SAINT ÉTIENNE DE CHATILLON
ÉVÊQUE DE L'ANCIEN SIÉGE DE DIE, EN DAUPHINÉ 1208. — Pape : Innocent IT, — Roï de France : Philippe IL.
Non est bonus qui bonum facit, sed qui incessabiliter lacit. Le L'homme bon n'est pas celui qui fait le bien, mais celui qui ne cesse jamais de le faire.
Saint Bernard.
Saint Etienne naquit vers 1155, d’une famille illustre, à Châtillon, cheflieu de la petite province des Dombes, qui était alors du diocèse de Lyon. Il se montra, dès ses jeunes ans, doux, modeste, caressant, officieux, et fit paraître dans l’enfance même la prudence et la retenue d’un vieillard. Il apporta à l'étude d'excellentes dispositions, et fit dans les sciences des progrès qui l’élevèrent bientôt au-dessus de ceux qui les lui enseignaient ; mais il écoutait en même temps un autre maître qui lui parlait au cœur et qui lui inspirait un ardent amour pour la véritable sagesse. Ce fut pour suivre ses conseils qu’il méprisa les plaisirs de la vie, les biens de la terre et tout ce que le monde a de plus spécieux pour captiver les hommes. Dans cette voie étroite, on le vit marcher humble, chaste et sobre. Dès Lors sur-
tout, il pratiqua l’abstinence d’une manière fort rigoureuse : non content de jeûner fréquemment, il fit vœu de ne manger jamais de viande. La prière faisait sa principale occupation, et le reste de son temps était employé à la méditation des vérités saintes et à l'exercice des œuvres de miséricorde.
Tout le monde était en admiration devant le jeune Etienne, et cette admiration était d'autant plus grande qu’on rencontrait rarement de si beaux modèles au milieu du siècle et surtout au sein des richesses et de l’opulence. On vit alors les sentiments se partager à son sujet. Les personnes sages louaient sa conduite, mais les gens du monde, qui de tout temps ont contredit la vertu, ne voyaient dans sa manière d’agir qu’une misanthropie condamnable. Pour lui, sans se mettre en peine de ce que l’on débitait sur son compte, et méprisant les applaudissements et le blâme des hommes, il ne prenait de conseils que de cet oracle du Prophète : « Il est avantageux à l’homme de porter le joug du Seigneur dès sa jeunesse ». Poussé par le désir de ne vivre que pour Dieu et dégoûté de la vie séculière par tout ce qu’il avait remarqué dans le monde, il résolut d'y renoncer entièrement pour se délivrer des piéges qu’il lui tendait. A l’âge de vingtsix ans, il se retira dans la Chartreuse de Portes, en Bugey, lieu déjà illustré par plusieurs personnages.
Sa vertu se trouvant en sûreté dans cet asile, prit de si grands accroissements, que bientôt elle parut égaler celle de ces saints religieux. S'offrant tous les jours en holocauste, il s’efforçait, Comme ces modèles, de mourir au monde, afin de faire vivre Jésus-Christ seul dans son cœur. Il réduisait son corps en servitude par les veilles, les jeûnes, les macérations. Selon la coutume des Chartreux, il portait le cilice et pratiquait beaucoup d’autres austérités permises par la Règle ou autorisées par l'exemple des supérieurs, La Règle ordonnait que trois jours de la semaine on n’aurait pour toute nourriture que du pain, de l’eau et du sel. Etienne, enchérissant encore sur ce point, ne voulut presque jamais autre chose sur sa table ; encore, à. côté de ce morceau de pain, se trouvait-il un manuscrit sur lequel il avait toujours les yeux fixés, nourrissant ainsi le corps et l’âme tout à la fois. Son amour et sa dévotion envers l’adorable sacrement de nos autels étaient si grands qu’en célébrant les saints mystères, son visage était inondé par les larmes que faisait couler la reconnaissance. Sa préparation et son action de grâces absorbaient toute sa vie, puisque c’était pour se rendre digne de recevoir son Dieu dans la communion et pour le remercier de s’être communiqué à lui, qu’il passait la nuit et le jour en oraison, en méditation, à chanter les louanges du Seigneur. C’est au fond de cette solitude qu’il faisait servir le silence, la prière et les mortificalions à sa sainteté dont il avait soin de dérober l'éclat aux autres religieux par son humilité. Ce qui commença à le faire découvrir au dehors, fut le besoin qu’eurent les Chartreux de Portes d’un prieur pour les gouverner, à la place de celui qui venait de mourir. Ils jetèrent les yeux sur Etienne, et pour vaincre la répugnance qui le faisait résister à leur choix, tous joignirent leurs instances et le contraignirent de se rendre. Ils ne s'étaient point trompés dans le jugement qu'ils avaient porté sur sa sainteté et ses talents, car il serait difficile de faire connaître toute la prudence, toute la fermeté et tout le zèle qu'il déploya dans sa charge de prieur qui, suivant l'institut des Chartreux, demandait encore plus de sainteté que d'instruction. Ainsi sa renommée, mêlée à la bonne odeur de ses vertus, remplit non-seulement le pays d’alentour, mais s’étendit fort au loin; car ce n’était pas seulement à ceux qui