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LE PORT FRANC

A côté de ces entreprises qui témoignent de l'activité sans cesse grandissante de nos affaires commerciales, il y a d’autres

projets dont la réalisation ne sera possible que clans un avenir plus ou moins lointain. Mais ces conceptions, dues à l’esprit d’initiative d’hommes intelligents, nous prouvent une fois de plus que nous sommes dans une période de tentatives généreuses et de travail fécond. Au nombre de ces conceptions, le projet tendant à la création d’un port franc à Alger est digne de fixer l’attention. Un de nos plus sympathiques concitoyens, M. J. Simian, vice-président de la Chambre de commerce, a développé cette idée avec une ténacité remarquable et une compétence digne d’éloges. Il a trouvé le moyen, par ses rapports et ses articles très documentés, de constituer sur la question un véritable dossier que bon consultera avec fruit.

Un port franc est un terrain neutre, une zone franche, soustraite à l’action des douanes, où tous les navires, sans distinction de nationalité, ont libre et franc accès, où toutes les marchandises, sans exception, peuvent être introduites, déposées, manipulées et exportées sans aucune formalité, sans avoir à acquitter aucun droit de douane, tant qu’elles ne pénètrent pas dans l’intérieur du pays.

Bordeaux, Marseille et le Havre demandent des ports francs, par l’entremise d’hommes éminents rompus aux affaires. Dans la Dépêche algérienne, M. Alf. Le Vasseur reprend la question et se déclare partisan du port franc intégral, en faisant ressortir, avec chiffres à l’appui, la prospérité que certaines villes doivent à la création de ces ports :

L’entrepôt réel ne peut en aucune façon remplacer le port franc.

Dans l’entrepôt, en effet, aucune manutention des marchandises admises n’est autorisée : quelle qu’elle soit, la marchandise doit en sortir telle qu’elle y est entrée. Aucune transformation, aucun mélange n’y est autorisé.

Dans le port franc, au contraire, non seulement les manipulations de tous les produits qui y sont entrés sont libres, mais aussi leur transformation. ce qui a amené naturellement, partout où sont établies des zones franches, la création d'industries nouvelles, au grand profit des ouvriers de la région aussi bien qu’à celui du commerce.

En veut-on des preuves et des exemples ?

A Hambourg, qui peut être considéré comme le port franc modèle, rien n’a été épargné, ni par 1 État, ni par la ville, ni par la Chambre de commerce, et les résultats ont répondu largement aux sacrifices qui ont été faits, si bien que le grand port allemand, dont le trafic était, en 1877, inférieur d’un million de tonnes à celui de Marseille, lui est aujourd'hui supérieur de près de quatre millions de tonnes.

A Brême, où le port franc a été créé en 1888, et ne comprend qu'un seul bassin, le trafic commercial, en dix ans, a augmenté de plus d'un million de tonnes.

Le port franc de Copenhague ne date que de 189b : grâce à cette institution, le mouvement de la navigation a progressé de 2,329 navires en 1895 à 4,560 en 1898, ce qui constitue une augmentation de tonnage de 260.096 tonnes en 1895 et de 786.622 en 1898 ; en ces quelques années, il s’est créé, dans ce port franc, 2 rôtisseries de café, 2 fabriques de nettoyage et de coloration de café, 1 rôtisserie de cacao, 1 marbrerie, 2 fabriques* de liqueurs, 1 fabrique de bicyclettes, 1 fabrique de chocolat, 4 fabriques de machines agricoles. 1 fabrique de machines à vapeur, 1 fabrique de bois de placage, 7 ateliers d’ébénisterie, 6 chais de spiritueux. 4 fabriques de porcelaine, etc., etc.

Gènes n’a qu'un simple deposito fi‘anco (un dépôt franc dont nous nous contenterions volontiers pour Alger, à défaut d’un port franc réel) : cet établissement occupe une superficie de 12,500 mètres carrés : la douane accompagne la marchandise jusqu’à son entrée dans le dépôt franc et ne s’en occupe plus, n’apparaissant à nouveau que pour la sortie des marchandises qu’elle réaccompagne, sans s’occuper de leur nature, ou des transformations qu elles ont subies, ayant à veiller seulement à ce qu'elles soient réellement exportées. Or, Gènes, qui recevait, en 1874. 13,000 navires donnant un mouvement commercial de 3 millions de tonnes, en a reçu, eu 1890, 14,500 donnant un mouvement de 6.700,000 tonneaux, chiffre qui, en

1898, a atteint 8,500,000 tonneaux, dépassant ainsi le trafic de Marseille, notre premier port français.

M. Simian, rapporteur du projet, se montre plus réservé, et se contenterait d’un port franc circonscrit et séparé.

Sans entrer dans le fond de la discussion, remarquons avec l’honorable rapporteur que le port d’Alger se trouve géographiquement dans une situation exceptionnelle comme point de relâche et de ravitaillement.

Dans ces conditions, un port franc contribuerait à donner à nos transactions commerciales une activité qui dépasserait toutes nos prévisions.

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