‹ Les petits bourgeois (les parvenus)Chapitre 8 sur 17 · Ô LES PETITS BOURGEOIS · texte numérisé non relu

Ô LES PETITS BOURGEOIS

Durant celle période a^iléo, Thuillier n'avait pu donner ses soins h la révision des épreuves sur lesquelles on se rappelle qu'il s'était réservé le droit d'un pointilleux examen.

Arrivé à comprendre que pour restaurer son influence, qui allail chaque jour s'évaporant, il fallait frapper un grand coup, ce fut justement celte disposition chipotière que l'avocat crut pouvoir donner comme point de départ à un plan également profond et aventureux, dont il conçut la pensée.

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Un jour, comme on en élait aux dernières feuilles de la brochure, une discussion s'éleva sur le mot népotisme, que Thuillier voulail faire disparaître d'une des phrases écrites par La Peyrade, sous prétexte que jamais il n'avait vu employer ce mot nulle part, et que c'était du néologisme^ c'est-à-dire dans les idées littéraires de la bourgeoisie, quelque chose d'équivalent à l'idée de 95 et de la Terreur.

D'ordinaire, La Peyrade prenait assez patiemment les ridicules remarques de

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bon ami, mais ce jour- la il s'émut excessivement, signitia a Thuillier qu'il eûl a terminer lui-même le travail auquel il appliquait une critique si lumineuse et si intelligente, et pendant plusieurs jours on ne le revil plus.

Thuillier crut d'abord à un mouvement passager de mauvaise humeur, mais l'absence de La Peyrade se prolongeant, il sentit la nécessité d'une démarche conciliatrice et alla chez le Provençal pour faire amende honorable et mettre fin a cette bouderie.

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Voulant toutefois donner a celle démarche une allure qui laissât une honnête sortie à s<»n amour-propre :

— Eh bien ! mon cher, dit-il en entrant d'un air dégagé, nous avions raison tous les deux : népotisme veut dire l'autorité que les neveux des papes prenaient dans les affaires. J'ai cherché dans le dictionnaire, il ne donne pas une aulre explicalion, mais, d'après ce que m'a dit Phellion, il par;iîlrait que dans le langage politique on a étendu le sens de ce mol pour dire l'influence que des minis-

très corrupteurs laissent exercer illégaleuienl à des personnes : je crois donc que nous pouvons conserver l'expression, quoiqu'elle ne S(»it pas prise de la même manière par Napoléon Landais.

La Peyrade, qui, tout en recevant le visiteur, affectait de paraître très occupé au classement de ses dossiers, se contenta de hausser les épaules et ne répondit rien.

— Eh bien ! reprit Thuillier, as-tu vu

les épreuves des deux dernières feuilles? car il faut uiarcher.

— si lu n'as rien envoyé à l'imprimerie, répondit La Poyrade, nous ne pouvons avoir des épreuves ; pour mon compte, je n'ai pas louché au manuscrit.

— Mais, mon cher Théodose, dit Thuillier, il n'est pas possible que pour si peu de chose tu aies pris la mouche. Je ne me pique pas d'écrire ; seulement, comme je

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sii]^iie, je puis bien, je crois, avoir mou opinion sur un mol.

— ^ Mais môsieu Phellion, répoiidil i'a- , vocal, c'esl un écrivain, lui ; el puisque tu le consultes, je ne vois pas pourquoi lu ne l'engagerais pas à lerminer avec toi l'ouvrage auquel, pour mon comple, je me suis bien promis de ne plus coopérer.

— Dieu! quel caraclère ! s'écria le frère de Brigille, le voilà furieux, fuain-

Li:b ri:T!Ts l'.oi luii-ms / /

leiiani, parce que j'ai eu lair il'avolr un doule sur une expression el que j'ai consulté quelqu'un. Ma'S tu sais bien qu'a Pheilion, a Coileville, à Minard et à Rarniol, j'ai lu des passages comme si l'ouvrage était de moi, pour voir l'efTel qu'il produira dans !e j)ublic; mais ce n'est pas une raison pour que je veuille mettre sous mon nom ce (ju'ils seraient capables d'écrire ; veux-tu avoir une idée de de la confiance que j'ai en toi? Madame la comtesse de GodoUo, à laquelle hier soir j'ai fait lecture de quelques pages, me disait que c'était une brochure a

în'altirer des désagréments avec le procureur du roi : crois-ln que ça m'a il arrêté ?

— Elî bien! dit La Peyrade ironiquement, je crois que l'oracle de la maison voit très bien les choses, et je n'ai pas envie de le faire porter la léle sur l'échafaud.

— Tout ça, dit Thuillier, c'est des bêtises. As-tu ou non l'intention de me laisser en plan?

