SAINTE SABINE, MARTYRE A ROME
Après la mort de la vierge Sérapie qui eut la tête tranchée près de l'arc de Faustin, à Rome, sous l’empereur Adrien, la très-noble veuve Sabine qu’elle avait convertie à la foi et engagée au service des pauvres, des malades et des prisonniers, fut dénoncée au préfet Helpidius et amenée au prétoire. « N’es-tu pas Sabine, la veuve de l'illustre Valentin ? » lui dit le préfet. « C'est moimême ».— « Pourquoi donc as-tu osé te joindre aux chrétiens et refusé d'adorer les dieux ? » — « Je rends grâces à Jésus-Christ Notre-Seigneur qui a daigné, par sa servante Sérapie, me délivrer de mes souillures et de la puissance du démon, afin que je ne tombe plus dans l'erreur où vous êles en l'adorant », — « Ainsi tu prélends que les dieux que nous adorons, nous et les augustes,
nos souverains, sont des démons ! » — « Ah! combien je voudrais vous voir adorer le Dieu véritable qui a créé toutes choses et qui gouverne à son gré les êtres visibles et invisibles, au lieu d’adorer les statues des démons avec lesquels vous brüûlerez, vos empereurs et vous, dans des feux éternels ». —« Si tu ne sacrifies pas », dit le préfet irrité, « je jure que je vais te condamner sans retard à la peine du glaive ». Et la noble romaine répondit : « Non, je ne sacrifierai point à tes démons, car je suis chrétienne, le Christ est mon Dieu, je l'adore et je le sers : à lui seul je dois sacrifier ». — « Nous ordonnons », dit aussitôt Helpidius, « que Sabine, en punition de sa désobéissance aux dieux et de ses blasphèmes contre nos maitres les augustes, soit frappée du glaive et tous ses biens confisqués »,
Quand le bourreau eut fait son œuvre, des chrétiens ‘enlevèrent le corps de la sainte Martyre et l'ensevelirent dans le tombeau qu’elle avait fait construire elle-même, près de l'arc de Faustin, et qui aéjà gardait les restes de sainte Sérapie. En 425, un prêtre d'Illyrie, nommé Pierre, bâtit une église à sainte Sabine sur le lieu du supplice, au mont Aventin. Celte église, donnée à saint Dominique par Honorius II, appartient au fils du bienheureux Patriarche et on y vénère, sous l’autel majeur, les corps des deux saintes Martyres.
Vers le milieu du x11e siècle, l’église de Lassey, en Auxois, dédiée à saint Martin, évêque de Tours, reçut la moitié du chef de sainte Sabine. Peu à peu la dévotion des fidèles à cette relique insigne déposséda Saint-Martin de son antique patronage ; le village lui-même oublia son nom celtique pour prendre celui de la Sainte qu’il porte aujourd'hui.
Cette généreuse Martyre était honorée à Périgueux le 29 août. On faisait une procession de Saiñte-Sabine (la font Laurière) dans les temps de grande pluie ou de grande sécheresse. Cette fontaine, disait-on, était sortie miraculeusement de terre, et sainte Sabine était pour les Périgourdins ce que sainte Geneviève est pour les Parisiens.
Tiré des Saints de Dijon, par M. l'abbé Duplus, et de Votes fournies par le R. P. Carles, de Tou= louse.