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ÉLEVAGE DU MOUTON

L’élevage du mouton est en général concentré entre les mains des indigènes et se fait plus particulièrement sur les hauts plateaux.

La transhumance, l’insécurité sont des obstacles qui empêchent encore les Européens de donner à cette industrie une plus grande extension. Ces derniers n’exploitent que quelques troupeaux destinés à l’engraissement et, sur le littoral, des brebis pour la production d’agneaux de lait qui seront livrés à la consommation des villes.

Les moutons algériens vivent sur les hauts plateaux. Dans certaines régions, comme le Sersou, ils passent toute l’année. Ailleurs, ils descendent pendant hliiver et le printemps vers le Sahara et, en été, remontent jusque dans le Tell. Ils n’ont jamais d’abris. Réunis par troupeaux de 200 environ, où les brebis tiennent la plus grande place, ils sont gardés par un berger, payé le plus souvent en grains et, en partie, sur les naissances. Les agneaux sont recueillis, pendant les deux ou trois premières semaines de leur naissance, sous la tente du berger, plutôt pour réserver le lait de la mère que pour recevoir des soins. Puis ils

sont renvoyés au troupeau ; et, à partir de ce jour, on ne s’occupera plus d'eux que pour tondre leur laine. La viande du mouton algérien est plus succulente que celle du mérinos quand elle est consommée dans son pays d'origine, où les salines sont nombreuses. Elle est moins bonne chez les moutons engraissés sur les riches plaines du littoral ; enfin elle paraît être de qualité inférieure quand l'animal, pour arriver au point d'embarquement, a parcouru trois ou quatre cents kilomètres, qu’il a été entassé sans air et sans nourriture sur les paquebots, mis en wagon à Marseille et abattu aussitôt après son arrivée sur les marchés des grandes villes de France.

Il en est tout autrement du mouton de réserve, c’est-à-dire du mouton algérien qui, après son débarquement, a été engraissé pendant cinq ou six semaines dans les environs d’Arles; sa chair, au dire desemboucheurs, rivalise avec celle des meilleurs moutons du pays et dépasse de beaucoup, au point de vue de la valeur et de la qualité, la viande des mérinos russes.

Il existait autrefois en Algérie une race de moutons affublés d’une queue graisseuse qui, écorchée, pèse de deux à quatre kilos. Cette graisse remplaçait pour les indigènes le lard que leur religion leur défend de consommer. Aujourd'hui cette race à grosse queue disparaît et n'est plus représentée dans le département de Constantine que par des moutons de race intermédiaire. Mais, dès que l'on arrive à Sétif, les moutons n'ont plus que des queues fines et valent alors de cinq à dix centimes de plus par kilo.

Les moutons d'Alger et de Constantine sont hauts sur pattes ; leur laine en général est longue et peu fournie ; ils pèsent de quarante à quarante-cinq kilogrammes et donnent de dix-huit à vingt-cinq kilogrammes de viande nette. Dans le département

d’Oran, ils sont plus bas sur pattes, plus petits, plus larges et plus rustiques. Soumis aussi à de plus grands écarts de température, leur laine est plus fournie, plus fine et ressemble souvent à la laine du mérinos.

La plupart des mâles sont exportés en France. Le prix de transport est d’environ 2 francs par tête d’Alger à Marseille. Les femelles sont consommées sur place en bien plus grande proportion.

Pour compléter cette notice sur l’industrie pastorale, disons, sans crainte de nous tromper, que P élevage du mouton deviendra une des principales sources de richesse en Algérie. Cette question intéresse d’ailleurs au plus haut point les gens de métier, les éleveurs et les colons. Des fautes nombreuses, une incurie inconsciente ont été jusqu’à ce jour un obstacle au développement de cette branche de l’industrie locale. De là des polémiques au cours desquelles des indications précieuses ont été fournies. Un fait demeure évident, c’est que la production ovine, après s’être élevée jusqu’à 15 millions de têtes, il y a vingtcinq ou trente ans, s’est abaissée à 1 1 millions environ en 1888 et oscille actuellement entre 7 et 8 millions de têtes. Malgré tout, bien que l’élevage soit entre les mains des indigènes, qui ne font presque rien pour l’amélioration de la race, la valeur des moutons dépasse encore, dans les bonnes années, 150 millions de francs ; la valeur des chèvres, 44 millions, et l’exportation rapporte plus de 50 millions. Que serait-ce donc si les sélections, en ce qui concerne la race ovine, étaient mieux faites ? La France n’aurait plus rien à demander à l’Allemagne pour alimenter ses boucheries, à l’Australie ou à l’Amérique du Sud pour avoir des laines.

On est loin d’être d’accord sur les moyens qui doivent con-

courir à l’amélioration de la race. La nécessité d'une sélection par l’élimination ou la castration des reproducteurs de qualité inférieure est admise, mais comment y aboutir? Les reproducteurs mérinos expédiés de France n'ont pu résister au climat, au froid rigoureux et aux chaleurs excessives qui, en hiver et en été, sévissent sur les hauts plateaux. Le moyen le plus simple, le plus pratique et le moins coûteux consiste à opérer la sélection sur place par un croisement continu à l'aide de la meilleure des races locales. Ce type de reproducteur algérien existe ; il a toutes les qualités requises par la qualité de la viande et de la laine. Il possède toute la rusticité désirable et peut, sans souffrir, supporter les variations climatologiques. C’est le barbarin à queue fine. Voici le portrait qu'en trace AI. Trabut : « Ce mouton )> est robuste, vif, a les yeux grands, la tète souvent jaunâtre, )) le front busqué, les oreilles horizontales; les cornes manquent » rarement; parfois deux paires se développent ; le poitrail est » large, la poitrine spacieuse, les membres solides et nerveux. » Le poids moyen brut de l'animal est d'environ 48 kilogram- )) mes, d’après Bernis ».

Parmi les reproducteurs de ce type, il faudrait encore choisir ceux qui sont pourvus d'une laine fine et soyeuse. Et je crois qu'avec ces bêtes, d'une rare endurance et d’une immunité remarquable, on aurait des facteurs admirables de transformation.

La seconde question, non moins intéressante, s'applique au choix de la zone d'élevage. Les uns prétendent que dans le Tell les moutons, ayant à la fois de l’eau et des pâturages, seraient mieux que sur les hauts plateaux. Les autres allèguent les grosses chaleurs qui, sévissant dans la région tellienne, seraient une cause de mortalité.

Le steppe, avec ses vastes espaces, me paraît être la région préférable. Mais Y expérience, mieux encore que les discours, sera le guide le plus sûr.

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