‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 95 sur 220 · SAINTÉ SABINE, MARTYRE À ROME · texte numérisé non relu

SAINTÉ SABINE, MARTYRE À ROME

divin Maître qui l’appelait à la récompense éternelle, rassembla ses disciples, leur révéla le jour de sa mort et acheva, dit le biographe, tous ses préparatifs pour le mystérieux passage du temps à l'éternité, de la terre au ciel. Puis ayant dit adieu à ses amis, à ses enfants spirituels, à son cher Frodulphe, il exhala son dernier soupir (29 août 700) mêlé à une dernière aspiration vers Dieu : Znter verbua orationis migravit ad Dominum. Cette grande et belle âme, qui s'était toujours sentie étrangère en ce monde et n’avait aspiré qu’à la céleste patrie, y était enfin pour jamais.

On représente saint Merry tenant des chaînes, ou faisant ouvrir par des anges la porte d’une prison. On le voit aussi regardant le ciel d’où plusieurs étoiles semblent descendre vers lui. La raison de cette dernière peinture est que l’on a voulu exprimer ainsi l’avis céleste qui lui fut donné de sa mort.

CULTE ET RELIQUES

La chapelle de Saint-Pierre, où Merry fut inhumé, devint célèbre par les miracles qu'y opéraient les reliques du saint abbé et par le culte public établi en son honneur au siècle suivant, sous Charles le Chauve. Dès lors insuffisante et d’ailleurs tombant en ruines, elle fut reconstruite et transformée en une grande église, en 884, par Odon le Fauconnier, le même qui se distingua, deux ans plus tard, à la défense de Paris. Alors le prêtre Théodebert, qui la desservait, désireux de rendre aux restes vénérés du moine autunois les honneurs qu’ils méritaient, pria Gozlin, évêque de Paris, d’en faire la translation solennelle. Le pontife, empêché par les graves sollicitudes des affaires publiques, se fit représenter par ses archidiacres. La cérémonie fut magnifique. Tout le clergé et tous les religieux de Paris y assistèrent avec une grande multitude de peuple. Au chant du Te Deum et des psaumes, on releva les os du Saint de la crypte où ils avaient été placés d’abord, pour les mettre dans une châsse d'argent enrichie de pierres précieuses et soutenue par deux anges, exposée au-dessus du maître-autel à la vénération publique. Adalard, comte d’Autun et abbé de Saint-Symphorien, fit en cette circonstance de riches donations à la nouvelle église qui fut dès lors placée sous la double invocation de saint Pierre et de saint Merry. Mais elle n’a conservé que ce dernier vocable : on l'appelle aujourd’hui encore, à Paris, l’église de Saint-Merry. Les diocèses d’Autun et de Paris qu'unissaient déjà les rapports si intimes établis par saint Germain et saint Droctovée, par la chapelle et le culte de saint Symphorien, virent donc encore resserrés par Adalard, par l’église et le culte de saint Merry, les liens chers et sacrés qui rattachaient déjà l’une à l’autre leur histoire respective. Ainsi partout où allaient les Saints, le souvenir, le respect et la confiance des peuples les suivaient ; ainsi s’établissaient comme des courants qui, partant de plusieurs centres principaux, faisaient abondamment circuler, pendant tout le moyen äge, la vie religieuse dans le corps social, d’un bout de la France à l'autre. L'Eglise de Champeaux reçut une partie des reliques du Saint qui l’avait autrefois illustrée de sa présence. Le monastère autunois, justement fier d’avoir élevé et eu ensuite pour abbé un si grand serviteur de Dieu, fonda une messe solennelle en son honneur, afin de consacrer la mémoire et d'obtenir le secours d’un frère chéri, d'un père vénéré, d'un protecteur puissant auprès de Dieu.

Tiré de l'Æistoire de saint Symphorien et son culte, par M. l'abbé Dinet.

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