‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 25 sur 220 · SAINT PHILIBERT OU FILIBERT, CONFESSEUR. A · texte numérisé non relu

SAINT PHILIBERT OU FILIBERT, CONFESSEUR. A

Ce fut saint Philibert qui fit bâtir à Pavilly /Pauliacum, Seine-Inférieure) un monastère pour des filles (647) ; l'emplacement lui fut donné par Amalbert, seigneur du lieu, dont la fille, nommée Aurée, y prit le voile. Sainte Austreberte fut première abbesse de ce monastère.

En 674, la nécessité obligea saint Philibert de faire un voyage à la cour : il eut le courage de reprocher à Ebroïn, maire du palais, son ambition et ses crimes. Ce ministre, pour se venger, excita contre lui une sourde persécution. Il gagna quelques ecclésiastiques, du diocèse de Rouen, qui décrièrent le serviteur de Dieu, et firent entrer dans leurs vues saint Ouen, leur évêque. Les choses en vinrent au point qu’on mit saint Philibert en prison, dans un lieu de la ville qu’on appela depuis la poterne. Quelque temps après, saint Ouen reconnut son innocence et lui fit rendre sa liberté. Mais Philibert, ne se croyant point en sûreté dans la Neustrie, quitta Jumiéges. Il se retira à Poitiers, auprès de l’évêque Ansoald, qui venait de succéder à Didon, oncle de saint Léger, évêque d’Autun, victime de la cruauté d’'Ebroïn. Ansoald le reçut avec bonté, et aurait bien voulu l’attacher à son Eglise. Mais l’amour de la vie solitaire l’emporta encore dans le cœur du religieux ; et l’évêque, n’espérant plus le gagner, lui céda généreusement, aux confins de son diocèse et de la Bretagne, une portion de l’île nommée Her ou Hério, pour y bâtir un monastère qui prit dès lors le nom de Hermoutier (monastère de Her), dont on fit plus tard Noirmoutiers (677). À ce premier don il ajouta d’autres libéralités, tant de son propre bien que de celui de l’Eglise de Poitiers, de sorte que la nouvelle maison devint en peu de temps florissante. Elle fut d’abord peuplée de quelques moines de Jumiéges. Philibert s’occupa aussi, à la prière d’Ansoald, de recomposer l’abbaye bénédictine de Saint-Benoît de Quinçay (Quinciacum), au diocèse de Poitiers, qui avait souffert d'événements malheureux. Il y fit venir quelques religieux de Jumiéges, et mérita d’être regardé comme le restaurateur de ce monastère, qui avait commencé du temps de saint Hilaire.

A la mort d’Ebroïn, arrivée en 681, Philibert voulut revoir Jumiéges. Il y rencontra saint Ouen, qui lui demanda pardon de s'être laissé prévenir contre lui, et le conjura de rester en Normandie. Mais Philibert préféra retourner à Noirmoutiers, et consentit seulement à mettre à la tête de l’abbaye de Jumiéges saint Achard, l’un de ses plus fidèles disciples. De retour dans son île, il s’appliqua de plus en plus au bon gouvernement de son troupeau. Simultanément, il dirigeait encore les progrès du monastère de Notre- Dame de Luçon {Sancta Maria Lucionensis), qui florissait depuis le rv° siècle, et les commencements de celui de Saint-Michel-en-l’Herm {S. Michael in Eremo), qu’Ansoald venait de fonder, en 681. Occupé de tant de travaux, il n’en avait pas moins l'esprit de recueillement et de prière ; ce qu’il conseillait aux autres, on le lui voyait toujours accomplir le premier. S'il parlait, on croyait entendre Jésus-Christ ; l'Esprit semblait souffler sur son cœur et sur ses pensées. Il mourut le 20 août vers 687, au milieu de ses frères de Noirmoutiers.

