‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 185 sur 220 · SAINT ÉTIENNE DE CHATILLON, ÉVÈQUE · texte numérisé non relu

SAINT ÉTIENNE DE CHATILLON, ÉVÈQUE

étaient sous sa direction qu’il était utile, mais il s’efforçait encore de l’être à beaucoup d’autres. Un concours nombreux d’étrangers, animés du désir de leur salut, se rendaient continuellement à la Chartreuse de Portes, où le saint prieur leur distribuait le pain de vie avec une tendre sollicitude, Aussi un bon nombre de chrétiens égarés durent-ils à ses sages conseilsleur retour dans le sentier de la vertu.

La Providence le formait insensiblement, par les fonctions de cet emploi, à l’épiscopat auquel elle le destinait ; et Dieu ne tarda pas à placer sur le chandelier cette lumière ardente, afin qu’elle brillât dans toute l'Eglise.

Le diocèse de Die, en Dauphiné, venait de perdre son pasteur ; le chapitre de la cathédrale et le peuple se rassemblèrent pour lui nommer un successeur, Les sentiments étaient partagés et le choix se portait sur différents candidats dont quelques-uns n'étaient point étrangers à l'intrigue. Les plus sages jetèrent les yeux sur Etienne, et réunirent les suffrages en sa faveur par l'éloge qu'ils firent de sa sainteté, de sa prudence, de son discernement et de sa piété. Mais comme on avait bien prévu que la violence seule pourrait l’arracher à sa chère solitude, on se hâta d'envoyer auprès du Pape pour obtenir la bulle de confirmation, tandis que celui qui en était l’objet, retiré dans la profondeur du désert, ignorait absolument tout ce qui se passait à son sujet. Le souverain Pontife, instruit de ce choix, fit éclater sa joie, félicitant le diocèse de Die et publiant tout haut qu’une telle élection ne pouvait venir que de Dieu. On voit par là que la réputation de sainteté d’Etienne avait traversé bien d’autres montagnes que celles du Bugey, et qu’elle était parvenue jusqu’au souverain Pontife. Le Pape ayant donc imprimé à cette élection le sceau de l'autorité apostolique, donna des ordres pour que le nouveau pasteur se chargeât sans délai du soin de son troupeau. Les chanoines, munis de cet ordre, volèrent auprès de l’humble Chartreux, lui montrèrent les lettres du vicaire de Jésus-Christ et le conjurèrent, au nom de l'Eglise qui l’avait élu, de se rendre à leurs vœux. Etienne, après avoir lu ces lettres et entendu les députés de Die, leur tint cet humble langage : « Je m'étonne que des hommes, sages comme vous l’êtes, aient jeté les yeux sur un religieux ignorant et inconnu, sans expérience, élevé dans le désert, qui ne connaît ni les affaires de l'Eglise, ni celles du siècle, qui ne possède aucune des vertus nécessaires à un évèêque, et qui doit tout son temps à la pénitence ; je m'étonne que vous vouliez lui imposer un si pesant fardeau. Changez de sentiments, je vous en prie, cessez de me faire violence ; je n’adhérerai jamais à votre demande ». Comme ils le pressaient et le suppliaient encore avec plus d'instance, il leur adressa les paroles du bienheureux Hugues, auparavant Chartreux comme lui, ensuite évêque de Lincoln, et qui était depuis deux ans en odeur de sainteté. « Soyez persuadés qu’il n’est pas en mon pouvoir de me rendre à vos idées ; je suis religieux et soumis à la volonté d’un autre auquel je dois obéir jusqu’à la mort. Or, il n’est pas convenable que j’abandonne le soin de cette maison, pour prendre en main le gouvernement de votre Eglise ».

