‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 55 sur 220 · Alias : Ouin, Ouein, Oyen, Dado, Odoënus · texte numérisé non relu

Alias : Ouin, Ouein, Oyen, Dado, Odoënus

colonnes et ‘trois fermes appuis de leur maison. Pendant leur enfance, saint Colomban, irlandais, fondateur des monastères de Luxeuil, en Bourgogne, et de Bobbio, en Italie, qui avait abandonné son pays, ses parents et tout ce qu'il avait au monde, pour venir servir Dieu en France, passa par le village d’Ussy, où Authaire était alors avec toute sa famille. Ce seigneur et sa femme le reçurent avec une joie extraordinaire, et lui présentèrent

leurs trois fils pour recevoir sa bénédiction. Il la leur donna, et prédit que ce seraient trois hommes excellents et qui se rendraient très-considérables à la cour et dans l'Eglise. Cette prédiction s’est vérifiée ; car Adon, l’aîné, après avoir reçu de grands honneurs et de beaux présents de Clotaire et de Dagobert, renonça au monde et à lui-même pour se consacrer entièrement à Dieu dans la vie religieuse, et bâtit, près de Meaux, dans la forêt de Brie, le monastère de Jouarre (Jotrum), où il embrassa la Règle de Saint-Colomban. Radon, qui était le dernier, fut surintendant des finances, et exerça cette charge avec tant de probité, qu’on ne pouvait assez estimer et admirer sa vertu. On croit que le prieuré de Reuil-sur-Marne (Æadolium), situé au même canton, fut fondé avec ses libéralités.

Pour Dadon, le second des trois frères, qui est notre saint Ouen, il fut chancelier de France, aimé des rois, révéré des grands et agréable à tout le monde, parce qu’il n’était pas seulement bien fait de corps, mais rempli d'esprit, éloquent, judicieux, sage, prévoyant, juste et véritable serviteur de Jésus-Christ. Comme il ne donnait point de conseils qui ne fussent utiles au roi et au peuple, toutes les affaires passaient par ses mains, et son avis était toujours reçu du roi Dagobert et des autres ministres d'Etat comme des oracles. Il exhortait continuellement ce prince à regarder Jésus-Christ comme son Créateur et son Sauveur, sans l’assistance duquel il ne pouvait gouverner son royaume avec justice ; à le craindre, à l’aimer et à lui obéir en toutes choses ; à se souvenir qu’il ne devait pas moins être le père que le maître de ses sujets ; à pardonner à ceux qui s’humiliaient et à dompter l’orgueil des superbes ; à défendre courageusement les frontières contre les courses des ennemis de son Etat; à en chasser les méchants ; à prendre un soin particulier de tout ce qui regarde l'Eglise ; à bâtir de nouveaux monastères et à réparer les anciens; à être le protecteur des pauvres, des orphelins, des étrangers, et à pourvoir au soulagement de toutes sortes d’affligés, parce qu'’étant élevé au-dessus de tous, il devait compatir aux besoins de tous. Dagobert se laissa d’abord emporter aux passions de la jeunesse ; mais, grâce aux conseils de saint Ouen, il finit par se régler parfaitement lui-même et mit un très-bon ordre à son royaume.

Saint Eloi se trouva à la cour de Dagobert en même temps que notre Saint : Dieu.les unit tellement, qu'ils n'étaient qu’un cœur et qu’une âme. Quoiqu’ils ne fussent encore que séculiers, ils se conduisaient comme deux évêques on plutôt comme deux fervents religieux. Ils ne rougissaient point de parler devant les princes et les plus grands seigneurs du soin que l’on doit prendre de son salut. Ils combattaient pour l'Eglise contre l’impiété des hérétiques. Ils poursuivaient le vice et autorisaient la vertu; saint Ouen, sous ses habits de soie, portait un rude cilice ; il ne se lassait ; jamais de prier, de veiller, de jeûner, de lire l’Ecriture sainte, de rendre les devoirs de l’ hospitalité aux étrangers et d'assister les pauvres et les malades. Il regardait la terre comme le lieu de son exil et le ciel comme sa véritable patrie. Il bâtit, dans la forêt de Brie, le monastère de Resbac. ou Rebais. Il y assembla plusieurs religieux qu’il mit sous la conduite d’un saint abbé, nommé Agile, disciple de saint Colomban. Il avait dès lors le dessein de

quitter le monde pour servir Dieu plus tranquillement dans le cloître; mais le roi et tous les grands s’y opposèrent, disant qu’il devait préférer le bien public à sa satisfaction particulière.

