Voir sa vie à ce jour
2. Le monde entier connaît le nom de sainte Cyriaque et révère sa Cafacombe. L'origine de ce quartier, l'un des plus vastes de la Rome souterraine, remonte à l'an 260, sous le règne de Valérien. Issue d'une des plus nobles familles de l'empire, Cyriaque avait vécu onze ans avec son mari. Devenue veuve chrétienne, elle consacra sa personne et ses biens aux pauvres du Seigneur. Malgré la violence de la persécution, elle donnait sa maison du mont Cœlius pour les assemblées des fidèles et la célébration des saints Mystères. C'est là que saint Laurent, la veille de son glorieux combat, distribua aux infirmes, aux veuves et aux orphelins, les trésors de l'Eglise. Après sa mort, l’illustre archidiacre fut déposé avec une grande pompe dans le champ de Néron, donné par sainte Cyriaque pour la sépulture des chrétiens et situé sur la voie Tiburtine. Elle-même ne tarda pas à venir l'y rejoindre, Sans égard pour sa haute naissance ni pour son grand âge, l'empereur fit arrêter l’illustre matrone et la soumit aux plus affreuses tortures, On lui meurtrit le corps, on lui déchira les chairs, et on finit par lui briser les os à coups de lanières garnies de plomb et de pointes acérées. Les chrétiens recucillirent avec respect son corps sacré, et le déposèrent dans la partie occidentale de sa catacombe, non loin de saint Laurent. — Mgr Gaume : Les trois Rome.
8. Julien l'Apostat avait donné des ordres pour que l’on Ôtât la croix et le nom de Jésus-Christ du Zabarum où Constantin les avait fait mettre, et que l’on reprit les drapeaux des empereurs païens, sur lesquels on représentait les fausses divinités. Bonose et Maximien, deux officiers du corps des Vieux Terculiens, refusèrent d'obtempérer à ces ordres impies. Furieux, Julien les fit flageller avec des plombeaux, puis décapiter. Ce furent les dernières victimes de l'Apostat, qui, peu de temps après, mourut de la mort affreuse que l'on sait.— Godescard, Ruinart, Tillemont, Ceillier.
Apôtres, se retira de là dans le territoire de Fondi, et, comme il ensevelissait les corps des martyrs, fut arrêté par un tribun et expira dans les fers sous l’empereur Dèce. — À Edesse, en Syrie, sainte Basse, martyre, et les saints Théogone, Agape et Fidèle, ses enfants, que cette sainte mère envoya au martyre avant elle par ses exhortations, durant la persécution de Maximien; elle eut elle-même la tête tranchée, et, toute joyeuse de cette victoire, elle suivit ses enfants. — À Vérone, saint Euprèpe, évêque et confesseur. 1er ou 119 s. — De plus, saint Quadrat, évêque. — A Sienne, en Toscane, le bienheureux BERNARD PTOLOMÉE, abbé, fondateur de l'Ordre des Olivétains. 1348.