Après cette réponse, les chanoïnes, voyant qu’ils ne pourraient rien gagner sur son esprit, sans contester plus longtemps, se retirèrent et obtinrent de nouvelles lettres du Pape qui mandait au prieur de la Grande-Chartreuse d’obliger celui de Portes à se soumettre. Dès lors, les députés de l'Eglise de Die revinrent vers Etienne ; mais instruit de leur arrivée, il prit la fuite et alla se cacher dans le désert. Le vénérable Guigues, prieur de la Grande-Chartreuse, donna ordre de le chercher et le força, en veriu de la

sainte obéissance, à se rendre à la demande du clergé et du peuple de Die, et aux ordres du souverain Pontife. Les chanoïines, ravis et pleins de joie, le conduisirent à Vienne, et trois archevêques lui donnèrent l’onction épiscopale dans cette ville, l'an 4202.

De Vienne, le nouvel évêque se hâta d’aller à Die, où il fut reçu avec les plus éclatants témoignages d’allégresse. Installé dans le palais épiscopal, il y vécut avec la même simplicité que dans sa cellule, suivant, autant que possible, les exercices pieux de son Ordre, cherchant même à les faire d’une manière encore plus parfaite; il assistait régulièrement au chœur avec ses chanoines, célébrait tous les jours la sainte messe, avec une dévotion qui étonnait autant qu’elle édifiait.

À l'exemple du Sauveur, Elienne, dès les premiers jours de son épiscopat, se fit une Règle de pratiquer lui-même les choses qu’il devait apprendre aux autres, et l’on fut extrêmement surpris de voir celui qu’on avaii cru seulement un religieux et un homme de piété, remplir toutes les fonctions épiscopales avec tant de sagesse et de dignité : sa vigilance et son zèle s’étendaient à tout. :

Les visites qu’il fit dans son diocèse lui acquirent la triste conviction que le peuple profanait habituellement le saint jour du dimanche, en le consacrant au démon par le négoce, la danse, les jeux, la fréquentation des cabarets et des spectacles les plus dangereux pour les mœurs. Etienne, affligé de ces abus, s’appliqua par des discours paternels mais solides, à montrer l’énormité d’une telle prévarication et l’injure qu’elle faisait à Dicu. Mais une partie de cette population aveugle et grossière, bien loin de se rendre à ses exhortations, les méprisa au point de ne plus vouloir les écouter. Le zélé prélat ne se découragea point ; il se rappela qu’il était pasteur et non mercenaire, et résolut de prêcher à temps et à contre-temps. Mais il eut recours à une arme encore plus efficace que la parole, pour vaincre le démon et ramener son peuple à ses devoirs, ce fut la prière. Cette prière opéra des prodiges ; les mœurs furent réformées, les vices cessèrent, et le diocèse de Die n’offrit plus que le spectacle des vertus qu’on admirait parmi les premiers chrétiens.

La grandeur et les soins de l’épiscopat ne firent pas oublier à Etienne la Chartreuse de Portes, où il avait coulé des jours si heureux. Il y retournait fréquemment, y vivait comme les autres religieux, retiré dans sa cellule et se donnant tout entier à l’oraison et à la contemplation. Jamais les attributs de sa dignité ne l’accompagnaient dans ce paisible lieu ; mais la Règle retrouvait en lui un humble disciple de saint Bruno, qui se pliait avec bonheur aux saintes lois de l’obéissance. Il n’y portait pas d’autres habits que celui de l'Ordre ; son lit, sa table, son ameublement, n’étaient pas différents de ceux du dernier religieux. Souvent il se faisait un plaisir de se rendre dans les lieux de piété qui lui étaient connus, et là, rassemblant tous les frères, il leur adressait des paroles pleines de douceur et d’onction. Cette tendre charité s’étendait à tous les malheureux, et les pieux auteurs de sa vie rapportent une infinité de traits qui prouvent que Dieu le faisait participer à sa puissance pour guérir miraculeusement les malades, chasser les démons et soulager les pauvres. Il les aimait et les traitait comme des frères, il voyait en eux Jésus-Christ souffrant ; aussi jamais il ne les laissait à sa porte, mais il les faisait entrer chez lui et leur servait même à manger, conversail avec eux, les insiruisait, les consolait, et ne les renvoyait qu’après les avoir comblés de sa bienveillance et de ses bienfaits.

La mesure des travaux qui lui étaient prescrits se trouva comblée en

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