SAINT ZÉPHIRIN, PAPE ET MARTYR
saint Victor °°, qui avait reçu la couronne du martyre par la cruauté de Plautien, qui continua la persécution des chrétiens, quoiqu'il n’y eût aucun édit exprès de l’empereur Sévère qui la commandât. Durant la fureur de ce barbare, si altéré du sang des fidèles, et qui, par sa puissance et par sa férocité, s’était rendu le plus redoutable de l’empire, notre saint Pape s'était tenu caché, préférant le salut de son peuple au désir qu’il avait de mourir pour Jésus-Christ. Mais sitôt qu’il put respirer l’air avec un peu plus de liberté, après la mort de ce cruel persécuteur, qui fut tué dans le palais par l’ordre d’Antonin Auguste, il reprit l'exercice public de ses fonctions.
Ce fut sous son pontificat qu’arriva l’admirable conversion du fameux Natalis. Il avait été du nombre des confesseurs de Jésus-Christ, et avait soutenu sa foi devant les tribunaux ; mais, se laissant emporter à l’avarice et à la vanité, il était tombé dans l’hérésie des Théodotiens, qui l’avaient fait leur évêque. Dieu, ne le voulant pas laisser dans cet aveuglement, l’avertit par plusieurs apparitions de retourner à l'Eglise; et, comme il chancelait encore, il fut fouetté rudement par des anges, durant la nuit. Cette correction ayant achevé de lui ouvrir les yeux tout à fait, il vint se jeter aux pieds de Zéphyrin, Je cilice sur le dos, la cendre sur la tête, et demanda humblement pardon de sa révolte. Le Pape eut de la peine à le lui accorder ; mais voyant sa persévérance et sa pénitence, il relâcha enfin quelque chose de la sévérité ecclésiastique, et le reçut à la communion de l'Eglise romaine.
Il est vrai que Tertullien ne put souffrir l'indulgence dont Zéphyrin usa en cette occasion et en d’autres envers les convertis qu’il reçut à la pénitence publique, mais ce n’était que l’austérité naturelle de son esprit et l’orgueil que lui donnait sa science, qui l’empêchaient d'approuver cette conduite : car ce saint Pape, comme un père sage, clément et soigneux du salut de ses enfants, usait de la rigueur quand il la croyait nécessaire pour les guérir ou pour les empêcher de devenir malades, et il se relâchait et employait les remèdes doux, quand il jugeait que les autres plus amers étaient, ou dangereux, ou inutiles. Il défendit de consacrer dans des calices de bois, comme on le faisait en ce temps-là à cause de l’extrême pauvreté des fidèles, ordonnant qu’à l’avenir on se servit de vases de verre ; ce qui, depuis, a encore été changé dans plusieurs Conciles, qui ont déterminé que les calices ne seraient plus de cette matière, à cause de sa trop grande fragilité ; mais qu’ils seraient ou d’or ou d'argent, ou au moins d’étain. Il ordonna aussi que tous les chrétiens communieraient le jour de Pâques; qu'un évêque ne pourrait être condamné que par le souverain Pontife, ou de son autorité; que les prêtres et les diacres se trouveraient présents quand l’évêque célébrerait, ainsi que le pape Evariste l’avait déjà ordonné ; que les prêtres seraient publiquement consacrés, en présence des clercs et du peuple, afin que, leur innocence et leurs bonnes mœurs étant sans reproches, ils pussent servir utilement l'Eglise par l’exercice de leurs vertus, aussi bien que par les fonctions de leur ministère. Il fit encore plusieurs autres décrets touchant la discipline ecclésiastique, qu’il serait trop long de rapporter ici. Enfin, après avoir saintement gouverné l'Eglise durant dixneuf ans, deux mois et dix jours, selon le Zaber Pontificalis, il alla recevoir la récompense de ses trayaux dans l'exercice de sa charge, par un glorieux martyre qu’il endura le 26 août, l’an de Notre-Seigneur 217, sous l'empire d’Antonin Caracalla, En quatre ordinations, faites au mois de décembre, il consacra neuf prêtres, sept diacres ct huit évêques, deslinés à diverses
Eglises. Son corps fut enseveli dans le cimetière qu’il avait fondé, près de la catacombe de Calliste, sur la voie Appienne.
Acta Sanctorum; Histoire de l'Eglise, par l'abbé Darras, et AÆistoire des souverains Pontifes romains, par Artaud de Montor.