SAINT GORGON ET SAINT DOROTHÉE, MARTYRS A NICOMÉDIE
Les saints martyrs, voyant ces apprêts, sentirent s’augmenter leur allégresse ; et quand on les eut placés sur les charbons ardents, ils s’écrièrent : « Gloire vous soit rendue, Seigneur, qui avez daigné recevoir vos serviteurs comme des hosties vivantes ; la fumée qui s'échappe de nos corps et monte vers vous, nous obtient le pardon de nos fautes; elle nous méritera de siéger dans le paradis à côté de vos fidèles martyrs dont nous partageons les souffrances. Souvenez-vous, Seigneur, de notre fragilité et de votre bonté miséricordieuse ; fortifiez-nous dans cette dernière épreuve. Que votre main se lève et nous protége contre les assauts du démon, venez, Seigneur, secourez-nous, et à cause de votre nom, délivrez vos serviteurs ». A peine avaient-ils fini cette prière que toute l’ardeur du feu qui les consumait s’éteignit ; leur face resplendit comme la lumière du soleil ; et il semblait à tous les assistants que leurs membres reposaient sur un lit de fleurs, sans ressentir la moindre souffrance.
On les détacha alors du gril, et on les releva. Les fidèles qui avaient assisté à leur torture, et qui cachaient jusqu’à ce moment leur foi, sentirent se renouveler leur courage en voyant la constance des généreux martyrs. Eux cependant continuaient à chanter au Seigneur avec le Psalmiste : « Il vaut mieux se confier au Dieu du ciel, qu’aux princes de la terre ». Pour Dioclétien, il gémissait de se voir vaincu par leur invincible fermeté ; et n’espérant plus désormais d’en triompher par les tourments, il rendit contre eux une sentence capitale. Les bourreaux alors les saisirent ; mais rendus au lieu du supplice, les martyrs obtinrent de pouvoir prier pendant quelques moments; leur prière achevée, ils donnèrent le baiïser de paix aux chrétiens qui les entouraient, et se livrèrent aux bourreaux. Ils furent aussitôt attachés; et la corde ayant été passée à leur cou, ils furent cruellement mis à mort.
On les représente en groupe, parfois on leur adjoint saint Pierre, également martyr à Nicomédie, parce qu'ils étaient tous trois camériers de Dioclétien.
CULTE ET RELIQUES
Les fidèles, ayant recueilli les glorieuses dépouilles de nos saints Martyrs, leur donnèrent une honorable sépulture, et aussitôt il se fit à leurs tombeaux de nombreux miracles : les infirmes y recouvraient la santé, les démoniaques y obtenaient leur délivrance, par les mérites des bienheureux Martyrs tout-puissants auprès de Dieu. Quelques années plus tard, le corps de saint Gorgon fut transporté à Rome, et déposé, sur la Voie Latine, entre les deux Lauriers, où il fut entouré des plus magnifiques honneurs. Le Christ a voulu par là confier aux bienheureux Martyrs un plus glorieux patronage, et après leur entrée dans la patrie éternelle, diviser leur corps, afin que l’un protégedt la Grèce, et l’autre la sainte Eglise romaine ; mais, quoiqu'ils soient ainsi séparés, leur présence se fait tout entière sentir à chacun des tombeaux que l’on vient honorer. En Grèce, on implore le secours de Dorothée ; et son divin compagnon qui repose à Rome vient avec lui exaucer les vœux des suppliants ; les Romains, à leur tour, se rendent en foule pour prier au sépulcre de saint Gorgon; et le bienheureux Dorothée accourt avec lui afin de favoriser les habitants de la
rande cité.
; Les reliques de saint Gorgon furent transférées, en 766, par le vénérable Chrodegand, évèque de Metz, dans le monastère de Gorze. Plus tard, elles furent données à la vénérable Philippe de Gheldres, religieuse au monastère de Sainte-Claire de Pont-à-Mousson, par son fils, le cardinal de Lorraine, abbé de Gorze et évêque de Metz, probablement en 1542, après la ruine de l’abbaye par Guillaume de Furstemberg. Le 41 novembre 1595, les Clarisses rendirent deux ossements, l’un d'une épaule et l’autre d’un bras, à l’église paroissiale de Gorze, qui n’en possédait plus : ils ont dû périr pendant la grande Révolution.
