‹ Les petits côtés de l'histoire: notes intimes et documents inédits, 1870-1884Chapitre 4 sur 27 · CHAMBRE DES COMMUNES · texte numérisé non relu

CHAMBRE DES COMMUNES

Yeneris IS» die decembris 1854.

RésolUy nemine contradicente,

. Que les remerciements de cette Chambre soient rendus au général Canrobert et à. Tarraée française pour leur vaillante et heureuse opération avec les forces de terre de Sa Majesté dans l'attaque sur la position de Tennemi à Âlma, pour leur assistance énergique et opportune qui a permis de repousser l'ennemi à Inkermann, et pour leurs efforts distingués de concert avec les troupes de Sa Majesté pendant le siège de Sébastopol; et qu'on prie le feld-maréchal lord Raglan de leur transmettre les présentes résolutions.

Signé : dénis le marchant.

U. Dom. Corn.

— J'ai lu votre Journal d'un diplomate en Italie ^ continua le maréchal et je vous en félicite. — C'était encore de grandes époques. — N'étes-vous pas arrivé à Turin après le retour en France de notre armée? —

— Précisément, monsieur le maréchal, j'ai quitté Paris le lendemain de la rentrée triomphale des troupes de l'armée d'Italie ; Turin était encore occupé par les Français lorsque j'y débarquai comme secrétaire de la légation de France.

— Sans doute avez-vous su, alors, à la légation, ce qui s'était passé ; et les dangers qu'avaient courus le roi et la capitale? La Tour d'Auvergne a dû vous en parler. Cependant, il faut que je vous raconte ces faits très peu connus. On a passé ces incidents sous silence! Je n'ai point voulu les relever. Depuis quatre ans, j'étais maréchal de France! Que pouvaiton faire dé plus pour moi? D'autres avaient besoin de commencer leur gloire. Je ne voulus pas les gêner.

» Voici la chose : — Vous vous souvenez avec quelle précipitation fut déclarée la guerre de 1859 entre l'Autriche et l'Italie. Il n'y avait pas un instant à perdre, les Autrichiens étaient sur le théâtre de la lutte. — Notre armée dut s'avancer, vous le savez, d'un côté par Gênes, de l'autre par les Alpes. J'étais le chef de l'armée qui, suivant le chemin d'Annibal et de Bonaparte, dit en souriant le maréchal, descendait de France par les montagnes. Le temps pressait. Déjà les Autrichiens menaçaient Turin. Enfin, j'arrive à Suze, au pied du mont Cenis. Nous

étions prêts à peine, équipés à la hâte, et je n'avais avec moi que Pavant-garde de mon corps d'armée, huit mille hommes environ. — Or, voici ce que contenaient mes instructions : c 11 est interdit au maré- > chai Canrobert d'agir isolément et d'engager ses 1^ troupes avant leur réunion complète. » Puis, en » post'Scriptum : — « Le maréchal Canrobert se » rendra compte personnellement, à son arrivée à » Turin, des positions de laDora-Baltea, que l'on nous » annonce comme formidablement défensives ; si )) elles lui paraissent telles, il est autorisé, sous sa » responsabilité personnelle, à les occuper. >

» Vous étiez à Turin, m'avez-vous dit, peu de temps après ces événements; vous n'ignorez donc paâ quelle panique avait saisi l'esprit de tous. La capitale piémontaise, ville ouverte, située en rase campagne, était une proie facile. Les Autrichiens se montraient à quelques lieues ; du haut des clochers, on pouvait les apercevoir dans la direction de Verceil. Les habitants de Turin étaient terrifiés; on emballait déjà les archives du royaume. En débarquant à Suze, je trouvai le roi, venu au-devant de moi, dans un état d'inquiétude difficile à décrire. Il me supplia de prendre position sur la Dora-Baltea.

