SUPPLÉMENT. — 3 SEPTEMBRE
teur, parcourut son diocèse, appelant les pécheurs à la pénitence et s’efforçant de ramener au bercail ceux qui s’en étaient éloignés. Cependant Grodebert, considérant que, s’il parvenait à se défaire du pasteur, il pourrait ensuite déchirer à son aise tout le troupeau, gagna à prix d’or un misérable qui s’engagea par serment à massacrer le saint Evêque. L'occasion d'accomplir cette horrible promesse ne se fit pas longtemps attendre. Le 3 septembre 775, saint Godegrand tomba sous le fer du meurtrier.
Sainte Opportune transporta dans son abbaye le corps du saint martyr et le fit déposer avec de grands honneurs dans une des cryptes de son église abbatiale. À peine fut-il inhumé qu'il s’établit un pèlerinage à son tombeau; les fidèles venaient de tous côtés se recommander à la protection du Saint, et Dieu récompensait par de nombreux miracles la foi de ses pieux serviteurs. Cette dévotion s'étant refroidie peu à peu, saint Hildebrand, évêque de Séez, envoya les dignitaires de son église avec tout le clergé de sa cathédrale pour retirer le corps du saint Pontife du tombeau où il était déposé. Quand on en fit l’ouverture, le corps du Saint fut trouvé sans la plus légère marque de corruption. Les reliques, ayant été mises dans une châsse, furent transportées à Séez et déposées dans la cathédrale, sous l'autel que saint Hildebrand avait fait préparer (870).
Peu de temps après, par crainte des Barbares, ce précieux trésor fut transporté au monastère de Saint-Céneri, près d'Alençon ; puis à Panicières, lieu maintenant inconnu, mais peu éloigné du monastère de Corbiont. Peu d’années après cette translation, saint Adelin fit transporter le corps du saint martyr à Moussy-le-Neuf (Seine-et-Marne), où il resta peu de temps, au moins dans son entier. En effet, par crainte des Normands, il fut transféré en grande partie en Auvergne. Les saintes reliques furent déposées dans l’église paroissiale de Beaumont-lez-Randans (Puy-de-Dôme), dont saint Godegrand devint le second patron. Tous les ans, à partir de ce moment, sa fète y fut célébrée, le 3 septembre, avec beaucoup de dévotion, par les habitants de cette paroisse.
Saint Adelin, qui avait envoyé ces reliques à Beaumont-lez-Randans, en avait gardé une partie pour son diocèse. Ce précieux trésor, qui fut déposé dans l’église d’Almenèches, y resta jusqu’au commencement du x1° siècle. Ce saint Evêque a dû cependant laisser quelques reliques du saint martyr à Moussy-le-Neuf ; car on y vénère, depuis un temps immémorial, une relique de saint Godegrand.
L'église de l’Isle-Adam possède aujourd’hui, dans une belle chässe, le chef du Saint. Cette relique y est perpétuellement exposée à la vénération des fidèles sur un autel érigé, en 4710, en l’honneur du saint martyr. L'église cathédrale de Séez possède plusieurs reliques. de saint Godegrand. La ville d'Exmes, qui a donné naissance à cet illustre martyr, se glorifie aussi d’avoir une de ses reliques.
L'église d'Almenêches conserve avec un respect profond une relique du Saint, qui lui a été donnée par Monseigneur Rousselet, le 5 avril 4847. On voit encore dans cette église le caveau funèbre dans lequel fut déposé le corps de saint Godegrand par sainte Opportune. Sur une des fenêtres du chœur est un beau vitrail composé de sept médaillons. Le premier représente le Père éternel bénissant saint Godegrand; sur le second on voit Jésus-Christ lui montrant sa croix. Le troisième représente le Saint à l’école de saint Lothaire ; sur le quatrième, il confie son diocèse à Grodebert. Son martyre est peint sur le cinquième. On voit sur le sixième sainte Opportune qui relève le corps inanimé de son frère. Le septième représente la translation des reliques du Saint, en 1847.
A quelque distance de l’église, on aperçoit les murs de clôture et quelques vieux bâtiments de l’ancienne abbaye où saint Godegrand vint se reposer à son retour de son pèlerinage. Plus loin, au midi, près de l'église du château d’Almenèches, on voit l'emplacement de l’abbaye de Sainte-Lanthilde, où saint Godegrand se rendait, quand il fut assassiné par ordre de Grodebert.
Depuis quelques années, la vénération que l’on avait pour le saint Evêque s’est accrue dans le diocèse de Séez. On attribue cet heureux événement à l’approbation que le Saint-Siége a donnée, en1857, au culte du saint martyr, et à la distribution de plusieurs parcelles de ses reliques qui a été faite à différentes églises ou communautés du diocèse. On en possède au grand séminaire de Séez, à la Maison-Mère de la Miséricorde, à Alençon, à Mortagne, à Argentan, à Flers, à Sainte- Opportune et à Durcet.
Extrait des Vies des Saints du diocèse de Séez, par M. l'abbé Blin, curé de Durcet. 1. Ce monastère, fondé par saint Lomer en #62, était situé dans la paroisse de Moutiers-au-Perche (Orne).