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— Les question^ liUéraires , répondit l'avocat, brouiilcni les meilleurs amis bien mieux encore que les questions poliliques; je veu\ supprimer entre nous cette occasion de débats.

— Mais, mon ctier Théodose, jamais je ne me suis posé comme un homme de lettres, je crois avoir du bon gros bon sens et je dis mes idées, tu ne peux pas m'en vouloir pour cela, et certainement, si tu me fais le mauvais tour de refuser ma collaboration, c'est que tu as

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conire moi quelque autre grief que je ne connais pas.

— Oïl est le mauvais tour? il n'y a rien de si facile pour loi que de ne pas faire une brochure, lu seras Jérôme Thuillier comiue devant,

— Il me semble pourtant, que toimême as jugé que celle publication pourrait favoriser mon élection future, et puis enfin, je te le répète, j'ai lu des fragments à tous nos amis; dans le con-

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seil muiuci(>al, j'ai annoncé la chose, et si màinlenanl l'ouvrage ne paraît pas, je suis déshonoré, on4lira que le gouvernement Qi'a acheté.

— Tu n'as cj.n'a dire que lu es l'ami de Phellion l'incorruplible, ce!? ré|jondra h tout; tu pourrais même donner Céleste à son dadais do fils, colle alliance le protégerait encore mieux contre tout soupçon.

— Théodose, dit alors Thuillier, tu as

quelque chose (juo lu no me dis pas; il V G

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n'est pas nalurel que pour une siiiiple querelle de mois tu veuilles perdre ton ami de considéra lion.

— Eh bien ! oui, dit La Peyrade ayant l'air de se décider a parler, je n'aime pas

i'irigratilude.

— Moi non plus, je ne l'aime paç, dit Thinllier avec animation, el si lu as l'idée de m 'accuser d'un procédé aussi bas, aussi vil, je te somme de l'expliquer, il faut a la fin sortir des équivoques : de quoi te plains-tu? que reproches-tu à

celui qu'i! y a quelques jours encore tu appelais Ion ami ?

— Rien cl loul. dil La Poyrade; ta sœur et loi èlos bien trop habiles pour rompre ouverlemenlavec un homnae qui, au risque de sa réputation, vous a mis un million dans la main; mais je ne suis pas lellemenl simple que je ne sache démêler les nuances : il y a autour de vous des ^ens occupés sourdement à me démolir, el Brigitte n'a qu'un souci, celui de trouver une façon honnête de ne pas tenir ses promesses. Des hommes comme

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moi ne f*)iil pas proic-ier de pareils litres, et je n'en feruls certes pas m'iniposer, mais j'avoue que j'étais loin de m'allendre à de pareils procédés.

— Voyons, dil Thuillier avec intérêt

en apercevant d ns l'œil de l'avocat le iM'illanl d'une larme dont il lut entièrenirnt la dupe, je ne sais pas, moi, ce que Brigitte a pu te faire, niais uiie chose certaine, c'est que jamais je n'ai cessé d'être ton ami le plus dévoué.

— Non, dil La Peyrade, depui- Téchec

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de la croix, je ne suis plus bon, comme ou dil, à jeler aux chiens. Esl-ce que je puis, moi, lulîer contre de cerlaines forces occultes? !^!on Dii^u ! c'e.-l peulêlre celle brochure donl lu lis beaixoup trop parlé cl donl s'inquiète le gouvernement qui f.iit l'obslacl'.' à la no;uinalion. Ces ministres sont si hèles, (}u'ils aimeronl mieux attendre d'avoir la main forcée par i'éclal de la publication que do s'exécuter de bonne grâce eu récompensant seulemenl les services. Mais ce sont la des mystères de la politique qui ne tombeni pas dans l'esprit de la sœur.

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— - Que diable! dil ihuiliier, je me crois pourlanl le coup d'oeil assez observaleur, et je ne m'aperçois pas que Brigille soil changée pour loi.

— C'est vrai, dit La Pe} rade, lu as la vue si bonne que lu n'aperçois même pas à ses côtés celle madame de Godollo sans laquelle elle ne peut plus vivre.

•— Allons donc! dilfioemeulThuillier, ce serait un pelit brin de jalousie que nous éprouverions !

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— De la jalousie! reparlil La Peyracle, je ne sais pas si c'est la le mol propre, mais enOn ta sœur, qui n'est pas un esprit au-dessus de l'ordinaire et à laquelle je ni'éloune qu'un homme de ta supériorité intellectuelle ail laissé j>rendre l'autorité dont elle use el abuse...

— Que veux-tu, mon cher? interrompit Thuillieren hurtiant le compliment, elle est pour moi d'un dévoûment si entier !

