‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 204 sur 220 · AU DIOCÈSE DE PÉRIGUEUX · texte numérisé non relu

AU DIOCÈSE DE PÉRIGUEUX

Le Périgord possède depuis plusieurs siècles une vénérable Relique dans l’église abbatiale de Cadouin; c’est un des suaires qui ont enveloppé le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans son tombeau. On sait par l'Evangile qu’il y a eu plusieurs linges ou suaires qui servirent à l’ensevelissement du Sauveur. Celui dont nous parlons était placé sur sa tête et couvrait immédiatement ses membres; c’est un Suaire d'honneur, que, d’après la tradition, la Vierge Marie tissa elle-même de ses mains. Ceux qui Pont vu de près ont admiré la finesse de ce tissu et la beauté particulière des deux bordures aux couleurs variées, qui sont un ouvrage oriental d’une très-grande délicatesse. Cette Relique est précieuse à l’égal de la vraie croix, des clous et de la couronne d’épines; car elle a été teinte du sang de Jésus-Christ.

Après l’Ascension du Fils de Dieu, un juif converti à la foi chrétienne déroba le Suaire de la tête de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et le conserva toute sa vie avec affluence de richesses. Etant sur le point de mourir, il fit deux parts de son héritage, et interrogea ses enfants pour savoir qui prendrait le Suaire, et qui aurait les richesses. L’aîné préféra l'argent, et en peu de temps il fut réduit à une extrême pauvreté ; le plus jeune prit le Suaire, et avec la foi il accrut sa fortune. Ses descendants fidèles le gardèrent jusqu’à la septième génération. Il passa ensuite entre les mains des juifs infidèles, qui, l’ayant gardé avec respect, devinrent aussi très-riches et le furent longtemps. Mais après beaucoup de discussions et de débats entre les chrétiens et les juifs, les premiers, prétendant que le Suaire leur appartenait comme héritiers de Jésus-Christ, les autres le revendiquant comme un héritage de leurs pères, ils eurent enfin recours à Mahuvias, roi

des Sarrasins, comme à leur juge. Gelui-ci, ayant fait allumer un grand bûcher, pria Jésus-Christ de vouloir lui-même décider le procès, puisqu'il avait bien voulu porter sur sa tête ce Suaire sacré pour le salut des siens. Le Suaire est jeté dans le feu, mais voilà qu’il s’envole promptement bien au-dessus des flammes d’où, après avoir voltigé assez longtemps comme en se jouant, il descend enfin à la vue de tous et va se poser lentement entre les mains d’un chrétien perdu dans la foule. Tous alors levèrent les mains vers le ciel et après s’être humiliés et prosternés en terre, ils le portent en triomphe dans la ville de Jérusalem en chantant des cantiques de louange, et enfin le déposent avec respect dans les armoires de l’église.

Ce premier récit est tiré du vénérable Bède, qui le fit sur la relation d’Arculphe : Le Suaire, ajoute-t-il, avait huit pieds de longueur ; il fut vu et baisé par notre frère Arculphe, qui en a rendu témoignage.

Après l’histoire de son invention, disons celle de son transport dans le Périgord.

« Adhémar de Monteil, évêque du Puy et légat du Saint-Siége dans la première croisade, rencontra le saint Suaire à Antioche, où on l'avait porté avec beaucoup d’autres reliques pour le soustraire aux profanations des Musulmans, qui étaient maîtres de la ville sainte. Il en fit l'acquisition en 4098 ; mais, étant sur le point d’être enlevé par la maladie qui fit mourir tant de guerriers, il remit son trésor à un prêtre de son Eglise. Ce prêtre se hâta de s’embarquer ; frappé à mort lui aussi pendant la traversée, il laissa son dépôt à un ecclésiastique attaché à sa personne et originaire des environs de Cadouin. Voici comment le prêtre périgourdin s'y prit pour sauver la relique en la cachant à l’ardente convoilise de ses compagnons chrétiens. Il prit un baril au milieu duquel il mit un morceau de bois qui le divisa en deux. Dans l’une de ces parties il mit le linge sacré, et dans l’autre sa boisson. De cette sorte il le porta dans son pays natal. Rentré en Périgord, il cacha le Suaire avec son histoire dans une église dont il faisait le service et qui était voisine de Cadouin. Fort peu de temps après, en l'absence du prêtre, un violent incendie consuma le village et l’église ; mais le saint Suaire, déposé dans un coffret près de l’autel, demeura intact. Les religieux, qui depuis peu habitaient Cadouin, apprirent cette merveille : ils accoururent et l’emportèrent dans leur monastère. C’était en l’année 1147. Mais le prêtre étant de retour, et n'ayant point retrouvé son précieux trésor, vint chez les moines pour le recouvrer. Ceux-ci ne voulant pas le céder, il les supplia très-humblement de le recevoir au milieu d’eux, afin de rester toute sa vie le gardien de la relique qu’il avait eue en sa possession ».

Il mourut à Cadouin et fut enterré sous le pavé de la chapelle de Sainte- Madeleine, non loin du Suaire qu'il avait tant chéri.

Si on voulait savoir comment et en quel lieu fut gardé le saint Suaire depuis la Résurrection de Jésus-Christ jusqu’au septième siècle, où il fut sauvé des flammes, il suffirait de remarquer qu’au rapport de saint Athanase, deux ans avant que les Romains se fussent emparés de Jérusalem, les fidèles, avertis par des révélations célestes, sortirent en grand nombre de la ville et se retirèrent en d’autres provinces, emportant avec eux les saintes reliques et autres objets précieux ; que plus tard, au témoignage d’'Eusèbe, sous l'empire de Trajan, ils y retournèrent. En l’année 636, les Mahométans entrèrent dans la cité sainte, mais elle ne se rendit qu’à la condition, faite par l’évêque Sophronius, que les chrétiens pourraient y exercer librement leur religion. En effet, dit Baronius (an 643), les fidèles gar-

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