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VI JOUR DE SEPTEMBRE

MARTYROLOGE ROMAIN

Saint ZACHARIE, prophète, qui, dans sa vieillesse, étant revenu de la Chaldée dans sa patrie, fut enterré auprès du prophète Aggée. ve s. av. J.-C. — Dans l'Hellespont, saint Onésiphore, disciple des Apôtres, dont saint Paul fait mention dans son Epitre à Timothée. Après avoir été cruellement flagellé en ce lieu, avec saint Porphyre, par ordre du proconsul Adrien, il fut trainé par des chevaux indomptés, et rendit son âme à Dieu dans ce supplice. — A Alexandrie d'Egypte, les saints Fausle, prêtre, Macaire, et dix de leurs compagnons ! qui, sous l’empereur Dèce et le président Valère, ayant eu la tête tranchée pour le nom de Jésus-Christ, oblinrent la palme du martyre. Vers 249. — En Cappadoce, les saints martyrs Cotlide ou Quottide, diacre, Eugène, et leurs compagnons. — En Afrique, les saints évêques Donatien, Préside, Mansuet, Germain et Fuscule, qui, durant la persécution des Vandales, furent cruellement maltraités à coups de bâton par l’ordre d'Hunéne, roi arien, pour avoir soutenu la vérité catholique, puis envoyés en exil. Un de ces saints évêques, nommé Létus, homme courageux et fort savant, après avoir été longtemps enfermé dans un cachot infect, fut brûlé vif. 484. — A Vérone, saint Pélrone, évêque et confesseur. Vers 450. — À Rome, saint Eleuthère, abbé, grand serviteur de Dieu, dont saint Grégoire, pape, a écrit que, par ses prières et par ses larmes, il avait ressuscité un mort?. Vers 585.

MARTYROLOGE DE FRANCE, REVU ET AUGMENTE

Au diocèse de Sens, les saints martyrs Augustin et Sanctien ; et sainte Béate, vierge et martyre, sœur de saint Sanctien. Ils vinrent d'Espague en France, et furent décapités, en haine de ja religion catholique, à Sancéia, à deux milles de la ville de Sens, où ils furent ensevelis dans un oratoire que les chrétiens bâtirent en leur honneur..Plus tard, leurs reliques furent transférées à Saint-Pierre de Sens. 273 ou 274. — A Mauprevoir (Vienne, arrondissement de Civray, canton d’Availles), au diocèse de Poitiers, sainte Impére, dont les actes sont perdus, mais dont le culte est fort ancien. — Dans la Haute-Marne, le martyre des saints Félix et Augcbert. Originaires de la Grande-Bretagne, ils furent faits prisonniers dans une guerre, amenés en liaule et vendus comme esclaves. Saint Grégoire le Grand, qui s’occupait alors du rachat des caplifs, paya leur rançon et les plaça dans un monestère où ils reçurent le baptème. Désignés plus tard pour une mission en Angleterre, Félix fut ordonné prêtre et Augebert diacre ; mais, avant d’avoir atteint le but de leur voyage, ils furent massacrés par des paiens. On désigne entre Villars-en-Azois (arrondissement de Chaumont-sur-Marne) et Silvarouvres, l’endroit où ils furent martyrisés ; cette dernière paroisse possède, ainsi que Sexfontaines, des reliques de ces généreux athlèles de la foi. vie s. — Au diocèse de Saint-Claude, saint Taurin, premier évêque d'Auch, dont nous avons donné la vie au jour précédent. — Au diocèse de Montpellier, saint Raymond Nonnat, dont nous avons donné la vie au 34 août. 1240. — Aux diocèses de Soissons et de Meaux, saint CAGNOALD où CHAGNOALD, moine de Luxeuil et évèque de l’ancien siége de Laon. 632. — A Liége, ville de Belgique, sur la Meuse, translation des reliques de saint Hubert, évêque de Maëstrichl et de Liége, dont nous dounerons la vie au 3 novembre. — En Lorraine, translation des reliques de saint Chlodulphe où Chloud, évèque de Metz et confesseur, dont nous avons donné la vie au 8 juin. — A Maroilles (Nord), an diocèse de Cambrai, translation des reliques de saint Humbert, prêtre et religieux, dont nous