MARTYROLOGE DE FRANCE, REVU ET AUGMENTÉ
Au diocèse de Séez, saint Adalhelme, appelé aussi Adahelin et Adelin, moine de Saint-Calais et évêque de Séez après Hildebrand II (880). Adalhelme ne jouit pas longtemps en paix de son évéché : surpris par une bande de Normands, il fut conduit en exil par ces pirates; mais les jours de captivité ne rendirent pas son zèle infructueux ni ses talents inutiles à l'Eglise : il composa, à la prière de Francon, archevêque de Rouen, un Bénédictionnaire à l'usage des évêques. Cet ouvrage existe en manuscrit à la Bibliothèque impériale. Adalhelme mourut vraisemblablement au milieu des malheurs qui désolèrent les contrées du centre de la France dans les premières années du x1e5. — Au diocèse de Soissons, mémoire de saint Privat, nommé au martyrologe romain de ce jour. — Au monastère bénédictin de Glanfeuil ou Saint-Maur-sur-Loire {Glannafoliense, S. Maurus ad Ligerim, fondé vers 543), au diocèse d'Angers, le bienheureux Florus, religieux, qui donna dans cette abbaye des marques de la vertu la plus héroïque. Après douze ans passés dans la pratique de tous les devoirs de la profession monastique, surtout d’une humilité admirable, il s’endormit doucement dans la paix du Seigneur. 560. — A Valenciennes, au monastère de Saint-Jean-Baptiste (Ordre de Saint- Augustin), le bienheureux Gilbert, deuxième abbé de ce lieu. Son père s'appelait Osbert etsa mère Godvine. Il fut d'abord moine de Saint-Crespin-en-Chaie, à Soissons; puis, à la mort de Clarembaud (1141), il fut appelé à lui succéder dans la dignité d’abbé de Saint-Jean. Il eut beaucoup à souffrir des exactions de Baudoin IV, comte de Hainaut, qui voulait s'emparer de son monastère pour y bätir un château. Après avoir supporté longtemps, avec une patience angélique, cette injuste persécution, notre Bienheureux s’endormit paisiblement dans Notre-Seigneur. 1185. — Au diocèse de Nevers, saint Renobert, évêque de Bayeux, et saint Zénon, diacre. On ne sait rien de leur vie. Vers la fin du 1xe siècle, le corps de saint Renobert fut transporté de Saint-Exupère de Bayeux à Varzy (Nièvre, arrondissement de Clamecy), pour le soustraire aux profanations des Normands. Corbeïl-sur-Seine et Besançon obtinrent une portion des reliques. L'église paroissiale de Saint-Renobert d'Auxerre fut enrichie d’un os de la jambe du Saint, le 19 avril 1643. Une autre portion fut demandée par la cathédrale de Bayeux, qui l’obtint en 17114, sous le pontificat de Charles de Caylus. vire s. — À Utrecht, ville du royaume de Hollande, saint Albric, évêque de ce siége et confesseur. Elevé à cette dignité par suite d’une révélation divine, il remplit parfaitement les desseins de Dieu sur sa promotion, et, après avoir gouverné saintement son peuple et envoyé des prédicateurs apostoliques en divers lieux, il mourut paisiblement, chargé de mérites, et victorieux du démon, du monde etde l’idolâtrie. 794. — À Rodez et à Bordeaux, saint LÉONCE Ier, L'ANCIEN, archevêque de ce dernier siége et confesseur. 542, — Au diocèse primilif d'Uzès, saint Vérédème, ermite, qui forma le grand saint Gilles aux exercices de la vie monastique, et dont le corps se garde à Uzès. Vers 547. — A Clairvaux, bourg du département de l'Aube, au diocèse de Troyes, sainte HOMBELINE, Ou EMBELINE, première abbesse de Jully-sur-Sarce (Aube, arrondissement et canton de Bar-sur-Seine). 4141. — À Tarbes, saint Julien, premier évêque connu de Lescar ou Bearn (Beneharnum), dont nous avons donné la vie au 46 mars. Vers 400. — À Rodez, mémoire de saint Sévère, fondateur et premier abbé du monastère d'Agde (Agatha), au diocèse de Montpellier 1. ve s. — A Clermont, en Auvergne, saint AvIT, évêque de ce siége et confesseur, nommé aussi au 20 septembre. 594,
1. Sévère, issu d'une famille de sang royal, dans la ville de Tyr (aujourd'hui Sor, en Phénicie), étudia les lettres dès son enfance. Ayant perdu ses parents, il monta sur un vaisseau qui le transporta dans la Septimanie (partie de la Gaule méridionale). Reçu avec honneur par Béric, évêque d'Agde (Hérault), il distribua aux pauvres, par le conseil de cet évêque, les immenses trésors qu'il avait apportés ayec lui, affranchit ses esclaves, et, pour se donner plus entièrement à Dieu, il se rendit dans la gorge Araurique, à deux milles de la ville d'Agde, où il habita une hutte de roseaux, construite de ses propres mains. Il menait une vie fort austère, ne mangeait qu'un pain d'orge par semaine, et imitait la vie des anciens anachorètes par la contemplation assidue de Dieu. Ses parents et ses serviteurs, après l'avoir longtemps cherché, découvrirent sa retraite et le supplièrent de revenir dans sa patrie, pour y vivre dans la mêmo splendeur qu'autrefois ; mais il s'y refusa constamment, disant qu’il préférait Dieu à tous les biens du monde. I1 demeura donc dans sa soiitude, et, comme un grand nombre de pieux visiteurs venaient sans cesse converser avec lui, on bâtit au même lieu une église avec un monastère, et l’humble anachorète so vit bientôt le père de plus de trois cents moines. On rapporte qu'il renouvela, pour les nourrir, le miracle de la multiplication des pains ; il fit encore d’autres miracles, et posséda le don de prophétie. Enfin, il s'endormit plein de jours dans le sein de Notre-Scigneur, — Propre de Rodez.
