LE SAINT SUAIRE DE CADOUIN, AU DIOCÈSE DE PÉRIGUEUX
dèrent leurs églises et les pèlerins y venaient de toutes parts. Le saint Suaire fut donc fidèlement gardé et on put suivre sans peine les détails de son histoire.
Enfin, depuis qu’il fut sauvé miraculeusement des flammes, sous le roi Mahuvias, jusqu’à la première croisade, où il fut acheté par l'évêque Adhémar, nous avons quatre siècles. Que devint le saint Suaire pendant ce temps ? Nous savons que les chrétiens de Jérusalem le gardèrent dans une église ; plus tard il fut transféré à Antioche, et il faut admettre que ce fut vers l’an 1000, au temps où les fidèles étaient affligés par les Mahométans, qui, en haine de la religion, détruisirent l’église du Saint-Sépulcre. La tradition du saint Suaire dut se conserver avec soin, puisque l’évêque Adhémar le reconnut, se le procura et ne voulut le confier qu’à sa mort à un prêtre de son église, qui à son tour le légua, avec son histoire, à un ecclésiastique du Périgord.
A peine arrivé dans le Périgord, il attire des foules considérables, et les religieux de Cadouin construisent en son honneur la belle église que lon voit encore. À partir du xrr° siècle, l’histoire de Cadouin devient vraiment magnifique. Les papes, les rois et les évêques s'intéressent à cette abbaye qui possède un si grand trésor ; ils y viennent des quatre coins de l’Europe ; le roi Louis la visite en partant pour la dernière croisade et, avec les sommités sociales, le peuple y accourt en foules nombreuses. L’affluence était telle qu’il fallut bâtir à Cadouin un hôpital et plus de soixante maisons pour les étrangers. Cette dévotion brilla d’une grande splendeur pendant quatre cents ans et fut une des plus grandes dévotions de l’univers.
Des hommages nombreux et éclatants furent rendus au saint Suaire. Des miracles sans nombre éclatèrent ; une confrérie célèbre s’établit à Cadouin, qui s’étendait à l’Europe entière. Nous ne parlerons pas des voyages du saint suaire à Toulouse, où il resta de longues années, à Paris, à Poitiers, à Obazine, et des hommages extraordinaires qu'il reçut partout sur son passage. Cette odyssée est merveilleuse. De vives contestations s’élevèrent à son sujet : les villes et les monastères, les papes et les rois y prirent part ; ils voyaient donc dans ce suaire autre chose qu’un linge vulgaire. Mais le xvrr° siècle amène un fait qui domine toute cette histoire et la marque d’un cachet suprême d’authenticité : c’est le procès-verbal de Mgr de Lingendes, évêque de Sarlat. Qu'on lise attentivement cette pièce importante, qu’on étudie le caractère de l’évêque, les circonstances et les personnes qui concourent dans cette action, qu’on en remarque les moindres détails, et on y verra la Providence de Dieu qui conserve attentivement la mémoire d’une relique si précieuse. En même temps, les religieux de Cadouin écrivent son histoire et ils en font hommage à la reine régente, Anne d'Autriche, mère de Louis XIV. Ils ne craignent pas d’appeler le saint suaire de Cadouin, le plus riche joyau du premier royaume de l’univers et Ze plus bel apanage du domaine royal.
Le vent mauvais qui ne cessa de souffler au xvim° siècle diminua sans l'interrompre le flot des fidèles visiteurs. La Révolution profana l'Eglise sans la détruire, assassina le prieur et brûla en place publique l’histoire du couvent, les titres et les manuscrits. Le principal, l'essentiel, le saint Suaire fut heureusement caché et échappa aïnsi à la fureur des impies.
Cadouin est tout près de la station du Buisson, sur la ligne ferrée de Périgueux à Agen.
Les ostensions de la sainte relique se font régulièrement trois fois l’année : le second dimanche après Pâques, appelé le dimanche du Bon-Pas-
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ieur ; fe dimanche de la Pentecôte et le 8 septembre. Elles durent huit jours chaque fois, et le souverain pontife Pie IX a accordé une indulgence plénière à chacun de ces jours. Par une disposition particulière de Mgr l’évêque de Périgueux, la grande fête de Cadouin et l’ostension la plus solennelle ont lieu tous les ans au mois de septembre.
Le Suaire de Cadouin a huit pieds de long et quatre pieds de large. Il mesure deux mètres quatre-vingt quatre centimètres en longueur et un mètre vingt-quatre centimètres en largeur.
Outre de petites parcelles de la sainte Croix, le diocèse de Périgueux possède deux autres reliques bien précieuses de la Passion, deux épines de la sainte Couronne. La première est dans l’église de Saint-Cyprien ; l’autre appartient à M. de Montferrand, et se trouve dans la chapelle de son château de Montréal. Celle-ci est brisée et attachée avec un fil. Outre le Suaire de la tête du Sauveur, Cadouin possède encore un petit fragment, grand comme le bout du doigt, du bandeau dont se servirent les Juifs pour voiler les yeux du Sauveur au moment de la Passion, quand ils le frappaient en lui disant : Prophétise ; dis-nous donc qui t’a frappé. Le saint bandeau vint à Cadouin avec le Suaire et l’accompagna toujours.
De grandes fêtes ont eu lieu le 5 septembre 1866, à l’occasion de la translation du saint Suaire dans la châsse précieuse achetée en son honneur.
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Extrait d'une intéressante brochure ayant pour titre ;: Aistoire du saint Suaire de Cadouïin, par le R. P. Carles, missionnaire du Calvaire de Toulouse.