SAINT BARTIÉLEMY, APÔTRE, MARTYR
rieuse résurrection et des principales actions de Jésus-Christ sur la terre. Il est nommé parmi les cent vingt Disciples assemblés pour prier après l’Ascension. Le Saint-Esprit, à la descente duquel il s’était préparé avec tant de ferveur, le remplit de zèle, de charité et de toutes les vertus. Revêtu, ainsi que les autres Apôtres, d’une force surnaturelle, il ne pensa plus qu’à faire connaître Jésus-Christ et à porter son nom jusqu'aux extrémités du monde.
Après s’être préparé dignement à l’exercice des fonctions de l’apostolat, saint Barthélemy commença d’abord par aller porter l'Evangile dans l’Arabie-Heureuse, dans le pays de Hus; puis, remontant vers l’Inde septentrionale et Cis-Gangétique, il s'avança vers l'Orient le plus reculé, parcourut l'Asie centrale, qui est l’un des plus beaux pays du monde. Il y passa plusieurs années, et après y avoir converti un grand nombre de personnes, il leur laissa un exemplaire de l'Evangile composé par saint Matthieu. Lorsqu'il eut fondé des Eglises en différents lieux, il reprit sa direction vers l’occident de l'Asie, visita la Perse, la Babylonie, la Petie-Arménie, l’Asie- Mineure.
« Saint Barthélemy », dit Nicétas le Paphlagonien, « porta chez les Indiens et chez les Ethiopiens orientaux, la lumière de la vraie science, la doctrine de la vie éternelle, et leur annonça Jésus-Christ clairement et dans leurs propres langues. Sa prédication était accompagnée de miracles. Il mettait en fuite les démons qui attaquaient les hommes, guérissait toutes sortes de maladies et d’infirmités par la seule invocation du nom de Jésus. Par la puissance du même nom, il rendit la vie à plusieurs morts. Tous les jours, de nouveaux croyants venaient, à sa parole, grossir la multitude innombrable des fidèles ; il les instruisait, les purifiait par le baïn de la régénération, et enfin enflammait leurs cœurs en leur communiquant les dons du Saint-Esprit. Ceux qui, parmi eux, étaient les plus dignes et les plus remplis de la grâce céleste, il les consacrait évêques ou prêtres. Pontife admirable, il leur apprenait les rits sacrés que doivent connaître ceux qui ont reçu cette consécration. Il leur enseignait les saintes Lettres, la science des mystères évangéliques et la doctrine parfaite du salut. Des églises nouvelles et sans tache s’élevaient par ses soins dans les différentes provinces et dans les villes qu'il parcouraït ». Tels sont les faits de saint Barthélemy dans les Indes.
Il avait vieilli dans l’accomplissement de ce ministère apostolique. Ses membres et tout son corps étaient enfin fatigués. Il souhaitait recevoir de Jésus-Christ, pour prix de ses laborieuses courses, la possession du repos glorieux de son royaume. Voulant marcher sur les traces de Jésus-Christ, son maître et son modèle, qu’il savait être entré dans sa gloire par la voie des souffrances, il désirait, après avoir été semblable à lui pendant sa vie, la couronner par une fin semblable, par le martyre. Le Fils de Dieu, qui voit les pensées des cœurs, ne tarda pas à lui fournir l’occasion de rendre témoignage à la vérité par l’effusion de son sang. Saint Barthélemy revint vers l’Asie-Occidentale après avoir accompli une grande quantité de prodiges et de conversions dans les vastes contrées de l’Orient. Plût à Dieu que le souvenir de tant de belles actions nous eût été conservé ! Mais il n’y avait personne pour les écrire. Nous connaissons un peu mieux celles qu’il a faites dans l’Asie-Mineure et dans l'Arménie, parce qu’elles ont été rapportées et écrites en partie par les premiers fidèles de ce pays, qui étaient beaucoup plus lettrés que ceux des autres peuples de l'Orient.