On représente saint Philibert : 4° assis, en costume d’abbé, et caressant un cheval ou un âne : c’est probablement l’âne de sainte Austreberte, abbesse de Pavilly, qui transportait à Jumiéges le linge de la sacristie, que la sainte abbesse se chargeait de blanchir ; 2° sauvant les moines de Jumiéges d’un ouragan qui survint pendant la moisson,

CULTE ET RELIQUES

Le corps du Saint, conservé jusqu'en 836 dans l'église de Noirmoutiers, en fut enlevé le 14 février de cette même année, par précaution contre les Normands qui menagaient l’ile, et transporté dans le monastère de Déas, petite ville du comté d'Herbauges, en bas Poitou. Pendant ce trajet, d'admirables prodiges éclatèrent aux yeux des populations qu'on traversa à Beauvoir-sur- Mer (Ampermum), à Bois-de-Céné (Varinna) et à Paux (Paulus), trois stations où s’arrèta successivement le pieux convoi. Plus tard, les religieux furent contraints de chercher un autre asile à Cunaud, en Anjou, où ils apportèrent le corps de leur saint Abbé, vers l'an 857. De là ils le transportèrent à Messay, en Poitou, en 862, puis à Saint-Pourçain, en Auvergne, vers la fin de l’an 871. Enfin, cette communauté si longtemps errante vint se fixer à Tournus, sous la conduite de l’abbé Geilon, l’an 815. Un monastère qui existait dans cette ville, sous l'invocation de saint Valérien, leur fut cédé.

Vers la fin du xe siècle, Gilbert, comte de Châlon, ayant voulu de sa propre autorité donner l'abbaye de Tournus à un religieux qu'il favorisait, ceux de Noirmoutiers retournèrent à Saint-Pourçain, emportant avec eux le corps de saint Philibert et les autres reliques dont ils avaient enrichi le monastère de Tournus. Ils n’en revinrent qu’au bout de trois ans, sur l'invitation des évêques : de la province, et quand on eut chassé l'abbé intrus.

Depuis cette époque, la célèbre abbaye a toujours conservé le précieux dépôt des reliques de saint Philibert. Elles ont échappé à tous les dangers des guerres et des révolutions. Lorsque, en 1562, les Huguenots dévastèrent l’abbaye de Tournus, ils découvrirent malheureusement le lieu où l'on avait caché les châsses de saint Valérien, de saint Vital, et de quelques autres Saints. Mais le corps de saint Philibert échappa à leur fureur. Sauvé aussi pendant la Révolution de 1793, il est encore aujourd'hui honoré dans la première église de Tournus. Le 20 août 1841, Monseigneur l’évêque d'Autun a placé les reliques de notre Saint dans un nouveau reliquaire, en présence d’un nombreux concours de prêtres et de fidèles. En vérifiant les ossements de saint Philibert, on a * constaté l'absence de quelques-uns ; mais on sait ce qu'ils sont devenus. Un acte en parchemin, trouvé dans l’ancienne châsse de cuivre, atteste que, le 19 mai 1493, à la prière de Jacques d’Amboise, abbé de Cluny et de Jumiéges, l’on ouvrit la chässe de saint Philibert, et que l'on en tira quelques reliques pour les envoyer à Jumiéges. Dans le xvire siècle, on fit le même présent à d’autres grands personnages.

Outre la fête principale de saint Philibert, que l’on célèbre aujourd'hui, on en célébrait d'autres à l’abbaye de Tournus, à l’occasion de ses diverses translations, le 14 février, le 7 juin et le 45 octobre. Il y en avait une quatrième le 22 mai à Charlieu, ancien diocèse de Mâcon ; mais elle était propre à cette église.

Nous nous sommes servi, pour composer cette biographie, du Propre de Poitiers; de Godescard ; des Vies des Saints de l'Eglise de Poitiers, par M. l'abbé Auber; du Légendaire d'Autun; et de la Vie des Moines et des Evêques de Luçon, par l'abbé Du Tressay, chanoine honoraire de Luçon.

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