II Poralip., xxxr, 9 ad ultim
Cependant les forces physiques d’Ezéchias ne purent résister à tant de sollicitudes et de préoccupations terribles. Un ulcère se déclara avec les symptômes les plus alarmants; le mal fit des progrès rapides, et la consternation élait peinte sur tous les visages. Le prophète Isaïe vint trouver le roi : « Mettez ordre à votre maison », lui dit-il, « car l’heure approche et vous allez cesser de vivre ». À ces mots, Ezéchias, tournant le visage vers la muraille, pria le Seigneur. « Jéhovah, mon Dieu ! » disait-il, « daignez vous souvenir que j'ai marché devant vous dans la sincérité et la droiture de mon cœur, et que j’ai pris votre volonté sainte pour règle de toutes mes actions ». Après avoir parlé ainsi, Bzéchias laissa couler de ses yeux un torrent de larmes. Cependant Isaïe avait pris congé du roi, il était sous le vestibule du palais quand le Seigneur lui fit entendre sa voix. « Retourne près d'Ezéchias, le chef de mon peuple, et dis-lui : Voici la parole de Jéhovah, le Dieu de David, ton aïeul : J'ai entendu ta prière; j'ai vu tes larmes, et je vais te guérir. Dans trois jours tu iras me rendre tes actions de grâces dans mon Temple, et j’ajouterai encore quinze années au nombre de tes jours. Je délivrerai ton royaume et ta capitale du joug des Assyriens; ma protection couvrira cette cité, pour l'honneur de mon nom et en mémoire de David, mon serviteur ». Isaïe revint près du royal malade, lui communiqua le message divin et s'adressant aux serviteurs d'Ezéchias : « Apportez-moi une corbeille de figues », leur dit-il. On s’empressa d’exécuter cet ordre. Le Prophète prit quelques-uns de ces fruits, les fit appliquer sur la plaie entr'ouverte d’Ezéchias, en lui renouvelant la promesse que le Seigneur le guérirait. «Mais quel signe me donnerez-vous », demanda le roi, « pour me prouver que ma guérison sera si prompte, et que, dans trois jours, je pourrai aller remercier Dieu dans son Temple ? » — « Voici », répondit Isaïe, «le prodige que le Seigneur va opérer sous vos yeux pour attester la vérité de sa parole. Voulez-vous que l’ombre descende ou qu’elle monte de dix degrés sur ce cadran ? » — « Il serait facile de faire monter l’ombre de dix degrés », répondit Ezéchias. « Ce n’est donc point ce que je veux choisir. Faites que l’ombre rétrograde subitement de dix degrés ». — Le Prophète invoqua le nom de Jéhovah, et à l'instant l’ombre rétrograda de dix degrés sur le cadran construit jadis dans le palais par Achaz.
Ezéchias recouvra la santé dans le délai fixé par le Prophète. En se rendant le troisième jour au Temple, pour y remercier le Seigneur, le pieux roi fit entendre ce cantique d’action de grâces : « J'avais dit : Le milieu de mes jours en marquera le terme; je vais descendre aux portes du tombeau; et je cherchais en vain à renouer le fil de mes années. Hélas ! disais-je, je ne verrai plus Jéhovah, mon Dieu, sur la terre des vivants; mes regards éteints ne se fixeront plus sur les habitants de cette terre et ne contempleront plus les mortels. Mais mon amertume s’est changée en allégresse, vous avez délivré mon âme des terreurs de la mort. Le tombeau ne vous glorifiera point, la mort ne chantera point vos louanges. C’est un vivant, un vivant comme je le suis aujourd’hui, qui chantera votre miséricorde; le père redira à ses fils les merveilles de votre clémence. Seigneur, conservez-moi la vie que vous m'avez rendue, et chaque jour votre Temple retentira de nos hymnes de reconnaissance ».