En 1191, la dernière abbesse des Clarisses, Marie-Charlotte Barbel, emporta à Essey-en-Woëvre, canton de Thiaucourt, où elle mourut en 1815, la chässe dite de Saint-Gorgon, qui est restée dans l’église paroissiale, Le 20 novembre 4796, le 8 juillet 1805 et le 28 avril 1807, les reliques y con-
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tenues furent visitées, reconnues et approuvées canoniquement. Elles consistent en plus de vingt grands ossements avec de nombreux fragments, qui appartiennent à sept sujets différents, dont plusieurs du sexe féminin. Voici l'explication de ce fait énorme. Quand l’église abbatiale de Gorze fat pillée, probablement en 1542, toutes les reliques furent jetées de leurs châsses et reliquaires sur le pavé, puis recueillies et réunies par les religieux, comme le constate cette note sur parchemin et conservée dans la châsse d’Enez : Reliques de Gorze qui ont été prinses parmi l'esglise quand elle fust pillée par les gens armés ; et qui a été interpolée par la surcharge suivante, accusant une main différente et une époque plus récente : Reliques du corps de saint Gourgon. Ainsi cette châsse contient non-seulemert quelques reliques de saint Gorgon, mais d'autres reliques vénérées dans l’église de Gorze, et toutes sont confondues et vénérées sous le même nom. Un fragment de cubitus en a été pris et déposé dans l’église d’Euvezin, qui est voisine, le 48 août 1849, un fragment de crâne avait déjà été retiré de la même châsse par les Clarisses, et donné à l’église paroissiale de Feys-en-Haye, dans la même contrée, où il est encore ; est-il plus certainement du saint Martyr que le plus grand nombre des ossements de la chàsse d'Enez, nous n’oserions le dire ; mais si le chef, qui était autrefois dans l'Eglise de Metz et qui probablement se trouve confondu dans l'espèce d’ossuaire de la sacristie de Sainte-Glossinde (chapelle de l'évêché) où sont rassemblées pêle-mèle de nombreuses reliques, pouvait être reproduit, il serait curieux d’en rapprocher le fragment vénéré dans l’église de Feys.
Nous avons extrait cette biographie des Actes des Martyrs, par les révérends Pères Bénédictins, et nous l'avons complétée avec des Votes dues à l'obligeance de M. Noël, curé de Briey, et de M. J.-F. de Blaye, curé d'Imling. :
SAINT OMER OÙ AUDMAR, MOINE DE LUXEUIL ET ÉVÊQUE DE L'ANCIEN SIÈGE DE THÉROUANNE, AU DIOCÈSE D'ARPAS 610. — Pape : Vitalien. — Roi de France : Clotaire III,
Le Christ est la vérité, et celui qui suit le Christ aime la vérité et toute vertu.
Thomas à Kempis.
Saint Omer naquit, vers la fin du vi‘ siècle, à Guldindal ou Goldenthal, (le Val d'Or), près de Constance, de parents également illustres par leur piété et par leur naissance. Son père s’appelait Friulphe etsa mère Domitta. Ils eurent grand soin de former dans les lettres et la vertu ce cher fils, qui était l'unique fruit de leur mariage. Après la mort de Domitta, la grâce croissant en lui avec l’âge, il résolut de renoncer au monde et de se faire religieux ; il détermina même son père à l’y suivre. Ils vendirent donc leurs biens pour en distribuer l’argent aux nécessiteux ; et ainsi, pauvres des biens de la terre, mais riches des biens du ciel, morts au monde et ne vivant qu’en Jésus-Christ, fidèles à la grâce et ennemis du démon, ils se rendirent au monastère de Luxeuil, dans la Franche-Comté, où ils furent cordialement accueillis par l'abbé saint Eustaise (612 ou 615), qui, aprèsles avoir soumis à de rudes épreuves, pour les débarrasser de tout lien terrestre et surtout de leur mutuel attachement, les admit ensemble à la profession. Friulphe y persévéra jusqu’à la fin et mourut saintement.
Saint Omer se rendit bientôt le modèle des autres frères. Il était chaste de corps et d'esprit, le premier à l’obéissance et à la pratique de l’humilité, le plus éclairé dans la science de Jésus crucifié, le plus aimable par sa charité et par sa douceur, et le plus exact dans l’austérité des jeûnes et des veiiles. Cette ferveur ne se ralentit point dans la suite des années, comme