LES CHEMINS DE FER
Dans une étude fortement documentée sur les chemins de fer en Algérie, étude publiée le 1er octobre 1899 dans la Revue des questions diplomatiques et coloniales, M. Bernard, professeur à la Faculté des lettres d’Alger, fait remarquer, avec juste raison, que, dans un pays dépourvu de rivières navigables et flottables, dans des régions accidentées où les voies de communications sont difficiles, la prospérité de la colonie dépend surtout de l'établissement des lignes ferrées. Ces voies seront comme les artères qui répandent dans l'organisme le sang nécessaire à sa vitalité.
Actuellement, l’Algérie possède un réseau de chemins de fer d'une longueur totale de 3,000 kilomètres, soit 1 kilomètre pour 1,500 habitants, tandis que, si l’on applique le système
de comparaison de M. Bernard à la France, la mère-patrie a 1 kilomètre pour 1,000 habitants.
Bien que, d’après le savant professeur, Alger ne soit, en réalité, qu’un centre en apparence artificiel, au point de vue du réseau général des chemins de fer, il n’en est pas moins vrai que la capitale de l’Algérie, dotée d’un port, d’un arrièreport et d’un port franc, ne tardera pas à devenir le point où convergera la grande majorité des transports.
En attendant, examinons quelle fut la progression suivie dans l’établissement et le développement du réseau algérien qui est exploité par six Compagnies :
Le Paris-Lyon-Méditerranée 513 kilomètres.
L’Est-Algérien 887 —
L’Ouest-Algérien 368 —
Le Bône-Guelma 436 —
La Compagnie Franco-Algérienne. . . . 668 —
La Compagnie Mokta-el-Hadid 33 —
Si l’on en excepte la ligne d’El-Guerrah à Biskra, où le mouvement des voyageurs est relativement considérable, et celle de Soukahras à Tébessa, dans le département de Constantine, la grande ligne de pénétration de Saïda à Aïn-Sefra et à Djenien-bou-Bezg et la petite ligne de Sainte-Barbe-du-Tlélat à Tabia et de Tabia à Bas-el-Ma-Crampel, on peut considérer les chemins de fer algériens comme un réseau méditerranéen dont la grande voie, presque parallèle au rivage, court de Ghardimaou, à l’est, pour aboutir à l’ouest aux deux points extrêmes, à Aïn-Témouchent et à Tlemcen.
Dans l’ensemble, lignes parallèles et perpendiculaires à fa
mer avec, comme principaux points de convergence, les quatre grands ports méditerranéens de Bône, de Philippeville, d'Alger et d’Oran. Voilà, dans ses grands traits, la physionomie exacte des chemins de fer.
Mais, tout en tenant compte des considérations de stratégie ou de défense qui militent en faveur de l'extension des lignes de pénétration, il faut bien reconnaître que les chemins de fer sont surtout nécessaires dans la région tellienne, qui a 200 kilomètres de profondeur en moyenne. C'est, des trois grandes zones, la plus riche et la plus importante soit par le mouvement industriel, soit par les transactions commerciales.
En
le
réseau comprenait. .
313 kilomètres.
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comprend
D'après M. Bernard, les dépenses de premier établissement des chemins de fer algériens se sont élevées en 1899 à 617 millions de francs, soit 212,000 francs par kilomètre. La recette totale est de 23 millions, soit 8,000 francs par kilomètre. Le produit net est de 3,200,000 francs, soit 1,100 francs par kilomètre. Le coefficient d'exploitation est en Algérie de 84 %, alors qu'en France, sur le réseau d'État, le coefficient considéré comme très élevé est de 68 %. (Augustin Bernard, les Chemins de fer en Algérie, Questions diplomatiques et coloniales, n° 63. )
1° Paris-Lyon-Méditerranée
Le P.-L.-M. inaugura sa première ligne en 1862, d’Alger à Blida, sur un parcours de 49 kilomètres. A la fin de la première année, c’est-à-dire en 1863, la Compagnie établissait ainsi son résumé statistique :
Recette totale 541 . 771 francs.
Recette par kilomètre exploité 11.057 —
Parcours des trains pendant l’année. . . . 121.215 kilom.
Voyageurs 155. 802
Messageries, grande vitesse 663 tonnes.
— petite vitesse 16.355 —
En 1872, la statistique accusait, pour la totalité de la ligne d’Alger à Oran, sur un parcours de 426 kilomètres :
Recette totale 3.488.678 francs.
Recette par kilomètre exploité 8.189 —
Parcours des trains pendant l’année 1872. 750.346 kilom.
Voyageurs 584 . 248
Marchandises en grande vitesse 2.147 tonnes.
en petite vitesse 178.089 —
Une remarque à faire en passant, c’est la diminution dans la recette par kilomètre exploité, en 1872.