96 1 ACUT.
MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX
Martyrologe de l'Ordre de Saint-Basile. — Dans l'île d'Egine (Mer Egée), sainte Athanasie, veuve, de l'Ordre de Saint-Basile, célèbre par sa fidélité dans l'observance monastique et par le don des miracles 1. 860.
Martyrologe de l'Ordre de Saint-Benoît. — À Sienne, en Toscane, le bienheureux Bernard Ptolomée, Instituteur de la Congrégation des Olivétains, sous la règle de notre Père Saint-Benoit. 1348.
Martyrologe de l'Ordre des Camaldules. — A Sienne, en Toscane, le bienheureux Bernard Ptolomée, etc. 1348.
Martyrologe de la Congrégation de Vallombreuse. — À Sienne, en Toscane, le bienheureux Bernard Ptolomée, etc. 1348.
Martyrologe de l'Ordre des Cisterciens. — A Sienne, en Toscane, le bienheureux Bernard * Ptolomée, etc. 1348.
Martyrologe de l'Ordre des Frères Précheurs. — À Moulins, en France, sainte Jeanne- Françoise Frémyot de Chantal, fondatrice des Religieuses de la Visitation de Sainte-Marie, célèbre par la noblesse de sa naissance et la sainteté de sa vie qu’elle passa avec constance dans quatre états différents. 1641. À
Martyrologe de l'Ordre des Frères Mineurs. — Saint Hyacinthe, confesseur, dont la mémoire est honorée le 46 de ce mois ?. 1257.
Martyroioge de l'Ordre des Mineurs Capucins de Saint-François. — Saint Hyacinthe, confesseur, etc. 1257,
ADDITIONS FAITES D'APRÈS LES BOLLANDISTES ET AUTRES HAGIOGRAPHES
À Casal (Bodincomagus), ville forte des Etats Sardes, sur la rive droite du PÔ, saint Natal ou Noël, prêtre et coniesseur. Il naquit à Bénévent, ville forte du royaume d'Italie, et fut élevé dans les exercices de la piété par saint Evase ou Vas (4er décembre), évêque de Casal, qui souffrit plus tard le martyre. Sa vie fut une longue suite de voyages dans lesquels 11 s’appliqua avec zèle à la confession des infidèles. Après avoir gagné beaucoup d’âmes à Jésus-Christ, il s’endormit dans une mort précieuse et alla recevoir la couronne due aux serviteurs utiles. Vers le rire s. — À Cividale del Friuli (Forum Julii), dans le Frioul, les saints Donat, Romule, Silvain, Vénuste et Hermogène, martyrs. Romule était prêtre, Donat et Silvain diacres, Hermogène lecteur, et Vénuste frère de Donat : ils moururent victimes de la persécution de Dioclétien et Maximien : pour avoir confessé hardiment le nom de Jésus-Christ, le préfet Victorien les fit décapiter. 1ve 8. — A Alexandrie, les saints martyrs Priste, Sève, Quadrat, évêque, Sundophage, Astuse, Diomède, Zotique, Zatamgèle et Moysée, cités par les apographes de saint Jérôme. — En Espagne, les saints martyrs Juies, Julien, Vincent, Augure et Eulode, — À Rome, les saints martyrs Hippolyte, Trajan, Quadrat et Prime, cités par les apographes de saint Jérôme. — Chez les Grecs, sainte Théoclète la Thaumaturge. Ses parents, personnages illustres, s’appelaient Constantin et Anastasie : ils l’élevèrent chrétiennement. Elle épousa un jeune homme fort vertueux, nommé Zacharie, avec qui elle vécut dans la continence et la pratique des œuvres de la charité. Le soin des pauvres, des veuves, des orphelins, occupaient tous leurs moments. Quelques jours avant sa bienheureuse mort, Théoclète réunit les gens de sa maison, et leur prédit qu’elle allait bientôt les quitter pour jouir de la présence de Celui qu’elle avait tant aimé sur la terre. Au jour qu’elle avait fixé, elle s’envola au ciel : on lui fit de magnifiques funérailles : tout le monde la pleura. Les nombreux miracles qui vinrent illustrer son tombeau lui valurent son surnom. 