommée. Les vertus qu’il pratiquait, l'édification qui en résultait pour son peuple, les encouragements mêmes qu'il recevait de son métropolitain, contribuèrent malheureusement à lui donner trop de confiance en ses propres forces et en la pureté de ses intentions. Il se relâcha peu à peu de sa réserve et de sa sévérité à l'égard de celle qui avait été sa légitime épouse ; il lui permit, à son palais, des visites et des entretiens qui devinrent de plus en plus fréquents. Il oublia qu’il ne devait pas se croire plus fort ni plus ferme que David, ni plus sage que Salomon, qu’il y a dans l’Ecriture une parole qui ne s’est que trop souvent vérifiée : « Celui qui s'expose au péril y périra » : Que amat periculum 1m 1llo peribit. La force de la tentation devenait de jour en jour plus violente. Gennebaud aurait dû, selon le précepte du Maître, employer le fer et le feu pour rompre sur-le-champ avec l’occasion prochaine : « Si votre œil vous scandalise, arrachez-le ; si c’est votre bras, coupez-le et jetez-le loin de vous; il vaut mieux que vousentriez dans la vie avec un bras et un œil de moins que d'être avec vos deux bras et vos deux yeux jeté
1. Alias : Guénebaud, Guinibold, Gombaut, Génebault, Ginebault,
dans les ténèbres extérieures, où il y aura des pleurs et des grincements de dent ». Gennebaud était aveuglé par la tendresse qu’il avait pour sa femme : il succomba une première fois. Et quand, après quelques mois, cette femme lui envoya dire qu’elle avait mis au monde un fils, Gennebaud rentra en lui-même et fut couvert de confusion. Ce ne furent que pleurs et gémissements sur son infidélité à ses engagements. La faute qu'il avait commise était énorme; il pouvait l’eflacer par un sincère repentir et une sérieuse pénitence ; mais quelle n’est pas la fragilité de l’homme quand, par une présomption blâmable, il néglige les moyens que notre divin Sauveur nous a prescrits pour ne pas provoquer les attaques du démon et ne pas être victime de ses suggestions. Vigilate et orate, ut non intrelis in tentalionem : « Veillez et priez, afin de ne pas succomber à la tentation ». Gennebaud permit de nouveau à sa femme de continuer ses assiduités. [l en résuita un nouveau crime. Le premier fruit de son incontinence avait reçu le nom significatif de Zatro (larron); Vulpecula fut celui de l’enfant qui naquit après cette seconde faute, comme ayant été engendré par la fraude d’une mère artificieuse et rusée. Nous laissons pour ee qui suit la parole au naïf et savant annaliste Flodoard :
« Le Seigneur ayant de nouveau jeté sur Gennebaud un regard semblable à celui qu’il avait jeté sur Pierre, il se repentit et, pénétré de componction, il supplia saint Remi de venir à Laon. Après l’avoir reçu avec Ja vénération due à ses vertus, ils se retirèrent ensemble dans un appartement secret. Là, Gennebaud éclate en gémissements ; prosterné aux pieds de son saint protecteur, il s’accuse et veut se dépouiller de son étole épiscopale. Saint Remi l’interroge et veut connaître exactement la cause d’une si grande douleur ; les larmes, les sanglots lui coupent la voix, le coupable peut à peine parler. Cependant il raconte son crime sans déguiser aucune circonstance. L’homme de Dieu, le voyant si profondément contrit, essaie de le consoler avec douceur : il proteste qu’il est moins affligé de ses fautes que de sa défiance en la bonté et la miséricorde de Dieu, auquel rien n’est impossible, qui ne rejette jamais le pécheur pénitent, et qui, même, a donné son sang pour les pécheurs. Ainsi le sage et charitable archevêque s’efforce de relever Gennebaud de sa chute, lui montrant par divers exemples qu’il pourra facilement trouver grâce devant Dieu pourvu qu’il veuille offrir au Seigneur de dignes fruits de repentir. Après l’avoir ainsi ranimé par ses saintes exhortations, Remi lui inflige une pénitence : il fait construire une petite cellule, éclairée par une petite fenêtre, avec un oratoire près de Péglise de Saint-Julien à Laon, et y renferme l’évêque pénitent. Pendant sept ans, Remi prit soin du diocèse du reclus, officiant alternativement un dimanche à Reims, et l’autre à Laon.
«La miséricorde de Dieu montra bientôt combien, en cette réclusion, Gennebaud avait profité, à quelle rigueur de contrition et de continence il s'était condamné, et combien dignes furent les fruits de sa pénitence : car la septième année, la veille de la Cène de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il passait la nuit dans la pénitence et dans la prière, pleurant amèrement sur luimême, de ce qu'après avoir été élevé autrefois à l'honneur et autorité de réconcilier les pécheurs à Dieu, il n’était pas même digne, à cause de ses crimes, de se mêler dans l’église entre les pénitents ; environ sur le minuit, un ange du Seigneur vint à lui avec une grande lumière, dans l’oratoire où il était prosterné en terre, et lui dit : « Les prières que ton père saint Remi à faites pour toi sont exaucées, ta pénitence a été agréable au Seigneur, et ton péché t'est remis. Lève-toi de ce lieu, va remplir ton ministère épis-