Indiquons, année par année, le développement du réseau du P.-L.-M., de 1863 à 1872:
De
49 kilomètres.
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1871 (ligne de Philippeville)..
En
Auxquels il faut ajouter, à partir de 1871, les 87 kilomètres de Philippeville à Constantine.
D’Alger à Oran, la ligne est à voie large; elle a coûté 256,000 francs par kilomètre. Sa recette est de 15,600 francs par kilomètre. La ligne de Constantine à Philippeville (voie large) a été la plus coûteuse (680,000 francs par kilomètre), C’est une des plus productives (18,000 francs par kilomètre).
Arrêts Distance Embranchements
Maison-Carrée 11 kilom. De l’Est- Algérien (lig. de Constantine).
Blida 51 - De Médéa.
El-Afïroun 69 — De Marengo.
Relizane 296 — De Mostaganem-Tiaret.
Perrégaux 346 — D’Arzew à Saïda.
Sle-Barbe-du-Tlélat . 395 — De Sidi-bel-Abbès.
La Sénia 416 — D’Aïn-Témouchent.
2° Est-Algérien
La ligne est à voie large ; elle ne fut achevée d’Alger à Constantine qu’en 1886. Les travaux d’art, particulièrement dans les gorges de Palestro, d’aspect grandiose, y sont nombreux et
témoignent d’efforts laborieux. Pour franchir la chaîne des Bibans, la ligne s’élève jusqu’à 982 mètres d’altitude.
Le prix du kilomètre a varié suivant les régions et la nature des obstacles à surmonter.
Sur cette ligne, les marchandises transportées consistent surtout en vins, en blés, en huiles, en lièges et en phosphates.
3° Bône-Guelma et prolongements (436 kilom.)
1° De Bône à Guelma 88 kilomètres.
2° De Guelma au Kroubs 115 —
3° De Duvivier à Sidi-el-Hemessi 105 —
4° De Soukahras à Tébessa 128 —
La ligne de Bône, qui n’a coûté que 148,000 francs par kilomètre, a une recette kilométrique de plus de 15,000 francs et un produit net de 8,000 francs par kilomètre. Ce résultat, un des plus beaux qui aient été obtenu en Algérie, est surtout imputable à l’exportation des phosphates (208,000 tonnes en 1899) et des zincs du Nador (16,000 tonnes).
Le développement du trafic provenant de l’exploitation des gisements de phosphates de Tébessa a rendu nécessaires l’allongement des voies de plusieurs gares de Tébessa à Bône, la création de nouvelles voies dans ces mêmes gares et enfin des achats considérables de matériel.
4° Ouest-Algérien (376 kilom.)
1° Du Tlélat à Sidi-bel-Abbès et à Tabia . . . .
2° De Tabia à Tlemcen
3° De Tabia à Ras-el-Mâ
4° D’Oran à Aïn-Témouchent . . .
5° De Blida à Médéa et à Berrouagbia
75 kilomètres.
Du Tlélat à Ras-el-Mâ, la recette kilométrique est de 1 1 ,600 fr . ; la ligne a coûté 170,000 francs par kilomètre. Elle a été ouverte en 1877 jusqu'à Bel-Abbès, et, en 1890, elle aboutissait à Rasel-Mâ.
La ligne de Tlemcen, qui donne une recette de 6,000 francs par kilomètre, a été ouverte en 1890 ; de Tabia à Tlemcen, la ligne a coûté 305,000 francs par kilomètre.
Mais un des tronçons les plus intéressants au point de vue de la construction est celui de Blida à Berrouaghia. Dans les gorges de la Chifïa, traversées par la voie ferrée, il n'v a pas moins de 7,000 mètres de souterrains et 1,500 mètres de ponts ou viaducs. La ligne, à voie étroite, a coûté 331,000 francs par kilomètre. La recette kilométrique est de 4,800 francs, avec un déficit de 1,100 francs. La ligne a été concédée à la Compagnie de l'Ouest- Àlgérien par la loi du 23 juillet 1886. Elle a été construite de 1887 à 1892.
5° Franco-Algérienne (668 kilom.)
1° D’Arzew à Kralfalla (par Perrégaux)
2° De Kralfalla à Méchéria
3° De Méchéria à Àïn-Sefra
4° De Tizi (bif.) à Mascara
5° De Mostaganem à Tiaret (par Relizane). .
214 kilomètres.
La ligne d’Arzew-Saïda fut concédée en 1873. En 1879, elle aboutissait à Saïda ; en 1881, à Modzba ; en 1882, à Méchéria ; en 1887, à Aïn-Sefra. D’Aïn-Sefra à Djenien-bou-Rezg, la ligne
vient d’être terminée. Dans l’ensemble, cette ligne de pénétration, qui a surtout une importance stratégique, a coûté 100,000 francs par kilomètre. Elle sert au transport des alfas. La recette kilométrique est de 3,800 francs avec un déficit de 1 ,200 francs.
