L’HYDRAULIQUE AGRICOLE
La prospérité de U agriculture, l'élevage du mouton, la culture maraîchère, la création des centres agricoles et l’hygiène dépendent beaucoup de l'aménagement des eaux. Dans notre colonie, c’est une question grosse de conséquences et le problème est loin d’être résolu. En Algérie, le régime des eaux est irrégulier et sujet à des troubles fréquents.
Pendant la saison des pluies, les plus modestes oueds, transformés en torrents, emportent les terres, détruisent les routes et les ponts ; et, pendant la plus grande partie de l’année, ils sont à sec. De vastes dépressions emplies d’eaux pluviales se transforment en marais, comme le lac Halloula, dès que les chaleurs arrivent. Les cours d’eau ont des variations extraordinaires suivant la saison : le Ghélif passe de 1 mètre cube à 1,450 mètres cubes à la seconde; la Seybouse, de 150 litres à 1,000 mètres cubes. C’est dire qu’ils n’ont plus d’eau à l’époque où les colons en auraient le plus grand besoin. De même, en été, les troupeaux privés d’eau sur les hauts plateaux sont obligés d’émigrer vers la région tellienne.
D’après les vestiges que l’on rencontre surtout en Tunisie et dans le département de Constantine, on voit que les Romains avaient couvert leur colonie de travaux destinés à aménager les eaux, de barrages rustiques en pierres sèches (décrits par M. le professeur Trabut (Y Algérie) et M. de la Rlanchère), de grands barrages en maçonnerie, d’aqueducs, et de conduits
secondaires en poterie pour l'irrigation et la dispersion des eaux. D’après M. Trabut, ils avaient imaginé un procédé à la fois simple et pratique qui avait un double avantage : il annihilait la violence dévastatrice des torrents et permettait de retenir les eaux. « Les anciens barraient, de distance en distance, les » ravins étroits, par une succession de terrasses de retenue )) construites en pierres sèches. L’eau s’écoulait lentement par » les interstices et retombait en cascade à chaque échelon » . Moyen excellent pour imprégner le sol d’humidité, entretenir la végétation arborescente et alimenter les sources. Les indigènes usent d’un procédé identique, mais avec des fascines sur lesquelles ils tassent fortement de la terre, comme on peut s’en rendre compte à M’Sila ou dans la région de Sidi-Aïssa.
Nous avons compris que l’utilisation des eaux est une nécessité qui s’impose. Mais, dans la pratique, les résultats n’ont pas toujours répondu à notre attente.
Le programme dressé en 1890 porte à 60 millions la somme nécessaire aux travaux d’hydraulique agricole ; et, comme on se borne à voter annuellement 600,000 francs (680,000 en 1897), il faudra, comme le faisait observer M. Burdeau, un siècle pour mener à bien ce programme.
Les travaux entrepris par l’ Administration française sont de trois sortes :
1° Irrigations par la construction de barrages ;
2° Dessèchements et endiguements ;
3° Aménagement des eaux sur les hauts plateaux ;
4° Forage de puits artésiens.
Les grands barrages offrent de graves inconvénients. Ils sont exposés à de brusques ruptures, ainsi que l’ont prouvé des
catastrophes lamentables ; ils coûtent très cher, la redevance perpétuelle imposée aux usagers (de 60 à 80 francs par hectare) est élevée ; et enfin les réservoirs s’envasent trop vite. On a calculé qu’un barrage de 15 millions de mètres cubes serait envasé en vingt ans et que, pour débarrasser de ce limon l’ensemble de nos réservoirs, il faudra dépenser 60 millions de francs, à moins que l’on ne trouve le moyen d’épurer relativement les eaux avant de leur donner accès dans le barrage.
Le barrage du Chélif, qui a coûté 2,402,000 francs peut servir à l’irrigation de 10,000 hectares.
Le barrage des Gheurfas (Saint-Denis-du-Sig), dont la contenance est de 18 millions de mètres cubes, se rompit en 1883.
Le barrage de l’Habra (30 millions de mètres cubes) s’effondra en 1881.
Le barrage du Hamiz (14 millions de mètres cubes) peut irriguer 10,000 hectares.
MM. Pomel et Pouyanne ont indiqué le moyen d’alimenter les hauts plateaux en établissant des cuvettes ou r’dirs dont le fond doit être garni d’un revêtement en ciment.
Dans le Hodna, dans le Souf et l’oued Rhir, le forage des puits artésiens a donné des résultats merveilleux.
En 1897 et 1898, en dépit de la modicité des sommes dont on disposait, on a pu entreprendre plusieurs travaux importants.
Aménagement des eaux sur les hauts plateaux :
Sommes dépensées
Département d’Alger 25.284 francs.
— de Constantine 34.100 — •
— d’Oran 6.300 —
Au lac Halloula, récoulement des eaux est rendu plus rapide depuis la construction des rigoles de chute avec puisards. A la suite des pluies torrentielles des 5 et 7 mars 1898, l’eau de la cuvette n’a atteint que 0m 91 et s’est écoulée en moins de quinze jours correspondant à une surface submergée de 297 hectares..
La dépense d’entretien et de curage a été de 20,000 francs en 1897.
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