S. VIOTOR I", ÉVÈQUE DU MANS ET CONFESSEUR
4292, — Pape : Saint Célestin Ier, — Roi des Francs : Pharamond.
Oportet episcopum angelum esse, nullæ humanæ perturbationi vitiove subjectum.
11 faut que l'évêque soit un ange dégagé de tous les vices et de tous les troubles de la vie humaine. S. J. Chrys., kom. x sup. I Timoth.
Lorsque saint Martin vint au Mans, sur la révélation qu'il avait eue, pour assister saint Liboire à ses derniers moments, il priait Dieu, tout en continuant son voyage, de donner à cette église un digne successeur de l’évêque qu’elle allait bientôt perdre. Comme il approchaïit de la ville, toujours préoccupé de la même pensée, il aperçut, à quelque distance de la route qu'il suivait, voyageant sur son âne, à l'ordinaire, en compagnie de quelques disciples, un homme occupé à cultiver sa vigne, et une lumière surnaturelle lui fit connaître que cet homme était le successeur choisi par le ciel pour tenir la place de Liboire.
C'était un disciple de l’évêque, et il se nommaïit Victor. Liboire l’avait élevé au sous-diaconat dont il remplissait les fonctions dans l’église: Au reste, il vivait saintement avec sa femme, la pieuse Maura, et un fils âgé de dix ans, seul fruit de leur mariage. En dehors des fonctions de son ordre, il s’appliquait à cultiver un petit coin de terre, occupation qui convenait à son humilité, et à la simplicité des mœurs ecclésiastiques de ce temps. Mais au milieu de ses travaux extérieurs, son esprit s’occupait des choses de Dieu, et les historiens ont remarqué qu’au moment où saint Martin l’aperçut, il accompagnait son labeur du chant des psaumes, comme le ‘pratiquaient ordinairement les chrétiens les plus pieux.
L’évèque de Tours'ayant senti intérieurement que le ciel avait fait choix de cet humble sous-diacre, pour succéder à son ami, l’envoie aussitôt chercher dans sa vigne. Celui-ci obéit sans retard ; il arrive tenant encore à la main sa bêche, la tête couverte de poussière et les vêtements en désordre. Saint Wartin, de son côté, se hâte de descendre de dessus son âne, le salue avec respect et lui dit: « Bénissez-moi, seigneur Victor ». À ces mots, le sous-diacre s’incline jusqu’à terre, et dit en se prosternant devant l’homme de Dieu : « Soyez béni, vous, mon seigneur, ef bénies soient vos paroles, puisque vous daignez adresser des mots aussi flatteurs à un pauvre tel que moi».— «Je vais vous étonner par des paroles bien plus surprenantes », ajoute Martin, « une grande faveur vous est réservée, l'honneur des fonctions épiscopales ».
Victor, qui ne reconnaissait probablement pas le saint évêque de Tours, crut que cet étranger ne parlait pas sérieusement, et qu’il prenait plaisir à le railler, « Je vois bien », lui dit-il, « que vous aimez à plaisanter ; pour
moi, ce n’est point là mon affaire, je vais retourner à mon travail; cependant, si vous l’avez pour agréable, je vous suivrai, et vous accompagnerai jusqu’à la ville ». L'homme de Dieu lui fit déposer sa béche, et lui mit son propre bâton à la main, puis ils marchèrent de compagnie et arrivèrent bientôt à la cité 1.
En entrant au Mans, saint Martin trouva saint Liboire expirant : après avoir eu avec lui quelques entretiens et accompli les funérailles, il convoqua l'assemblée du clergé et de tous les fidèles, afin d’avoir leurs vœux sur le choix du pasteur qui devait succéder à Liboire. Mais le clergé et le peuple refusèrent d'exprimer un vœu en présence de Martin ; ils le supplièrent tous d’une voix unanime de choisir lui-même celui qu’il jugerait digne d’être le père de cette nombreuse famille : « Faites ce que vous jugerez convenable », lui dirent-ils ; « car le Seigneur est avec vous ». Saint Martin déclara alors ce que le Saint-Esprit lui avait révélé, que le sous-diacre Victor était celui que le ciel destinait à la dignité d'évêque.
Il n’y eut qu’une voix dans l’assemblée pour applaudir à ce choix ; maïs il ne fut pas facile de déterminer Victor à accepter le fardeau de l’épiscopat. Quand bien même son humilité ne lui eût point exagéré les raisons qu'il alléguait pour s’en défendre, il semblait au premier abord que les motifs sur lesquels il pouvait appuyer son refus étaient des plus graves, et beaucoup de personnes de l’assemblée durent penser que rien ne saurait les détruire. Mais le choix de Dieu devait s’accomplir. Victor fit valoir son incapacité et son état d'homme marié. Mais son incapacité n’était qu'apparente, et sa rusticité couvrait des qualités supérieures : un obstacle plus puissant était le mariage dans lequel Victor était engagé. La discipline qui imposait la continence à tous les ordres supérieurs au sous-diaconat était universellement reçue, elle ne pouvait en aucun cas souffrir d'atteinte. Mais le ciel, qui avait inspiré l’élection, confirma son ouvrage en plaçant dans les cœurs de Victor et de Maura, le souhait d’une parfaite continence. Victor ne fit pas difficulté d’avouer que tel était son désir. Alors l’évêque de Tours envoya ordre à Maura de venir le trouver au milieu de l’assemblée : elle accourut aussitôt, et en arrivant se prosterna suivant l’usage constant de ces siècles, aux pieds des évêques réunis, et de saint Martin qui les présidait : « Femme », lui dit Martin, « consentez-vous à ce que votre époux devienne évêque du Mans ? » — « Seigneur », répondit-elle tout étonnée, « je suis indigne de voir une telle merveille de la bonté de Dieu ». — « Mais », dit Martin, « si cela arrive, que trouverez-vous à y opposer ou à dire ? » — Si je puis voir cette merveille de la droite de Dieu », dit-elle alors, « je désire que mon mari me soit désormais comme un frère, que je sois pour lui une sœur, et que tous deux nous ne soyons uniquement occupés qu’à servir Dieu ».