1. Ce sont, d'après les Bollandistes : les saints Bibon ou Abibon, diacre; Denis, lecteur; Cyriaque, acolyte; Andronique, soldat; Théoctiste, André, Sarapambon ; et les saintes Andropélagie, Thècle eu Théocle, et Calodote. — Le Père Sollier,

2, La simplic‘té du cœur et l'esprit de componction furent les vertus qui caractérisèrent principalement saint Eleuthère. Il fut élu abbé du monastère de Saint-Marc, près de Spolète, en Italie. Ayant plus tard quitté le gouvernement de cette abbaye, il se retira dans celle de Saint-André, à Rome, où il mourut vers l'an 585, On porta depuis son corps à Spolète. — Godescard, Baillet.

avons donné la vie au 25 mars. — A Tarentaise (Savoie), translation des reliques de saint Pierre, archevêque de ce siége, dont nous avons donné la vie au 8 mai. — A Vannes, translation de saint Vincent Ferrier, confesseur, dont nous avons donné la vie au 5 avril. — A Mayence, saint Magne ou Mang, confesseur, fondateur et premier abbé de Fussen, sur le Leck, en Bavière (Cercle du Haut-Danube) 1. Vers 666. — A Avignon, saint Marcien de Saignon, abbé de Saint-Eusèbe et confesseur, dont nous avons donné la vie au 25 août. 4010. — A Dreux (Eure-et-Loir), au diocèse de Chartres, sainte Eve, vierge et martyre, patronne de Dreux, et dont le corps repose dans l'église Saint-Etienne de cette ville. — A Saint-Julien-le-Pauvre (Cher), au diocèse de Bourges, saint Saphire ou Saffier, confesseur. — A Metz, saint Gondulphe, évêque de ce siége qu'il tint peudant six ans et huit mois (816-823). Il assista (821) au concile de Thionville (Moselle), tenu contre ceux qui maltraitaient les clercs. Son corps fut enseveli dans l'abbaye de Gorze, au diocèse de Metz. — Au diocèse de Cahors, sainte Rosalie de Palerme, vierge et recluse, dont nous avons donné la vie au 4 septembre. 4160. — Au diocèse de Rodez, saint Julien de Brioude, soldat et martyr, dont nous avons donné la vie au 28 août. rve 8. — Au diocèse de Nevers, saint Imbert, prètre et abbé, dont le corps repose dans l’église paroissiale de Chantenay (Nièvre, arrondissement de Nevers, canton de Saint-Pierre-le-Moutier).

MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX

Martyrologe de l'Ordre de Saint-Basile. — A Thessalonique, saint Fantin, de l'Ordre de Saint-Basile, qui souffrit beaucoup de mauvais traitements de la part des Sarrasins, fut expulsé du monastère où il avait vécu avec une admirable abstinence, et, après avoir amené beaucoup d’âmes dans la voie du salut, mourut dans une heureuse vieillesse 2, 1ve s.

Martyrologe de l'Ordre des Chanoïnes réguliers. — En Afrique, les saints évêques Létus, Donatien, Préside, Mansuet, Germain, Fuscule ou Floscule, de l'Ordre des Chanoiïnes réguliers ; le premier, évèque de Lepta ou Leptis la Petite (Byzacène), homme courageux et 1ort savant, fut brûlé vif durant la persécution des Vandales, par l’ordre d'Hunéric, prince arien, parce qu'il défendait la vérité catholique ; les autres, après avoir été cruellement battus à coups de bâton, furent envoyés en exil. 484.

Martyrologe de l'Ordre des Camaldules. — Saint Elienne, roi de Hongrie, dont il est fait mention le 2 septembre 3. 4038.