» Nous arrivons à Turin et je cours, au débotté, visiter avec lui les lieux en question. C'était un point

impossible à défendre! > Mais, c dit le roi qui ne me quittait point, « nous le jugions très important, » capable d'arrêter les Autrichiens. — Hélas ! non, > répondis-je à Victor-Emmanuel; « Votre Majesté voit » elle-même qu'il n'y faut plus songer; chercher à

> défendre ce point serait nous perdre inutilement. » — Mais que devenir ? les Autrichiens sont à quelques

> lieues, » dit le roi. «A tout prix, ils veulent occu- » per ma capitale, il faut prendre un parti? »

» C'est alors que je montrai au roi mes instructions. Après les avoir lues, il me les rendit en disant : a Je suis donc perdu! y>

» — Non, Sire, répondis-je, vous ne Tètes pas. Il }> ne sera pas dit que la capitale des alliés de la France j> aura été brûlée devant les baïonnettes françaises. » Votre Majesté peut-elle me garantir que Gasale et » Alexandrie (vingt lieues en avant sur le flanc gauche » des Autrichiens) peuvent mettre à l'abri les quel- )» ques milliers d'hommes que je possède ?

» — Je vous en donne ma parole royale, répondit Victor-Emmanuel.

» — Alors, je n'hésite pas. Sire, malgré la respon- » sabilité immense qui va m'incomber, à me porter » sur Casale et sur Alexandrie, si vous voulez m'y » suivre. Pour sauver Turin, il faut l'abandonner. Ce 3!> mouvement stratégique, menaçant les communica-

» tions de l'ennemi, peut seul dégager la capitale.

)^ Le roi se jeta dans mes bras.

» — Oh! merci! maréchal, nous partirons cette î> nuit. y>

» Je quittai le roi pour prendre les dispositions nécessaires; nous devions partir au jour naissant. A minuit, je fus m'étendre, tout habillé, sur un canapé. Je logeais au palais, dans un des appartements royaux. A peine reposais-je depuis un quart d'heure,, que j'entends frapper à ma porte. J'ouvre. Entre un petit homme, gros, court, à lunettes, dont le visage m'était inconnu.

» — Je suis le comte de Gavour, dit-il, et je viens j> vous demander, maréchal, si Sa Majesté ne s'est pas » trompée, s'il est bien vrai que vous, maréchal de

> France, vous vous refusiez à défendre Turin et que

> vous abandonniez les positions de la Dôra-Baltea.

> C'est impossible!

» — Cela est pourtant ainsi, repris-je, monsieur » le comte, je suis seul juge; n'ayant point de con-

> seil en politique à vous donner, souffrez qu'en fait de

> dispositions militaires, je ne vous en demande pas. » — Quelle responsabilité sera la vôtre, monsieur

» le maréchal, devant l'histoire et devant l'empereur!

y> — Croyez, monsieur le comte, que j'ai réfléchi

» avant de prendre cette décision. Autant que vous,

^ je désire sauver le roi de Sardaigae et sa capitale. » Voilà pourquoi j'emploie Tunique moyen qui nous » reste. »

-» Le grand ministre partit après m'avoir salué froidement, et je repris mon canapé.

» Deux heures après, au petit jour, nous quittions Turin. Dès que les Autrichiens eurent connaissance de notre départ, ils abandonnèrent leur marche en avant sur Turin et rétrogradèrent à la hâte en se portant de notre côté. La ville était sauvée! Mon plan avait merveilleusement réussi. Sans doute, c'était un coup audacieux, mais le seul qui pût dégager la capitale. Avec les Prussiens, tels que nous avons appris à les connaître, j'eusse été perdu. Ils auraient certainement connu, eux, l'insuffisance de mes forces, et ne se seraient point donné la peine de revenir sur leurs pas. Ils auraient été informés que notre armée descendait lentement, très lentement les Alpes, et qu'avant qu'un corps d'armée eût pu opérer sa jonction avec les troupes venues par mer et débarquant à Gènes, ils avaient tout le temps d'envahir, de saccager Turin, d'emmener le roi prisonnier avec son gouvernement.