Ces paroles comblèrent les désirs de l’assemblée. Les évêques, le clergé etle peuple pressèrent saint Martin d’achever ce què tous les cœurs désiraient si vivement. L’homme de Dieu, qui partageait la joie de la multitude, imposa les mains à Victor, et le fit asseoir dans la chaire de saint Julien.
1. D'après la tradition, la vigne que cultivait saint Victor se voit encore à peu de distance du bourg de Rouillon, et de la maison de la Batizière ou Baptizière ; il y a aussi un petit jardin que l'on dit avoir appartenu également à saint Victor. Dans ce jardin, on voit un plant de rosiers dont l'origine, au dire des habitants du lieu, remonte à notre saint Evêque; ces rosiers n'ont pu être détruits jusqu'à présent, bien que la charrue les arrache chaque année. Enfin, on montre encore une petite maison située entre le bourg de Rouillon et la rue do Baugé, que l'on tient pour avoir été le lieu où demeuraient saint Victor, Maura
et saint Victorius. — Polyptiques de l'Eglise du Mans, t. 1°", p. 262; M. Guillois, Vies des Saints du Mairie, t. 11, p. 598.
Cependant la grâce divine continuait d’agir avec une grande force dans l’âme de la pieuse Maura. Non contente du sacrifice qu’elle venait d’offrir à Dieu, elle pria saint Martm de lui imposer sans plus tarder le voile de continence, contractant par là un lien plus intime avec l'Eglise et de nouvelles obligations. Martin, qui s’était fait l’apôtre de la vie religieuse, dans tous les développements que pouvait inspirer l'Esprit de Dieu, applaudit à cette résolution, et donna de sa propre main à Maura le voile et la bénédiction des veuves.
I ne restait plus à Victor et à Maura qu’un seul vœu à satisfaire. Le fils qu’ils avaient eu de leur mariage était Agé de dix ans, et n'avait point encore reçu le baptème ; les pieux parents souhaitèrent. qu’il le reçût des mains de saint Martin. Avant que l'homme de Dieu s’éloignât de la ville du Mans, Maura avec sa naïveté et sa candeur ordinaires, lui exprima le désir qu’elle ressentait de le voir conférer à son fils le caractère de chrétien; l’évêque de Tours accueillit cette proposition avec bonté. Il conféra donc à cet enfant le sacrement de baptème, et lui donna le nom de Victorius. Enfin, après qu'il eut entièrement rempli le but de son voyage, lorsque déjà les autres évêques de la province étaient retournés à leurs églises, Févèque de Tours et l’évêque du Mans se donnant des gages de communion, s’embrassèrent et se firent de touchants adieux. Martin emmena avec lui le jeune Victorius, son fils spirituel. Le ciel, qui destinait cet enfant à de grandes choses, voulut confier son éducation à un maître aussi habile. Tel avait été aussi le désir de Maura.
Le nouvel évèque du Mans travailla longtemps à sanctifier son troupeau, car son épiscopat fut de beaucoup d’années (390-422); enfin il s’endormit dans le Seigneur, probablement le sept des calendes de septembre, et fut enterré dans la basilique des saints Apôtres, à côté de saint Liboire son maître et de ses autres prédécesseurs. Les nombreux miracles opérés à son tombeau y attirèrent la foule des fidèles, et ce fut là le commencement du culte que l’église du Mans lui a rendu de temps immémorial.
L'église du Mans célèbre la fête de saint Victor le 26 août ; ce qui autorise à penser qu'il est mort ce même jour.
Extrait de l'Hisloùe de l'Eglise du Mans, par le R. P. D, Paul Piolin.
SAINT EULADE, ÉVÊQUE DE NEVERS Vers 516.— Pape : Hormisdas, — Roi de France : Childebert Ier,
Appliquez-vous avec beaucoup de respect à servir Dieu dans la joie de votre cœur, comme les saints anges dans le ciel. Thomas à Kempis.
Saint Eulade / Euladrus } fut le premier évôque de Nevers. Sa famille, les premières années de sa vie, ce qu'il fit au commencement de son épiscopat, tout nous est inconnu, et nous eussions été réduit à en faire seulement mention, si l'historien de saint Séverin ne nous eût laissé, sur sa maladie et sa guérison miraculeuse, des détails bien précieux; c’est à Fauste, dis-