Martyrologe de l'Ordre des Déchaussés de la Très-Sainte Trinité. — La fête de l'ange gardien de notre Ordre. :

Martyrologe de l'Ordre des Frères Mineurs. — Saïnte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal, veuve, dont la fête se célèbre le 21 août #. 1641.

Martyrologe de l'Ordre de la bienheureuse vierge Marie du Mont-Carmel. — Saint Jérôme Emihani, confesseur, dont la fête se célèbre le 20 juillet5. 1537.

Martyrologe de l'Ordre des Ermites de Saint-Augustin.— À Gênes, au monastère de Saint- Thomas, la bienheureuse Limbanie, vierge, de l'Ordre de Saint-Augustin, remarquable par son admirable pénilence et ses sublimes contemplations, dont l’âme s’envola au ciel, le 42 du mois d'août. XIII9 8.

Martyrologe de l'Ordre des Servites de la bienheureuse vierge Marie. — Sainte Rose de Sainte-Marie, vierge, dont la naissance au ciel se célèbre le 26 août 6. 4617.

Martyrologe de l’Ordre de Saint-Jérôme. — Sainte Rose de Viterbe, vierge, mentionnée au 4 septembre 7. 1252.

Martyrologe de l'Ordre des Carmes déchaussés. — Sant Alexis, confesseur, dont la naissance au ciel est le 17 juillet 8. 404.

1. Magne, disciple de saint Gall, mena la vie solitaire dans 1a Souabe avec une sainteté si merveilleuse qu'il avait reconquis le pouvoir absolu que le premier homme exerçait sur les animaux. Saint Colomban lui avait prédit qu'il convertirait les habitants des Alpes Juliennes. Après la mort du saint abbé, Magne, pour accomplir la prophétie de son maître, se rendit à Kempten {Campidonum). 11 y avait en ce lieu un château fort, occupé par un affreux démon qui avait pris la figure d’un dragon, et qui, sous cette forme, usurpait, chez ces pauvres montagnards, les honneurs qui ne sont dus qu'à Dieu seul. Magne alla pour l'attaquer : s'étant muni du secours de la prière, il toucha, du bout du bâton qu'il portait en mémoire de saint Colomban, la gorge de l'animal qui se gonflait de fureur ; et aussitôt le monstre expira sur place; avec lui disparut toute la troupe des autres démons qui occupaient le pays. Ce miracle convertit beaucoup d'infidèles, et mérita à saint Magne le titre d'apôtre de la Souabe. — Propre de Mayence.

2. Cf. Martyrologe des Bollandistes, au 24 juillet; martyrologe des Basiliens, au 81 juillet; et mertyrologe romain, au 39 août.

3. Nous avons donné sa vie au 2 septembre. — 4. Nous donnerons sa vie au 13 décembre. — 5. Nous

avons donné sa vie à ce jour. — 6. Nous avons donné sa vie au 30 août. — 7. Voir sa vie à Ce jCur. — 8, Voir à ce jour.

SAINT CAGNOALD OU CHAGNOALD, ÉVÜQUE DE LAON. 529

ADDITIONS FAITES D'APRÈS LES BOLLANDISTES ET AUTRES HAGIOGRAPHES

Chez les Franciscains, le bienheureux Vincent d'Aquila, confesseur de l'Ordre des Frères Mineurs, homme d’une grande humilité et d'une oraison, d’une abstinence et d'une patience admirables, Doué de l'esprit prophétique, il brilla de l'éclat de nombreux miracles. 1504. — Au diocèse de Naples, sainte Rosalie de Palerme, vierge et recluse, dont nous avons donné la vie au 4 seplembre. 1160. — À Albe {AZba Pompeia), dans le Piémont (ancien duché de Montferrat), saint Frontignan de Carcassonne, diacre et martyr. Son corps, qui reposa longtemps dans une église dédiée sous son invocation, à un mille d’Albe, a été transféré en 1455, dans la cathédrale de cette ville, où on le voit encore aujourd’hui. — A Venise, ville et port du royaume d'Italie, le bienheureux Pierre Acotanto, célèbre par sa charité pour les pauvres. De nombreux miracles s’accomplirent à son tombeau. Son corps, d'abord enseveli dans un coin inconnu du cimetière de Venise, fut retrouvé intact en 4250 ; on le transporta solennellement, en 1340, dans l'église Saint-Basile de ceite ville, où il fut placé sur l'autel. Le pape Clément XIII a autorisé son culte. 4180 ou 1187. — En Ecosse, sainte Bèges, appelée aussi Bées, Vègue et Vée, vierge, irlandaise de naissance. Après avoir mené quelque temps la vie an:chorétique, elle fonda les monastères de Copeland, de Beorthu et de Hartlepole, dans le comté de Durham (Angleterre). On croit qu'elle mourut dans le monastère de Hacanos, à trois milles de Scarborough (comté d'York) ; son corps fut depuis transféré à Withby. Vers 650. — Dans l’ancien monastère de Sainte-Lucie, près de Syracuse, en Sicile, sant Fauste, abbé et confesseur. Vers 607.