1x s. — A Rieti (Reate), ville du royaume &’ilalie, sur le Velino, le bienheureux Baudoin (Balduinus), prieur du monastère de Saint-Pasteur Ge l'Ordre de Citeaux, Il avait d’abord été moine de Clairvaux, sous saint Bernard. Sos. corps repose dans l’église cathédrale de Rieti, sous l'autel de la chapelle delle gratie, dédiée à Notre-Dame du Rosaire. Il est nommé au 45 juillet dans le martyrologe des Cisterciens. 4140. — A Alzire, diocèse de Valence, en Espagne, saint Bernard et ses sœurs sainte Grâce et sainte Marie, martyrs, cités au martyrologe des Cisterciens du 4er juin. Leur père s'appelait Almanzore et était idolâtre. Bernard dut sa conversion à la fréquentation de moines portugais. Il changea alors son nom d’Amet en celui de Bernard, en souvenir du fondateur de l'Ordre qu’il embrassa après avoir renoncé au culte des idoles.*4180.
1. Nous avons donné sa vie au 14 août. — 2. Voir sa vie au 16 août.
262. — Pape : Saint Denys. — Empereurs romains : Valérien et Gallien,
Vita pastoris omnibus prodesse debet.
La vie d'un pasteur doit être utile à tout le monde. Saint Augustin.
Ce saint Evêque était un des plus illustres prélats de l'Eglise des Gaules, au temps de la domination des empereurs païens. Entre saint Sévérien, premier évêque de Mende, et saint Privat, le plus illustre de ses successeurs, il s’est écoulé un espace d’environ cent cinquante ans ‘. On ignore complétement les noms des évêques qui, durant ce long intervalle, ont gouverné l’église du Gévaudan ; mais, ce qu’il y à de sûr, c’est que saint Privat a eu plusieurs prédécesseurs, comme on le voit dans ses Actes ?,
Ce fut vers le milieu du m° siècle que Dieu visita l’église de Mende dans toute l’étendue de ses miséricordes, en lui envoyant saint Privat pour pasteur. Un office du xrr° siècle le fait naître d’une famille noble d'Auvergne,
1. Le siége épiscopal da Gévaudan n'a jamais été à Javoux, comme le dit le Père Giry. En fouillant dans les ruines de cette ancienne capitale, on a trouvé une foule d'objets païens et pas une seule marque de christianisme, D'un autre côté, les Actes de saint Privat disent formellement que les prédécesseurs de ce saint Evêque et lui aussi ont toujours résidé à Mende; et ces Actes sont tout à fait dignes de foi.
2. Tillemont, un des critiques les plus renommés, n'a pas craint de dire, au sujet des Actes de saint Privat, qu'il les regardait comme fabriqués au xve siècle; et après cet écrivain, bien des personnes, peu au courant de ces sortes de choses, ont cru à leur tour qu'il en était ainsi.
Mais, il s'en faut bien que les Actes de ce saint Patron soient de fabrique si récente. Ils existaient au xr1° siècle, puisque Aldebert le Vénérable les cite dans son manuscrit, se servant, en les citant, des paroles du texte. — A cette époque encore, les antiennes et les répons de l'office du Saint n'étaient autre chose que tout autant de petits extraits textuels du document dont il s’agit,
M. l'abbé Arbellot, chanoine honoraire de Limoges, et curé-archiprêtre de Rochechouart, nous a écrit naguère qu'il a lui-même trouvé ces Actes à la Bibliothèque impériale, dans un manuscrit du xe siècle. Ce savant vengeur de l’apostolat de saint Martial prétend en outre que les Actes de saint Privat remontent au moins à la première moitié du vie siècle. Et en cela, il est du même dire que les Pères Jésuites, qui continuent, à Bruxelles, l'œuvre des Bollandistes.