Il évangélisa quelque temps dans, l’Asie-Mineure, et notamment dans la
Mysie, la Lydie et la Phrygie; ce fut alors que Jésus-Christ l’avertit d’aller au secours de l’apôtre saint Philippe qui combattit fortement l’idolâtrie dans la ville d'Hiérapolis, en Phrygie. Il contribua par sa présence et par ses prédications à la ruine du culte impie, enraciné dans le cœur de ce peuple. Après la mort de saint Philippe, il rétablit l’ordre dans l’église d'Hiérapolis; et quand il eut raffermi les fidèles de la Lycaonie, il partit pour la Grande- Arménie, où il devait consommer son martyre.
Dès qu’il fut entré dans le temple de la capitale, où demeurait le roi Polymius, avec toute sa cour, le démon, qui y rendait des oracles, par la bouche d’une idole nommée Astaroth, et qui guérissait aussi beaucoup de malades qu’on lui présentait, devint entièrement muet et dans l'impuissance de faire aucune guérison. Les Arméniens, étonnés de son silence, consultèrent une autre idole, appelée Bérith ou Beireth, pour en apprendre la cause. Il répondit que c’était la présence de Barthélemy, Apôtre du vrai Dieu, qui forçait son compagnon de se taire ; que jamais il ne pourrait parler tant qu’un si saint homme serait dans leur ville, parce qu’il fléchissait les genoux cent fois le jour et cent fois la nuit pour prier ; qu’il était toujours accompagné d’une troupe d’anges, et qu’il annonçait la vérité en prêchant que les honneurs divins n'étaient dus qu’au seul Créateur du ciel et de la terre. Sur cette réponse, les prêtres d’Astaroth cherchèrent de tous côtés le saint Apôtre, non pas pour honorer sa vertu ni pour recevoir hautement ses instructions, mais pour décharger sur lui la rage où ils étaient de se voir frustrés, par sa présence, du gain sacrilége que leur produisaitle culte impie de leur idole. Toûte leur diligence eût été inutile si Barthélemy ne se fût produit de lui-même; mais il ne le fit que par la délivrance des possédés, par la guérison des malades et par d’autres prodiges qui remplirent les infidèles d’admiration, et ôtèrent à ces prêtres Le pouvoir de le maltraiter comme ils prétendaient. Le roi même, dont la fille était tourmentée par un démon furieux, qui avait pris possession de son corps, étant informé de ces merveilles, le fit venir dans son palais et le supplia de secourir cette affligée, en la délivrant d’un si mauvais hôte. Barthélemy le fit sur-le-champ, avec une autorité souveraine ; ce qui ravit tellement de joie le prince, que, pour reconnaître un si grand bienfait, il lui envoya, peu de temps après, des chameaux chargés d’or, d'argent, de pierres précieuses et de vêtements riches.
Le Saint ayant connu, par révélation, ce que le roi devait faire, se tint si bien caché, jusqu’à ce que les présents eussent été reportés au palais, qu’il fut impossible de le trouver ; ensuite il se vint présenter lui-même devani Polymius, dans sa chambre, sans qu’on en eût ouvert les portes, et lui dit que ce n’était ni l'or ni l'argent qui l’avait amené dans son pays, mais le zèle du salut des âmes; qu’il lui demandait, non pas de lui donner des richesses, mais de se rendre lui-même digne des trésors éternels, en quittant l’abominable superstition de l’idolâtrie et en reconnaissant le vrai Dieu, qui est le seul auteur de notre vie et le souverain Seigneur de toutes choses. Il ajouta que, pour le convaincre de la vérité de sa doctrine, il lui offrait de faire confesser au démon, qui l'avait trompé jusqu’alors, ses méchancetés et ses impostures. En effet, Polymius l’ayant mené au temple, Astaroth, qui parlait ordinairement dans l’idole, avoua qu’il n’était pas Dieu, mais un misérable esprit condamné aux flammes éternelles ; que les oracles qu’il avait prononcés n'avaient été que des tromperies, parce qu'il ne prédisait que le mal qu’il voulait faire, ou le bien qu’il ne voulait pas empécher pour engager plus fortement à le croire, et que les guérisons qu’il