ÉVÊQUE DE SÉEZ ET MARTYR
Saint Godegrand 1 naquit dans la ville d'Exmes, au commencement du vire siècle, d’une des plus illustres familles de la Neustrie. Elevé dans la maison paternelle avec sainte Opportune, sa sœur, il apprit, dès sa plus tendre enfance, à aimer ce Dieu infiniment bon qui l'avait régénéré dans le baptème et adopté pour son enfant. Aussi le Seigneur se plut-il à verser sur lui ses plus douces bénédictions. Comme ce saint enfant ne soupirait qu'après la gloire de Jésus-Christ, il eut de bonne heure la pensée de consacrer sa vie à le faire aimer. Ayant obtenu de ses parents la permission d'embrasser l’état ecclésiastique, il dit adieu au monde, foula aux pieds les grandeurs de la terre et se rendit à Séez. Saint Lothaire confia son éducation à saint Frogent, son archidiacre, qui prit soin de l’instruire dans les sciences ecclésiastiques et de développer en lui les vertus dont le Seigneur avait embelli son âme. Hérard de Tours nous apprend qu’ « il passait sa vie dans la prière, les veilles et les jeûnes, et s’exerçait continuellement à la pratique des vertus sacerdotales, afin de plaire à Jésus-Christ, le souverain prêtre. Loin de se prévaloir de sa naissance, de ses talents et de l'affection que lui témoignait son évêque, il ne cherchait à surpasser ses compagnons d'étude que par sa douceur et son humilité ». Dieu voulut couronner de si heureuses dispositions : saint Godegrand fut ordonné prêtre par saint Lothaire. Ce saint évèque ayant abdiqué en 752, saint Frogent fut élevé sur le siége épiscopal de Séez. Après la mort de ce dernier, arrivée vers l'an 765, saint Godegrand, que tout le clergé et le peuple vénéraient comme le modèle des prètres, fut désigné d’une voix unanime pour succéder à son oncle.
Loin de s’enorgueillir de sa nouvelle dignité, il n’en devint que plus humble aux yeux du Seigneur, et plus attentif à invoquer les lumières de l’Esprit-Saint, afin d’être un pasteur selon le cœur de Dieu. « Chaque jour », dit l’auteur de sa Vie, «il formait ses frères à l'amour du Seigneur par de salutaires exhortations. Il parcourait les villes et les campagnes, prêchant le saint Evangile et répandant partout la bonne odeur de Jésus-Christ. Comme le saint homme Job, il était l'œil de l’aveugle, le pied du boiteux, le père des pauvres, le protecteur de la veuve, l'appui de l'orphelin, le soutien de tous les malheureux ; en un mot, il s’appliquait à donner à tous ses frères les secours spirituels ou temporels dont ils avaient besoin ». Le saint Evêque montrait une bonté spéciale pour les âmes consacrées à Dieu par les vœux de la religion. Les religieuses du grand monastère d’Almenéches, gouverné par sainte Lanthilde, sa tante, et celles du petit monastère, gouverné par sainte Opportune, éprouvèrent particulièrement les effets de sa charité. Saint Godegrand se faisait un devoir d’aller les visiter souvent et de les nourrir de la parole de Dieu.
Il y avait déjà plusieurs années que le Saint travaillait avec ce zèle ardent à faire aimer Jésus- Christ, lorsque Dieu lui inspira la pensée d’aller à Rome pour y vénérer les reliques des saints Apôtres. Avant son départ, il voulut donner à son église un protecteur puissant ; il nomma à cet effet le gouverneur de la ville d'Exmes, nommé Grodebert. Mais à peine le saint Evêque eut-il quitté sa ville épiscopale, que cet homme perfide se montra plutôt l'ennemi de cette église que son défenseur. Il ravit audacieusement les biens du clergé, mit à contribution les fidèles euxmêmes, dispersa le troupeau qui lui avait été confié et mit le comble à ses crimes en se faisant ordonner évêque de Séez, contrairement à toutes les règles de l'Eglise. De retour en son diocèse, après sept années d'absence, le saint Evêque, afin de réparer les scandales causés par l'usurpa-