Après la mort de Dagobert, Clovis II, son fils, qui lui succéda, continua les sceaux et l'office de chancelier à un si excellent ministre. Peu de temps après, il parut à Autun un hérétique monothélite, venu d'Orient, qui tâcha de corrompre la foi des fidèles de cette ville, et de semer son erreur par toute la France. Notre Saint en ayant avis, sollicita fortement le roi, avec saint Eloi, son intime ami, de faire assembler un Concile à Orléans pour remédier promptement à un si grand mal. Il s’y trouva lui-même, et il eut la consolation de voir l’hérétique confondu et dans l’impuissance de se défendre. Il témoigne, dans la vie de saint Eloi, que c’est à saint Salve, évêque et martyr, qui était à ce Concile, qu’il faut attribuer la gloire de cette victoire; mais on ne peut douter qu’elle ne lui soit aussi due en partie, puisque, tout laïque qu'il était, il discuta vigoureusement contre lhérétique, et lui Ôta les armes des mains. 11 contribua en même temps à un décret contre la simonie, extrêmement répandue en France, depuis que l'impie Brunehaut avait commencé, de l’y établir. Le P. Sirmond met ce concile .en 645, un an avant la promotion de nos saints ministres d'Etat à -l’épiscopat. Lorsqu'il fut terminé, plusieurs personnes d’une insigne piété s’intéressèrent pour faire quitter à saint Ouen la condition de laïque, et embrasser l’état ecclésiastique. Le roi Clovis, quelque besoin qu’il eût de ses conseils et quelque affection qu'il lui portât, ne laissa pas de s’en priver volontiers pour le donner aux nécessités de l'Eglise. Il reçut donc la tonsure cléricale, et passa par tous les degrés des Ordres mineurs. En ce temps, saint Romain, archevêque de Rouen, vint à mourir, et le clergé fut obligé de mettre un autre prélat à sa place. La grande réputation de notre saint Chancelier fit jeter les yeux sur lui pour ce siége. Il résista quelque temps à cette élection, mais inutilement; le roi, les grands seigneurs et le peuple s’unirent tous ensemble pour l’obliger d’y déférer. Il se rendit donc enfin pour ne pas s’opposer à la volonté de Dieu ; mais sachant ce que dit saint Paul à son disciple Timothée : « Ne donnez pas sitôt à personne l’imposition des mains », il n’eut garde de se faire consacrer au même temps. Il renonça premièrement à toutes les affaires séculières et à tous les engagements de son ministère. Ensuite il alla prêcher la parole de Dieu au-delà fle la Seine et de la Loire, où il parut comme un astre envoyé du ciel pour éclairer ces peuples des pures lumières de l'Evangile. Il apprit aux uns les principes de la foi; il fortifia les autres dans la doctrine qu’ils avaient déjà reçue ; il en ramena d’autres à l'Eglise, que l’hérésie leur avaient fait abandonner. Il passa même jusqu’en Espagne, et, la trouvant affligée depuis sept ans d’une si grande sécheresse, qu’il n’y était pas tombé une goutte d’eau, il la délivra par sa prière de ce fléau qui menaçait tout le pays d’une famine universelle et d’une ruine inévitable. Le fruit de son intercession fut temporel et spirituel; car il tomba de la pluie en abondance, qui rendit la fécondité à la terre, et lui fit porter une riche moisson; et le peuple, touché de ce miracle, promit de renoncer aux vices qui lui avaient attiré la malédiction divine.

Saint Ouen, après avoir confirmé ces péuples dans ces bonnes résolutions, revint en France pour recevoir la consécration épiscopale. En passant par l’Anjou, il guérit, par le signe de la croix, un meunier qui était devenu paralytique d’une main, pour avoir violé la sainteté du dimanche en travaillant sans nécessité. Lorsqu'il fut arrivé à Rouen, saint Eloi, qui

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