11 y 2 en effet un grand air de fraternité entre nos Actes de saint Privat et l’article que saint Grégoire de Tours, écrivain de la deuxième moitié du vis siècle, à consacré à la relation du martyre de ce saint Patron.
Nous n'hésitons pas à croire, avec M. le chanoine Arbellot, que la priorité de temps appartient aux Actes de saint Privat. — En effet, ce qui nous prouve que saint Grégoire de Tours à composé son his— toire avec l'aide des documeuts qui lui sont venus des diverses Eglises de France, c’est qu'au sujet des Martyrs qui souffrirent durant la deuxième moitié du me siècle, il nous dit : Zn Galliüs multi pro Christi nomnine sunt per marlyrium gemimis cœleslibus coronati, quorum PASSIONUM Hisroriæ apud nos fideliter usque hodie retinentur. (Hist. franc, lib. 1, cap. xxvi.) — Au livre 11, n° 8, il dit : « Nous avons lu les passions de ces Martyrs et nous allons en reproduire quelque chose ». Au livre 1, chapitre xxvint, il dit en parlant des sept évêques qu'il croyait avoir été envoyés dans les Gaules au temps de Dèce : Tempore Decii seplem viri episcopi ordinati ad prædicandum in Gallias missi sunt sicut historia passionis salurnini denarrat (S. Martyris). Au même endroit il donne une légende de saint Hilaire de Poitiers, dont il déciare lui-même s'être servi. — Dans le prologue du livre 11, il dit que : « Parvenu jusque-là au moyen des histoires qu'il a citées, il va raconter, avec l'aide de Dieu, les événements arrivés depuis». Au livre x, encore n° 3, au sujet des chrétiens martyrisés par les Vandales d'Afrique, il semble n'avoir d'autres données que celles qui lui ont été fournies par les passions, c'est-à-dire par les Actes de ces Martyrs, Actes qu'il cite lui-même. — Dom Ruinart, le plus céièbre des éditeurs de saint Grégoire, a reconnu dans un manuscrit mérovingien une vie de saint Servais, évêque de Tongres, contenant toute la narra— tion de saint Grégoire de Tours, mais plus au long. — Quant à saint Aignan d'Orléans, notre historien nous apprend lui-même que les Actes de ce saint homme sont fidèlement conservés dans sa mémoire.
La plupart des choses que nous venons de dire sur le compte de saint Grégoire de Tours, nous l'avons emprunté à une excellente étude critique sur ce saint historien, par M. Lecoy, élève de l'Ecole des Chartes et archiviste à Annecy (Haute-Savoie). Cet auteur dit lui-même : « C2 sait qu'avant Clovis, la plupart des vics des Saints étaient déjà écrites ».
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et certains autres titres vont jusqu'à désigner, comme lieu de sa naissance, le bourg de Coudes, qui se trouve entre Issoire et Clermont-Ferrand, sur la rivière d’Allier, et communique au chemin de fer par un pont suspendu.
On voit aux mêmes sources que, par l'étendue des connaissances, il se montra à la hauteur du rang qu'il occupait ; qu'il était le fléau des usuriers ; qu'il employait les trésors de l’église à faire des magasins pour la subsistance des pauvres et pour entretenir l’abondance dans le diocèse, laissant aller à vil prix ce qu’il avait acheté chèrement ; enfin, qu’il s’est fait remarquer durant tout le cours de son épiscopat par l'ardeur et la vivacité de sa foi, par la douceur de son administration et par sa piété exemplaire.
L'auteur de ses Actes ajoute que, dans son amour pour la retraite, le saint Prélat s'était pratiqué une grotte à la cime de la montagne qui domine Mende, avec toute l’industrie et l’élégance possibles, pour en rendre le séjour habitable, et qu’il y demeurait la plupart du temps, n’en descendant qu'aux jours de solennités et lorsque les besoins de son peuple l’exigeaient.
: Une vie si bien remplie ne pouvait se terminer que par une fin encore plus belle aux yeux de Dieu ; et c’est la grâce que Dieu accorda au saint Pontife en le faisant mourir martyr de la charité pastorale et de la foi chrétienne.
