DE L'ORDRE DES FRÈRES MINEURS
4297. — Pape : Boniface VIIL. — Roi de France : Philippe IV, Ze Bel.
Jésus-Christ est mon royaume : en le possédant seul j'aurai tout; si au contraire je nele possède point, je perds tout. Maxime du Saint.
Ce Saint est né dans la pourpre ; mais il n’y est né que pour la mépriser et pour donner un grand exemple aux princes et aux rois du peu d'estime qu’ils doivent avoir pour la naissance et le pouvoir. Il eut pour père Charles IT, roi de Naples, de Sicile, de Jérusalem et de Hongrie, et neveu de saint Louis, roi de France; et pour mère, Marie, fille d'Etienne V, roi de Hongrie. On l’appela Louis, au baptême, à cause du même saint Louis, son grand oncle, qui n’était pas encore canonisé. Cet enfant n’eut jamais rien d’enfant que la faiblesse des membres et la petitesse du corps. On vit reluire en lui, dès ses premières années, un jugement mûr, une piété solide, un mépris généreux des honneurs et des délicatesses qui étaient inséparables de sa condition, et une gravité modeste et honnête qui lui conciliait l'amour et le respect de tout le monde. Le jeu, sur lequel cet âge a tant d’inclination, ne lui inspirait que du dégoût, et souvent il se dérobaït de la compagnie des petits seigneurs, qu’on élevait avec lui et qui ne pensaient qu’à se divertir, afin de suivre l'attrait du divin amour qui l’appelait à la retraite et à la solitude. La reine, sa mère, a déposé que, dès l’âge de sept ans, il sortait la nuit de son lit, qu'il trouvait trop doux, afin de se coucher sur le tapis de la chambre ou sur le parquet. Son plus grand plaisir était d’aller aux églises et aux monastères, qui sont comme des écoles du Saint-Esprit, et il y passait avec joie des heures entières, à réciter ses prières et à répandre son cœur en la présence de Dieu.
Dieu léprouva de bonne heure par des afflictions qui achevèrent de purifier son cœur. Dès l’âge de treize à quatorze ans, il fut envoyé, avec deux des princes ses frères, en Catalogne, pour y demeurer en ôtage à la place du roi son père, qu’Alphonse III, roi d'Aragon, y détenait prisonnier. Aïnsi il fut cause de la liberté de celui de qui il avait reçu la vie. Sa constance fut admirable durant sa prison. Il y demeura sept ans et il y reçut de fort mauvais iraitements de ses gardes ; ils le traitaient, non comme un prince, mais comme un captif vulgaire. Cependant rien ne put lasser sa patience, ni tirer de sa bouche un mot de colère et d’emportement. Il s’estimait, au contraire, extrêmement heureux de souffrir quelque chose à l’imitation de Jésus-Christ, son souverain Maître, et il disait souvent, à ses frères