La lig ne de Mostaganem-Tiaret (voie étroite) a été ouverte en 1889. Elle a coûté 103,000 francs par kilomètre. La recette kilométrique est de 2,400 francs avec un déficit de 2,900 francs.
6° Compagnie de Mokta-el-Hadid
Section unique, de Bône à Aïn-Mokra 33 kilomètres.
La ligne de Bône à Aïn-Mokra est à voie d’un mètre. Elle a été construite par la Société anonyme des minerais de fer magnétique de Mokta-el-Hadid qui en dirige l’exploitation.
7° Lignes d’intérêt local en exploitation Société des Tramways algériens
Tramways à traction électrique, système Thomson-Houston. 1° D’Alger à EHôpital-du-Dey ;
2° D’Alger au Plateau-Saulière, à Mustapha-Supérieur et à la
Colonne- Voirol.
Compagnie C.-F.-R.-A.
Un décret du 16 janvier 1892 a déclaré d'utilité publique rétablissement, dans le département d'Alger, de quatre lignes de tramways à traction de locomotives, destinées au transport des voyageurs et des marchandises entre :
1° El-Afïroun et Mar en go ; 2° Alger et Coléa ;
3° Saint-Eugène et Rovigo ; 4° Dellvs et Boghni.
Voici sommairement les services qui fonctionnent à ce jour :
1° Alger-Zéralda i lre section d'Alger-Coléa). 29 kilomètres. 2° Saint-Eugène-Rovigo (traversant Alger 37 —
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3° El-Afïroun (P.-L.-M.)-Marengo 20 —
4° Gamp-du-MarécRal (E.-A.)-Dellys 31 —
Ligne d'El-Afïroun à Marengo, ouverte le 21 septembre 1894. Deux arrêts : Ameur-el-Aïn et Bourkika. Trafic relativement considérable. Sert à l'exploitation des carrières basaltiques d' Ameur-el-Aïn. Le matériel comprend : 31 locomotives, 3 voitures mixtes, 2 fourgons, 39 wagons. Le trafic principal est celui des vins (7,346 tonnes en 1898). En 1899, la recette s'est élevée à 140,000 francs, soit 7,200 francs par kilomètre.
Ligne d'Alger à Coléa. — 1° Section des Deux-Moulins à Guvot-
ville (10 kilom. 288), ouverte le 24 octobre 1807, est reliée à la ligne de Saint-Eugène-Rovigo aux Deux-Moulins ; 2° la section de Guyotville à Goléa est en exploitation jusqu’à Zéralda. Cette voie sera bientôt prolongée jusqu’au port d’Alger par une ligne qui, partant de Saint-Eugène (Deux-Moulins), passera en corniche le long de la mer en avant de Saint-Eugène.
Li gne de Saint-Eugène à Rovigo. — Les travaux sont entièrement terminés entre les Deux-Moulins et Rovigo et sur rembranchement du port.
Une partie de la ligne de Saint-Eugène à Rovigo est exploitée par traction électrique entre Saint-Eugène (Deux-Moulins) et Maison-Carrée.
Un autre embranchement de cette ligne, partant du Champde-Manœuvres de Mustapha, est exploitée par traction électrique jusqu’au Ruisseau et sera prolongé l’année prochaine jusqu’au village de Kouba.
D’Hussein -Dey aux Deux-Moulins, les tramways, sur un parcours de 12 kilomètres environ, suivent le bord de la mer, tandis que les sites les plus pittoresques et les plus variés se succèdent sous les yeux des voyageurs. Les voitures, très confortables, ne laissent rien à désirer.
Le nombre des voyageurs transportés sur cette ligne, en 1898, a été de 2,924,368 ; les recettes ont été de 552,445 francs. Pendant les neuf premiers mois de 1899, elles se sont élevées progressivement à 764,615 francs. Par comparaison entre 1897 et 1898, on trouve une augmentation remarquable.
Ligne de Dellys à Roghni. — La section de Dellysest seule en exploitation sur une longueur de 30 kilomètres 832 mètres :
Recette brute en 1897 : 28,470 francs ; en 1898 : 32,64Q francs. Recette kilométrique : 923 — ; en 1898 : 1,033 —
Recette brute au 30 septembre 1899 : 31,717 francs.
Lignes en projet (lignes d'intérêt général)
1° De Berrouaghia à Boghari ; 2° de Boghari à Laghouat ; 3° d’Afïreville à Bouïra ; 4° de Tlemcen à Lalla-Marnia ; 3° d'Aïn-Beïda à Tébessa ; 6° de l'Oued-Tixter à Bougie ; 7° de Biskra à Ouargla.
Soit une longueur totale de 1,119 kilomètres avec des prévisions de dépenses s’élevant à 140,074,830 francs.
Lignes d’intérêt local et tramways