H. DE BALZAC
Dans le? Employés ou la Fenune supérieure, Balzac avait déposé le germe de la délicieuse peinture de mœurs qui, sons le titre de les petits Riyurgeois, présente d'une, manière si gaie et si exacte un des aspects de la vie parisienne. Comprenant que la profondeur de l'observation et la vérité des caractères ne constituent pas tout kmérite d'un roman, l'auteur a eu soin d'introduire, dans celui que nous recommandons à l'intérêt du lecteur, une dose d'intérêt dramatique que Corentic, le terrible homme de police, <VUne ténébreuse A ffaire et de Splendeurs et Misères des Courtisanes, ne pouvait manquer d'y porter avec lui. La figure de Tartufe, refaite selon les moeurs de notre époque et jetée au milieu de toutes les petites passions de la bourgeoisie, crée avec elle le contraste le plus saisissant. Tout en y montrant, dans un piquant relief les ridicules de la petite classe moyenne, Balzac n'a pas manqué pour elle de iustice , et il a dit aussi ses côtés dignes et élevés. La moralité, dont on a quelquefois regretté l'absence dans certaines de ses œuvres, n'est pas ici moins lavonnantft que dans César Birotteau : c'est une peinture vraie, sans amertume, et malgré une légère couche de burlesque dont elle a dû par moment être affublée, l'honnêteté, dans ce livre plein de cœur, finit par rester maîtresse du champ de bataille. La grandeur de la vie privée, le parfum doux et vivifiant que répandent autour d'eux les sentiments de famille, finissent par y dominer toutes les émanations fétides et insalubres qu'exhalent les bas-fonds sociaux où l'auteur devait être entraîné par son sujet, s'il voulait faire un tableau complet. Jamais il n'a peint l'amour avec plus de fraîcheur et de pureté; jamais il n'a été plus gai sans cesser d'être dramatique ; jamais il n'a observé plus finement, sans que sa plume eût 1 air d'un scalpel et sans que son étude de mœurs ressemblât à une autopsie.
LES CHEVâLIEP.S ERRâUTS
ROJtAN HISTORIQUE