Voici les principales circonstances de ce sacrifice d’agréable odeur, qui a rendu l’église de Mende féconde à tout jamais,
Du temps des empereurs Valérien et Gallien, les Allemands, dont la force consiste plus dans le nombre que dans la valeur guerrière, franchirent le Rhin pour ravager les Gaules. Une tribu de ces barbares, ayant à leur tête up prince du nom de Chrocus, s’avança vers le Gévaudan. À la nouvelle de leur approche et de leurs innombrables excès, les habitants du pays, et même plusieurs personnages marquants des contrées voisines, se réfugièrent sur la montagne de Grèzes. Les ennemis ne tardèrent pas à arriver, et, après avoir tout ravagé, ils vinrent mettre le siége devant cette forteresse naturelle ; mais ils ne purent jamais s’en emparer. Il y avait déjà deux ans qu'ils se tenaient au pied de cette montagne, lorsqu'ils apprirent que lévêque du pays n’était pas avec les assiégés, mais qu’il vivait retiré dans une grotte, à trois lieues de là. Ils s’y transportèrent donc immédiatement, et s'étant saisi du saint Prélat, ils l’'emmenèrent avec eux. En descendant, ils s'arrêtent sur la colline qui est au pied du mont Mincat et lui proposent par interprète d'engager son peuple à se rendre.
Saint Privat leur répond : « Je ne ferai jamais ce que vous exigez de moi ; il ne convient pas qu’un évêque donne à son peuple un semblable conseil. D'ailleurs, puisque ceux qui me sont soumis se trouvent dans un lieu très-sûr, je me garderai bien de leur faire croire qu'l est de leur intérêt de se rendre : dans tous les cas, je suis prêt à subir tout ce qui pourra m’arriver, plutôt que de consentir à commettre le crime que vous me proposez ».
Cetie réponse si noble met les barbares en fureur ; ils commencent à le frapper à coups de bâton et le conduisent jusqu’au bourg de Mende en le maltraitant de la sorte. Ils croient qu’à force de or traitements ils le feront changer de résolution ; mais le bon pasteur demeure constamment ferme, ne repondant à leurs outrages et à leur violence que par ces mots : « Ce que je vous ai dit en premier lieu peut vous suflire, si vous avez tant
soit peu d'intelligence et de raison: je ne puis absolument faire ce que vous exigez de moi ».
A cette vue, les barbares, indignés et comme hors d'eux-mêmes, tourmentent le saint vieillard d’une manière encore plus atroce, et, joignant lPimpiété à la cruauté, ils lui proposent d’adorer les idoles : « Vous allez », lui disent-ils, « sacrifier à nos dieux, ou bien vous mourrez au milieu des supplices ». Le Saint reprend sans hésiter : « Je suis étonné de ce que vous osez proposer à un évêque une impiété aussi exécrable. Si vous aviez un peu d'intelligence, vous comprendriez de vous-même qu’un homme de ra qualité doit subir la mort la plus cruelle plutôt que d’être la cause de la perdition de son peuple, en se perdant lui-même ».
A ces mots, les barbares, voyant qu’ils n’ont rien à gagner sur lui par la rigueur, prennent un air de modération et lui disent : « Est-ce que nous vous proposons des choses illicites et qui ne conviennent qu’à des barbares ? Tous vos empereurs et leurs ministres, vous le savez, adorent les idoles et obligent tous les chrétiens à sacrifier aux dieux ». — « Ce que vous dites là est vrai », réplique le saint Prélat. « Je conviens que le maître des Romains accumule crime sur crime, et c’est très-fâcheux. S'il n’en était pas ainsi, vous autres, les barbares, vous n’auriez pas le pouvoir d’ébranler l'empire. Tout ce que vous nous faites subir, est moins un effet de votre valeur qu'une punition de la cruauté des empereurs. Mais le Seigneur notre Dieu, que vous ne connaissez pas, est si puissant et si miséricordieux, que, dans un court espace de temps il peut éclairer l'esprit des princes dont vous me parlez, renverser vos idoles et, après nous avoir châtiés par les tribulations présentes, nous faire de nouveau sentir les effets de sa bienveillante protection. Pour moi, dans l’espérance des biens éternels, je méprise tous les tourments que vous pouvez m'iniliger ».