SAINT CAGNOALD OÙ CHAGNOADD ,

MOINE DE LUXEUIL ET SIXIÈME ÉVÊQUE DE LAON 632. Pape : Honoré Er, — Roi de France : Dagobert Ier.

Dieu aime beaucoup l'âme qui s'est donnée tout entière à lui, et qui n'est attachée qu’à lui seul. Saint Macaire.

Saint Cagnoald descendaït d’une illustre famille, d’origine franque, qui s'était fixée d’abord en Bourgogne, puis dans la Brie. Son père Cagnéric, ou Agnéric, élait un puissant seigneur, conseiller et commensal de Théodebert, roi d'Austrasie. Sa mère Leudegonde se distinguait par une grande sagesse et une piété vraiment chrétienne. Son frère Burgondofaron, ou plus simplement Faron, après avoir occupé des emplois importants à la cour, se sépara de son épouse, qui prit le voile, et fut promu à l'évêché de Meaux, où ses grandes vertus l'ont fait mettre au rang des Saints. Sa sœur Burgondofare, ou simplement Fare, se consacra aussi à Dieu, et fonda le monastère d’'Eboriac, appelé de son nom Faremoutier, dont elle fut la première abbesse : l'Eglise l’honore aussi comme Sainte. D'autre part, saint Agile était son cousin germain, comme fils de son oncle Agnoald.

Il était difficile que Cagnoald, enveloppé, pour ainsi dire, de cette atmosphère de sainteté, ne fût pas de bonne heure initié à la pratique des vertus. Aussi prit-il dès sa jeunesse le goût des choses saintes. L'école naissante de Luxeuil jetait déjà un grand éclat : Cagnéric résolut d’y envoyer son fils, dès qu’il fut en âge de commencer son éducation. Là, le disciple de

1, En latin Chagnoaldus, Chainoaldus, Agnoaldus, Hagnoaldus, Chagnulfus; en français vulgaire, saint Chagnon.

Colomban trouva une foule.de jeunes gens des plus nobles familles : Achaire, Ragnachaire, Donat, Agile, son parent, et beaucoup d’autres avec lesquels il rivalisa d’efforts dans la vertu et dans la science.

Il paraît que Cagnoald sut se distinguer dans cette troupe d'élite, car saint Colomban se prit pour lui d’une amitié particulière. On lit dans la Vie de saint Faron, qu'il l’appelait l'enfant dévoué à Dieu. Aussi voulut-il qu’il fût élevé au sacerdoce : honneur assez rare alors au sein des monastères. Il l’attacha même à sa personne en qualité de ministre. C'était le nom qu’on donnait aux religieux spécialement chargés de servir l'abbé, et de l’accompagner dans ses excursions. Cet office procura à Cagnoald Pinsigne honneur de voir Colomban de plus près, d’être, en quelque sorte, le confident de tous ses secrets, et le témoin obligé des faveurs dont le ciel le comblait. On présume que ce fut peu après 590 que Cagnoald entra à Luxeuil, c’est-à-dire au moment même de la fondation du monastère.