— J'admets ces faiblesses, reprit La

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Peyrade. mais, je le rép.'lc, la sœur ne le va pas à la cheville. Eh bien ! je dis que quand un homme de la valeur que lu veux bien me reconnaître lui fait l'honneur de la conseiller et de se dévouer à elle comme je l'ai fait, il ne saurait lui être agréable de se voir supplanté dans sa confiance par une femme venue on ne sait d'où, et cela h cause de quelques loques de rideaux et de quelques vieux fauteuils qu'elle lui a fait acheter.

Pour les femmes, tu le sais bien,

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répondit Tliuillier, les affaires de méiia^^c, cela passe avant tout.

— Crois aussi «luc Bri^»^ilte, qui louche à loul, a aussi la prétention d'avoir la haute main sur les affaiies (i{^ cœui", et puisque tu es si perspicace, lu aurais dû voir que maintenanl, dans l'esprit de Fîrigille, rien n'est moins fait que ri)on mariage avec mademoiselle Colieville; or, pourtant, mon amour a été soleniiellemont autorisé par vous.

— Par exemple, dit Thuiiiier, je vou-

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drais bien voir que quelqu'un essayai dé loucher a nos arrangement !

— Sans parler de Brigitte, répondit l'avocal, je piis te dire quelqu'un qui s'occupe parfaitement de les déranger, et ce quelqu'un, c'est mademoiselle Céleste ; malgré l'obstacle que semble mettre entre eux la divergence des sentiments religieux, elle n'en reste pas moins très naïvement occupé» de ce petit Phellion.

— Mais pourquoi ne pas dire à Flavie de mettre ordre à cela ?

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— Flavie, mon cher, personne mieux que^ loi ne la sait a fond. Elle est femme avant d'être mère; j'ai été dans la nécessité de lui faire un doigt de cour, et, lu coniprends, tout eu voulant ce mariage, elle ne le désire pas très vivement.

— Eh bien I dit Thuillier, je me churge, a>.oi, de parler à Céleste; il ne sera pas dit qu'une petite fille nous fera la loi.

— Justement je ne veux pas, s'écria La

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Peyratle, que lu l'enlremMes clans lout ccln ; hors de tes relalions avec ta sœur, tu es une volonlé de fer, cl je n'enlends pas (ju'ii suiî dil que lu as inis d'aulorilé Céleste dans mes bras; je prétends au conlraire que cet enfant garde la plus entière disposilioîi de son cœur ; seulenicnl, je crois pouvoii- demaiider qu'elle se prononce nellemenl enlre moi el monsieur Félix, parce que je ne puis pas restrr dans celle situation qui me mine. Ce niariujL^e, reporté à Tépoque où lu seras nommé dépul'', c'est un rêve; il m'est impossible d'itcceplrr que la plus grande

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affuiro île ma vie suil ainsi laissée a loiiU'S i<'S évenlualilé^ de l'avenir; et puis, dans celt<î combinaison a laquelle on s'élail d'abord arrêté se sent un parfum de marché qui ne saurai! me convenir. Je dois, mon cher, te faire une confidcnce à l )(|uclle je suis enlraîné par tous les désaurt'iuenls qu'il me faul subir. Dutocq peul te le dire, avanl que vous quiKassirz l'appartement de la rue Saint-Dominique, en sa présence, une héritière m'a été 1res sérieusement offerte, qui aura plus de fortune que vous n'en laisserez à mademoiselle CoUcvilIe

J'ai refusé parce que j'ai la sollise d'avoir le cœur pris el parce qu'une alliance avec une famille aussi honorable que la vôtre me paraîl des plus désirables; mais, après, il faut que Brigitte se le mette en tête, si Céleste me refuse, je ne suis pas sur le pavé.

-* Je le crois facilement, dilThuillier, mais remettre toute la décision de l'affaire à cette petite tête, si, comme lu le dis, elle a de la propension pour Félix !

— Ça m'est égal, dill avocat, il faut à

tout prix que je sorle de cette position, elle n'est plus (enahie pour moi; tu parles de la brochure, je ne suis pas capable de la finir; toi qui as été un homme a flammes, tu dois savoir la domination que ces êtres malfaisants prennent sur tout notre être.

— Pouh ! dit Tiiuillier avec fatuité, on m'a eu, niais je ne me suis pas souvent donné, j'en prenais et j'en laissais.

— Oui, mais moi, avec ma nature mé-

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ri'lionale, je me passionne, el puis enfin, Célcslo a un aulie allrail que loules les bonnes fortune?. Élevée par vous, sous vos yeux, vous en avez fait une enfant adorable; c'est seulement une grande faiblesse d'avoir laissé ce garçon, qui ne lui convient d'aucune manière, s'installer dans sa fantaisie.

— Tu as dix fois raison, mais c'est une amitié d'enfance, Félix et elle ont joué ensemble, el lu n'es venu que beaucoup plus lard; c'est même une preuve de la grande estime que nous faisons de

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