« Sacrifiez à l'instant », ajoutent les barbares, « sinon, sachez que nous vous ferons mourir au milieu de toute sorte de supplices, afin que votre mort, comme un exemple terrible et inouï, épouvante tous ceux qui ne partagent pas vos sentiments ».
Le généreux Confesseur répond à ces dernières menaces, en disant : « Faites-moi souffrir tout ce que vous voudrez ; je vous Le proteste, au nom du Seigneur mon Dieu, je ne puis être que ce que je suis, il vaut micux pour moi que j’endure vos tourments ; car, si je commettais l’insigne folie de vous obéir et de sacrifier à vos démons, je ne pourrais échapper aux supplices éternels ».
À peine a-t-il achevé de parler ainsi, que les barbares se laissent aller à toute leur rage, le flagellent à coups redoublés et lui brûlent le corps avec des torches ardentes ; enfin, après avoir essayé sur lui toutes sortes de nouveaux tourments, ils l’abandonnent sur la place, croyant lui avoir Ôté la vie.
Après cela, se voyant trompés dans leur espoir d'obtenir la capitulation des assiégés par le moyen de leur pasteur, les barbares revinrent à la montagne de Grèzes, dans l'intention de traiter avec eux. Ils leur firent donc des présents, et à leur tour les assiégés leur fournirent des vivres, mais à condition qu'ils sortiraient immédiatement du pays. Aussitôt qu’il fut possible aux assiégés de quitter le lieu de leur refuge, ils accoururent en foule auprès de leur bien-aimé pasteur ; ils le trouvèrent encore en vie, mais ils a’eurent que le temps de lui témoigner leur douleur et leur reconnaissance, d'écouter ses derniers avis et de recevoir sa suprême bénédiction. Lorsqu'il eut rendu son âme à Dieu. on ensevelit ses précieux restes dans
un lieu souterrain qui se trouve être aujourd’hui la crypte de l’église cathédrale.
Sa mort arriva, selon Baronius, le 21 août 262. En effet, tous les martyrologes et toutes les histoires ecclésiastiques s’accordent à le faire mourir sous Valérien et Gallien : ce qui est confirmé par une tradition qui avait cours dans l’église de Mende, au xr° siècle et depuis longtemps, savoir : que sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, est venue prier au tombeau de saint Privat et qu’elle a fait présent à l’église de Mende d’un grand nombre de reliques. Egalement, à la même époque et d’après une coutume qui datait de loin, toutes les années, au jour de Pâques, on exposait à la vénération des fidèles la bourse de sainte Héiène.
On le représente assommé par les envahisseurs païens, tandis qu'il se tenait retiré dans une grotte.
CULTE ET RELIQUES
Au vite siècle, le roi Dagobert avait enlevé les reliques de saint Privat, ainsi qe tant d’autres, pour les placer dans l’église du monastère de Saint-Denis, près Paris. Après la mort de ce prince, on parvint à se les faire restituer, et, de peur qu’elles ne fussent de nouveau enlevées ou par ruse ou par force, on les cacha dans une crypte d’une chapelle dédiéc à sainte Thècle. Avec le temps, cette chapelle tomba en ruines, et ceux qui étaient dépositaires du secret finirent par mourir sans avoir pu le transmettre. On avait élevé diverses constructions profanes sur une partie de l’emplacement de l’ancienne chapelle de sainte Thècle, et l’autre partie avait été convertie en jardin. Or, en 4170, l’évèque Aldebert III ordonna de creuser un puits dans ce jardin. Ce lraval devait s'exécuter pendant le voyage de ce Prélat à la cour du roi de France. Il ne fut pas plus tôt arrivé à Clermont, qu'un exprès vint l’y rejoindre, pour lui annoncer qu’en creusant le puits, on avait dévouvert une crypte, et dans cette crypte le corps de saint Privat. Aldebert III, ne pouvant absolument revenir sur ses pas, charge l’exprès de dire à son clergé qu’on ne louche plus à rien jusqu'à son retour. Ainsi, quand il est revenu dans sa ville épiscopale, 1l examine toutes choses avec soin et il demeure établi que le corps que l’on a trouvé est réellement celui de saint Privat. Ensuite, il écrit à tout son clergé séculier et régulier, ainsi qu'a tous les fidèles, pour leur annoncer canoniquement la bonne nouvelle et les inviter à se rendre à Mende pour la cérémonie de la translation. Elle a lieu, le 15 septembre de la même année avec une solennité sans égale, et ce jour-là même, Dieu manifeste la gloire de son martyr par la délivrance d’un possédé. L'invention des reliques de sant Privat valut encore à tout le diocèse une grâce des plus insignes. Tout le pays, qui était en proie aux horreurs de la guerre civile, depuis sept ans, se calna à cette époque, comme par enchantement.