Quand saint Colomban, vers l’an 610, fut obligé de fuir devant la colère du roi Thierry, Cagnoald ne put l'accompagner; car défense avait été faite au saint abbé d'emmener avec lui d’autres religieux que ceux qui étaient Irlandais ou Bretons d’origine. Les satellites du prince furent obligés d’user de violence pour empêcher les disciples désolés de suivre leur maître ; et, longtemps après le départ de Colomban, aucun moine ne pouvait encore impunément sortir du monastère, tant était grande la haine dont Thierry poursuivait le noble exilé ! Ce ne fut qu’à la prière de saint Agile, et grâce à un miracle, que cette sévère défense fut levée. Cagnoald se hâta de saisir l’occasion pour rejoindre son maître.

L'ordre de Thierry avait été que Colomban fût reconduit en Irlande ; mais le ciel s’opposa à l'exécution de ce projet. L'abbé de Luxeuil songea alors à se rendre chez Théodebert, roi d’Austrasie, et son chemin était par la Brie. Or, le seigneur Cagnéric demeurait à Priprmisium, près de Meaux. Colomban vint l’y voir, et en fut reçu avec les honneurs dus à sa sainteté. Il paraît qu'il y passa quelque temps ; Cagnéric voulut même renvoyer les gardes que Clotaire lui avait donnés pour le conduire à Metz : dans l'espoir, dit l'historien, de le retenir plus longtemps, afin de profiter lui-même, et de faire profiter toute sa famille des exemples et des leçons de l’homme de Dieu. Ce fut alors que Colomban bénit Burgondofare, encore enfant, et la consacra à Dieu. On peut sans invraisemblance supposer que Cagnoald se réunit là à son maître si regretté, et accompagna saint Eustaise dans le voyage qu'il y fit. Nous lisons, en effet, dans la Vie de saint Eustaise, que ce Saint alla deux fois chez Cagnéric ; ce qui permet de conjecturer que ce fut là qu'il rejoignit Colomban. En tous cas, nous voyons Cagnoald suivre saint Colomban à Brégentz, partageant ses fatigues, spécialement dévoué à son service, et imitant les vertus dont il contemple en lui un si parfait modèle. Il fut témoin du prodige par lequel Dieu vint en aide à la détresse de la pieuse colonie ; il mangea de ces oiseaux miraculeux dont la saveur, au rapport de saint Eustaise, surpassait ce qu’il y a de plus délicat sur la table des rois. Bien plus, il devint lui-même l'instrument de la puissance divine, dans une circonstance que le moine Jonas raconte en ces termes :

« Dans le temps où Colomban, retiré dans la solitude, sous un rocher, consumait son corps par des jeûnes, et n'avait pas d'autre nourriture que des fruits sauvages, un ours vint porter le ravage dans la forêt, et se mit à dévorer et à abattre tous les fruits sur son passage. Quand approcha l’heure du repas, Colomban envoya son ministre Cagnoald chercher la provision ordinaire. Celui-ci obéit ; mais, voyant les ravages causés par l'ours, il re-

SAINT CAGNOALD OU CHAGNOALD, ÉVÉÈQUE DE LAON. 531

vint en diligence en informer son père. Colomban lui ordonne de retourner, et de faire la part de l’ours et la sienne. Cagnoald, sans hésiter, retourne, prend une baguette, trace une ligne de démarcation, et commande à l’ours, au nom de l’homme de Dieu, de respecter ces limites. Chose prodigieuse ! continue l'historien, l’animal, obéissant, n’osa pas enfreindre la défense, et se contenta de la part qui lui était assignée, tant que le saint abbé resta dans ce lieu ».

