‹ Les petits bourgeois (les parvenus)Chapitre 3 sur 17 · OCTAVE FÉRÉ ET D.A.1>. S.^JNT-YVES · texte numérisé non relu

OCTAVE FÉRÉ ET D.A.1>. S.^JNT-YVES

'^e livre, dès l'apparition de ses premiers chapitres dans la presse parisienne, a conquis l'attention et l'importance qui ne s'attachent jamais qu'à des œuvres hors ligne. Cet intérêt ne s'est bientôt plus concentré dans le monde littéraire français, deux volumes n'étaient pas parus que les organes les plus considérables de l'étranger le signalaient, et la repro 'uction s'en emparait jusqu'en Russie. Il ne sagit pas, en effet, d'un roman vulgaire; les auteurs, depuis longtemps connus Pt aimés du public, ont réussi tout en restant fidèles à l'histoire, dans une de ses périodes d'ailleurs les plus attrayantes, à donner carrière à leur imagination, à leurs inspirations, par la peinture de scènes toujours variées. En même temps qu'ils répandaient sur leurs principaux personnages, tm intérêt plein de cœur et de sen-ihilité vraie, ils semaient a profusion les scènes de la plus franche gaîté. On trouve dans ce livre tout à la fois, des épisodes qui donnent le frisson, qui amènent des larmes et des péripéties divertissantes. Tout cela exprimé dans un style facile et attachant, d'un goût irréprochable.

CHAPITRR PREMIER

Une nouvelle vue de Phcllion,

Entre les deux parties de ce récit, un événement immense s'était accompli dans la vie de Phellion.

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Il n'est personne qui n'ai! ouï parler (les nialhours de l'Odéon, ce fatal théâtre qui, pendant des aniues, dévora tous SCS directeurs. A tort ou à raison, Je quartier dans lequel est située celte imp05Sii:);lité dramatique reste convaincu qu'elle intéresse à un haut deg^ré sa postérité, et plus d'une fois le maire et Us sommités de l'arrondissement ont été vus, avec un couraiïo qui les hojiore, se livrant aux combinaisons les plus désespérées pour galvaniser le cadavre.

Toucher aux choses de théâtre est une

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des ambitions éternellement vivantes de la petite bourgeoisie.

Toujours, donc, les sauveurs successifs de rOdéon se soui trouvés maij;nifi(]uemenf récompensés, qjiand on leur donnait un semblant de part dans l'admiuistration de l'entreprise.

C'est dans une combinaison de cette espèce que Minard, en sa qualité de maire du onzième arrondissement, avait clé appelé à la présidence du comité de

lecture, avec la facuUé de s'adjoindre pour assesseurs un certain nombre de notables du quartier Latin laissés à son choix.

On ne tardera pas à savoir au juste où en était la réalisation des projets de La Peyrade sur la dot de Céleste.

Disons, quant à présent, que ces projets, en approchant de leur maturité, avaient reçu un ébruilement inévitable, et comme en cet état ils sembltient don-

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ner aussi bien l'exclusion à la candidature de Minard, l'avocat, qu'à celle de Félix, le professeur, les préventions manifestées à une autre époque par Minard père conLi'e le vieux Phellion s'étaient transformées en une disposition non équivoque à une entente cordiale ; il n'y a rien qui relie et qui apprivoise conuiie le sentiment d'un échec éprouvé en commun.

Jugé sans le mauvais œil de la rivalité

paternelle, Phellion devenait pour Minard un Romain de l'intégrité la plus

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incorruptible, el un homme dont les petits traités avaient été adoptés par l'Université , c'esl-k-dire une intelligence saine et éprouvée.

Lors donc que pour monsieur le maire il avait été question de composer le personnel de la douane dramatique dont il devenait le chef, immédiatement, il avait pensé à Phellion ; el pour ce grand citoyen, le jour où une place lui était offerte dans ce tribunal auguste, il lui avait semblé qu'une couronne d'or venait se poser sur son front.

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Oii comprend que ce n'élait pas à la lé^ière et sans s'être profondément recueilli, qu'un homme de la solennité de Phellion avait accepté la sainte et haute mission qui venait s'offrir à lui.

Il s'était dit qu'il allait exercer une magistrature, un sacerdoce :

— Ju^or des hommes, avait-il répondu à Minard, qui s'étonnait (!e sa longue hésitation, c'est déjà une lâche effrayante, mais juger des intelligences,

qui peut se croire à la hauteur d'un pareil mandat!

Cette fois encore, la famille, cet écueil de toutes les résolutions fortes, avait essayé d'entreprendre sur le domaine de sa conscience, et la considération des loges et entrées dont le futur membre du comité disposerait en laveur des siens avait excité dans son entourage une fermentation si ardente, que la liberté de sa détermination s'en élait vue un moment inquiëlpe.

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Mais malheureuseraent Brutus avait pu se décider dans le sens où le poussait une vérilable émeute de toute la tribu [)hellonnieniie ; sur l'observation de Barniol, son genîre, et aussi d'après son inspiration personnelle, il s'était persuadé que par ses voles toujours acquis aux œuvres d'une moralité irréprochable, et par son dessein bien arrêté de barrer le chemin à toute pièce où la mère de famille ne pourrait pas conduire sa fille, il était appelé à rendre aux mœurs et à l'ordre public les services les plus signalés.

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Phellion, pour nous servir de son expression, était donc devenu membre de ïaréofjacjc présidé par Minard, et, toujours pour parler comme lui, il soriaii d'exercer ces fonctions aussi intéressantes que délicates quand eut lieu la con\ersaliou que nous allons redire; nécessaire à l'inlelli^^ence des événemenis uUérieurs de cette histoire, el de plus niellant dans tout son relief l'instinct envieux qui est l'un des traits les [)!us saillants du caracière bourgeois, celle conversation avait indispensablement sa place indiquée

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La séance Ju comilc avait été extrêmemenl orageuse.

A l'occasion d'une Iragédie ayanl pour titre : la Mort d'Hercule, la nuance classique et la nuance romantique, que monsieur le maire avait eu soiu de balancer daus la composition du comité, s'élaienl vues sur le piuntde se prendre aux cheveux.

Par deux fois Ptiellion avait demandé la parole, et l'on s'était étonné de la

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