Le corps de saint Privat, sauf le chef, fut déposé dans la crypte qui est dessous la cathédrale, crypte bâtie sur l'endroit même où le saint martyr avait été enseveli, immédiatement après son martyre. Dans la suite, ces précieuses dépouilles furent enlevées de ce lieu souterrain pour être placées dans une châsse d'argent, au maitre-autel. On n’en possède aujourd’hui qu'une bien petite partie, par suite des désastres que l’église de Mende eut à subir, dans la deuxième moitié du xvie siècle, c’est-à-dire durant les guerres de religion.
L'an 1036, Etienne, évêque du Puy, ayant convoqué dans cette ville les principaux seigneurs du pays pour s'entendre avec eux sur les moyens de rétablir la paix dans son diocèse, pria tous les prélats du voisinage de se rendre au Puy avec les reliques de leurs saints. Raymond, évèque de Mende, s’empressa de répondre à cette invitalion, et, faisant porter devant lui la statue de saint Privat, il se rendit au Puy avec plusieurs membres de son clergé et un certain nombre de fidèles. A la nouvelle de leur approche, tous les habitants du Puy, qui avaient souvent entendu parler du crédit de saint Privat auprès de Dieu, viennent en foule au-devant de son image. D'un autre côté, Mgr l’évêque du Puy et ceux de Clermont, de Valence et de Viviers, sortent de la ville revêtus des ornements sacrés, précédés de tout le clergé de l'endroit et portant aussi les uns et les autres les reliques de leurs saints. Les deux processions s'étant rencontrées non loin de la ville, on s'arrête. Alors, tandis que d'un côté le clergé chante les louanges de Dieu, et que de l’autre le peuple invoque intérieurement et avec ferveur le saint martyr, il arrive un père de famille portant entre ses bras son fils perclus de tous ses membres. En le voyant, on le félicite de la bonne pensée qu'il a eue et on l’engage à se présenter vite et avec confiance à un saint qui a déjà fait tant d'autres merveilles. Enfin, comme à cause de la foule qui se trouve de plus en plus serrée, il demande à haute voix qu’on le laisse parvenir jusqu’à la statue de saint Privat, les évêques et surtout saint Odilon, abbé de Cluny, l'ayant aperçu, lui font ouvrir un passage. Il s'approche donc, tenant son
SAINTE HOMBELINÉ OU EMBELINE, ABBESSE. 101
enfant en l’air et invitant tout le monde à prier pour lui ; et à peine le jeune enfant a-t-il touché l'image du saint martyr, que ses nerfs s'élendent, le sang remplit de nouveau ses veines desséchées, on entend comme un léger craquement, et il pousse lui-même un petit soupir toutes les fois que le miracle agit sur quelqu'un de ses membres. Enfin, tandis que tous les assistants sont dans l’admiration à la vue de ces effets merveilleux, l'enfant éprouve un tressaillement subit, et, se sentant parfaitement rétabli, il se met à marcher en bénissant Dieu et son libérateur. Il nous serait impossible de dire, ajoute Aldebert, Ze vénérable, quelle fut la joie des deux peuples, et de décrire l’heureuse influence que ce miracle du saint martyr exerça sur les décisions de l'assemblée, qui eut lieu bientôt après.
Tiré de l'Aistoire de l'Eglise de Mende, par l'abbé Charbonnel; de Venance Fortunat; de saint Grégoire de Tours ; de Surius; et de Baronius. — Cf. Actes des Martyrs.
SAINTE HOMBELINE OÙ EMBELINE,