En 612, lorsque Thierry battit près de Tolbiac son frère Théodebert, Cagnoald était encore avec saint Colomban, comme le témoigne le trait suivant raconté par le même historien : « Dans ce temps-là, l’homme de Dieu habitait le désert, et se contentait du service d’un seul ministre. A l’heure où s’engageait le combat de Tolbiac, le Saint lisait assis sur un tronc d'arbre ; tout à coup, le sommeil le prit, et il vit ce qui se passait entre les deux rois. S’étant aussitôt éveillé, il appelle son ministre, lui raconte le sanglant combat qui se livre entre les princes, et déplore en soupirant la quantité de sang qui doit s’y répandre. Le ministre lui dit, dans un accès de hardiesse : « O mon père ! appuyez le roi Théodebert de vos prières, afin qu'il triomphe de notre ennemi commun Thierry ». Colomban répondit : « Le conseil que vous me donnez est aussi insensé qu’irréligieux. Ce n’est point ainsi que l’entend le Seigneur, qui nous ordonne de prier pour nos ennemis. Cest au juste Juge à décider entre les deux rois ». Cagnoald, s'étant informé plus tard du jour et de l'heure de la bataille de Tolbiac, constata l’exactitude de la révélation faite à Colomban ».

La victoire ayant livré tous les Etats de Théodebert à Thierry, Colomban fut obligé de partir pour l'Italie. Ce fut alors que Cagnoald se sépara de lui, sans doute par ses conseils : Colomban prévoyait peut-être les desseins de la Providence sur son fidèle ministre. Rentré à Luxeuil avec saint Eustaise, Cagnoald y reprit les exercices de la vie cénobitique. L'histoire se tait de nouveau sur lui, jusqu’au jour où sa sœur Burgondofare, réalisant la prédiction de saint Colomban, songea à jeter les fondements de son monastère d’Eboriac. Pour s’aider dans cette grande entreprise, elle demanda à saint Eustaise deux de ses moines, et celui-ci lui envoya son propre frère Cagnoald, et un autre religieux d’une grande vertu, Walbert, qui secondèrent puissamment Burgondofare dans son entreprise. Ils établirent à Eboriac la Règle de Saint-Colomban, et le merveilleux succès qui signala le début de ce monastère prouve quelle bénédiction Dieu attache aux travaux de ses Saints.

Cagnoald était encore occupé à cette œuvre, quand le siége de Laon étant venu à vaquer par la mort de Richebert, il fut désigné pour le remplir. Ce fut en vain que, par humilité, il s’efforça de détourner cette charge de ses épaules. Les instances unanimes du peuple et du clergé triomphèrent de sa résistance. Lecointe et C1. Robert rapportent cet événement à l'an 619 ; les frères Sainte-Marthe, à l’an 623. Cette dernière date nous paraît plus vraisemblable, à cause de l’âge de Burgondofare, qui, étant encore enfant en 610, quand saint Colomban la bénit, devait cependant être parvenue au moins à l’âge de vingt ans, quand elle fonda son monastère.

On ne sait rien des actes qui signalèrent l’épiscopat de saint Cagnoald, Seulement, nous le voyons, en 625, assister au concile de Reims, dont il signe les décrets, en compagnie de trente-neuf pontifes, entre autres de saint Donat, évêque de Besançon, qui avait été élevé avec lui à Luxeuil ; de saint Sulpice, évêque de Bourges; de Pallade, évêque d'Auxerre ; de saint Anséric, évêque de Soissons ; de saint Bertrand, évêque de Cambrai; de

Hadouin, évêque du Mans; de saint Arnoul, évêque de Metz, etc. Les canons dressés en ce concile sont au nombre de vingt-cinq :.

De plus, nous savons qu’il remplit ses fonctions de manière à s’attirer l'estime universelle. Sa vie toute apostolique, sa prudence consommée, sa douceur, sa piété, sa charité, surtout envers les pauvres et les malades, lui concilièrent l'affection et la vénération de tout son peuple.

Le 22 novembre 631, nous le voyons encore souscrire, en compagnie de plusieurs évêques et d’autres personnages importants, l’acte par lequel saint Eloi, encore Jaïque, dote le monastère qu'il a fondé à Solignac, près de Limoges, sous la Règle de Saint-Colomban.