Cependant le roi d’Assyrie revenait vainqueur de son expédition en Egypte. De retour à Lachis, et ayant sans doute appris les préparatifs de défense exécutés à Jérusalem, il députa près d'Ezéchias, le Tartan de son armée, auquel il adjoignit le Rabsaris (chef des eunuques) et le Rabsacès
(grand échanson), avec une puissante escorte. Les députés assyriens se présentèrent au nom de Sennachérib, leur maître, devant la muraille de l’est, près de lJ’aqueduc de la piscine supérieure, sur le chemin du Champ du Foulon. Ils demandèrent à parler au roi et lui firent un discours plein d’insolence. Quand Ezéchias l’eut entendu, il déchira son manteau royal, se revêtit d’un sac de deuil et vint se prosterner dans le Temple du Seigneur. En même temps, il envoya Eliacim et Sobna avec les anciens du sanctuaire, couverts comme lui du cilice de la pénitence, vers Isaïe, fils d'Amos. Arrivés près du Prophète : « Voici », lui dirent-ils, « le jour de l'angoisse, de la terreur et du blasphème. Jéhovah, votre Dieu, a-t-il entendu les outrages contre sa majesté sainte, qui sont sortis des lèvres du Rabsacès envoyé par ie oi des Assyriens ? Faites monter vers lui votre prière, afin qu’il daigne sauver les restes de son peuple ». Isaïe répondit : « Allez dire à votre maître : Voici le message de Jéhovah : Cesse de craindre l’insolence des serviteurs du roi d’Assyrie, et ne t’alarme point des blasphèmes qu'ils ont proférés contre moi. Je vais faire descendre sur lui l’esprit des épouvantements, il entendra une nouvelle de mort, il reprendra le chemin de ses Etats, et quand il sera de retour dans sa patrie, je le ferai tomber, baïigné lans son sang, sous un glaive meurtrier ». Les événements vérifièrent la prédiction du Prophète. Le fait de la destruction, en une seule nuit, de l’armée assyrienne, est expressément affirmé par la Bible.
Délivré par un miracle du joug des Assyriens, Ezéchias vécut en paix pendant les dernières années de son règne. Les offrandes se multipliaient au Temple de Jérusalem ; on venait de toutes parts immoler des victimes au Dieu tout-puissant, et apporter au roi de Juda les tributs de la fidélité. Le nom d’Ezéchias devint célèbre parmi toutes les nations voisines de la Judée. Les richesses de ce prince s’accrurent avec sa réputation. Il accumula dans ses trésors des monceaux d’or, d'argent, de pierres précieuses, d’aromates, d’armures et de vases artistement ciselés. Ses magasins regorgeaient de blé, de vin et d'huile ; il posséda d'immenses troupeaux et des brebis sans nembre. Pour suffire au développement toujours croissant de sa prospérité, il fut obligé de construire des villes pour ses pasteurs. C'est ainsi que la bénédiction du Seigneur récompensa son zèle et sa piété. A cette époque, Mérodach-Baladan, roi des Babyloniens, lui députa une ambassade pour le féliciter de sa guérison miraculeuse et des prodiges récents qui venaient d’être opérés en sa faveur. Les députés du prince étranger étaient porteurs de riches présents et d’une lettre üäe leur souverain. Ezéchias eut grande joie à les recevoir. Il leur montra la Maison des Parfums, l’or, l'argent, les aromates, les vases précieux qui remplissaient ses trésors, ei étala toutes ses richesses devant eux avec un sentiment marqué d’ostentation. Cependant le prophète Isaïe vint trouver le roi. «Que vous ont dit ces étrangers ? » lui demanda-t-il ; « et quel est leur pays? » — « Ils viennent des régions lointaines de la Babylonie », répondit Ezéchias. « Qu’ontils vu dans votre palais ? » ajouta le Prophète. « Ils ont vu toutes les magnificences de ma demeure », répondit le roi, «et il n’y a rien dans mes trésors que je n’aie fait passer sous leurs yeux ».— « Maintenant donc », reprit Isaïe, « voici la sentence de Jéhovah, le Seigneur. Ecoutez ce qu’il vous fait dire par ma bouche. Les jours approchent ; bientôt toutes les richesses de ce palais, amassées par vos aïeux et par vous-même, seront transportées à Babylone. Il n’en restera pas une parcelle ici. Voilà ce que dit le Seigneur. Vos descendants, nés de votre race, seront traînés en capüvité ; on les verra esclaves dans les palais du roi de Babylone », — « Le