On croit que saint Cagnoald mourut le 23 août de l’année suivante, 632, comme semble l'indiquer une lettre de saint Paul, évêque de Verdun, à saint Didier, évêque de Cahors, où on lit ces mots : « Vous saurez que Chainoald vient de payer son tribut à l'humanité, frappé de mort subite ». Cependant, comme il n’est pas certain que cette lettre ait été écrite en 632, quelques auteurs ont cru pouvoir reculer la mort de saint Cagnoald à 633. D. Lelong la rapporte à l’an 638. Les auteurs du Gallia christiana la placent même en 640. Nous laissons à la critique ce point à éclaircir. Quant au genre de sa mort, il paraît que ce fut l’apoplexie. Il en fut frappé an milieu de ses frères, les moines de l’abbaye de Saint-Vincent, monastère illustre fondé par la reine Brunehaut, vers l’an 585. C’était là que le Saint vivait, adonné à tous les exercices de la vie monastique, suivant l’usage des saints évêques de celte époque.

On le représente en groupe avec saint Faron, évêque de Meaux, et sainte Fare, sa sœur. On voit quelquefois un ours près de lui : nous avons donné dans sa vie la raison de cette caractéristique.

CULTE ET RELIQUES

Saint Cagnoald fat inhumé dans l’abbaye de Saint-Vincent, sous la seconde arcade du chœur. Son corps resta en terre jusqu'au temps de l'abbé Hugues, lequel, ayant restauré le chœur de l'église, y découvrit ce précieux trésor en 4196. Il le fit lever de terre et le mit dans une châsse qui fut brisée par les Anglais. Dans la première moitié du vie siècle, l’abbé Sin.on de La Porte fit mettre le chef de saint Cagnoald dans un grand vase d'argent, et les autres oss:ments dans une châsse de bois, laquelle fut renouvelée en 1643, sous l’épiscopat de Philibert de Brichanteau, évêque de Laon. Lors de cette translation, Messieurs du chapitre obtinrent de conserver un fémur entier pour leur cathédrale. En 1623, les religieux de Faremoutier demandèrent et obtinrent de l'abbé du monastère de Saint-Vincent quelques-unes de ses reliques. Pendant la peste qui sévit dans la ville de Laon, en 1628, la dévotion du peuple envers saint Cagnoald se manifesta d'une manière extraordinaire ; sa châsse, exposée à la cathédrale, était sans cesse entourée d'un grand nombre de fidèles. Au bout de huit jours, le fléau avait entièrement cessé ses ravages. Plusieurs fois les Laonnais avaient éprouvé les elfets de la puissance de leur Saint auprès de Dieu : et, en cas d'épidémie, sa châsse était leur meilleure ressource. Mais ce n’était pas sans des précautions extrêmes que les religieux de Saint-Vincent consentaient à se dessaisir momentanément de ce précieux dépôt. Il leur fallait une caution de la promesse, signée par les principaux de la ville et du clergé, que la chàsse leur serait remise dans les délais convenus, intacte et entière, telle qu’elle leur avait été confiée ; tant était grande alors la dévotion des peuples dans les restes mortels des amis de Dieu ! On conservait encore, à Saint-Vincent, l’anneau pastoral de saint Cagnoald, en argent doré, dans la vertu merveilleuse duquel les femmes enceintes avaient une grande confiance,

Toutes ces reliques ont disparu pendant la Révolution française ; l’abbaye de Saint-Vincent a été en partie démolie par des acquéreurs des biens nationaux. Ce qui reste de ses anciens hâtiments, et les beaux jardins qui les entourent, a été acheté, en 1860, par les religieux de la Compagnie de Jésus, qui y ont établi leur noviciat de troisième année, pour ceux des leurs qui se dis-

1. Voir les Conciles généraux el particuliers, par Mgr Paul Guérin, &. 1°", p. 505.

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posent à prononcer les grands vœux. Leur séjour, dans cette ancienne et célèbre abbaye, servira à raviver la foi dans une ville qui a perdu une partie de son lustre en perdant ses évêques.

Extrait de la Vie des Saints de Franche-Comté, et de Notes fournies par M. Henri Congnet, chanoine de Soissons.

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