» Le roi n'a jamais oublié le service que je venais de lui rendre en cette circonstance. Ces faits si importants du début de la campagne n'ont pas été re-

levés, comme je vous le disais. L'empereur seul les a appréciés ; ils sont, au reste, consignés dans un ouvrage officiel sur la campagne d'Italie publié par le ministère de la guerre. Quant à M. de Cavour, nous fûmes séparés pendant la durée de la campagne. Nous nous retrouvâmes à Milan. Â peine m'eut-il aperçu, qu'il se jeta dans mes bras et m'embrassa. y> — Gomme vods aviez raison, monsieur le maréchal, » me dit-il, de m'éconduire, certaine nuit, au palais » de Turin ! Sans votre promptitude, sans votre déci- » sion, nous étions perdus avant même l'arrivée des y> Français. »

» M. de Cavour n'était point banal, vous le savez, monsieur d'Ideville. y>

L'importance de ce récit me frappa tellement, que j'ai recueilli presque à la lettre les termes dont se servit le maréchal. Il est à désirer que les historiens ne passent pas sous silence un fait de guerre aussi grave, qui permit de mettre en relief, à un si haut point, la présence d'esprit, l'honnête décision et le coup d'œil d'un maréchal de France.

Ce fut cette opération qui décida du sort de notre campagne, et il serait, en définitive, aussi injuste de nier l'importance de ce mouvement stratégique que de passer sous silence'l'héroïque conduite du général de Mac-Mahon à Magenta.

Le maréchal Canrobert me parla en termes toujours affectueux du président de la République; cependant il serait inopportun de relater ici cette partie de notre conversation.

» — La France, me dit-il, est une cavale ardente, fougueuse, pleine de race, mais si impressionnable et si sensible, qu'elle ne peut être montée et domptée que par un maîlfe. C'est de celui qui la tient en main que dépend son allure. Si l'écuyer est hésitant, sans décision, elle s'emballe, elle devient folle. Ce qu'il lui faut, c'est un cavalier consommé et énergique, qui la tienne tète haute, qui modère et active à son gré sa course vagabonde, un centaure enfin! Elle a eu Henri IV, Richelieu ; elle a eu Louis XIV; elle a eu Napoléon I"; elle a eu Napoléon III... pendant les dix premières années de son règijie ! — Qu'un homme saute en selle, demain elle retrouvera ses moyens, ses actions, toutes ses allures. Ah! que de belles chevauchées encore! Mais c'est le cavalier, un autre grand cavalier qu'il lui faut.

Lorsque je me disposai à prendre congé du maréchal, celui-ci demeura longtemps debout, continuant son intéressant entretien, marchant et gesticulant, selon son habitude : a Savez-vous, me dit-il, en saisissant un long rouleau de métal placé sur une table.

UNE VISITE AU MARÉCHAL CAiNROBERT. 49

ce que contient cet étui? )> En même temps, il déplia un rouleau de parchemin. « Voilà qui vient d'Angleterre : c'est le brevet m'instituant membre de la Corporation des Épiciers de Londres. Ceci peut faire rire en France; tout ce que nous ne connaissons point tous prête à rire, — nous sommes si spirituels ! Croyez bien que j'apprécie le titre de membre de la plus vieille corporation de la Cité, honneur qui n'est pas réservé à tous. Regardez le nom de mes devanciers, de mes collègues. }> Et, en même temps, le maréchal me faisait lire une pancarteoù étaient inscrits les noms des membres d'honneur qui, depuis 1231 , avaient fait partie de la corporation. On y lisait, entre autres noms, ceux de sir John de Gisors, 1245; sir John Philpot, 1 378 ; sir John Rivers, 1573 ; le roi Charles II, 1660; George Monck, duc d'Albemarle, 1660; sir John Moore, 1662; duc de Buckingham, 1684; sir Thomas Chichelex, 1686; le roi Guillaume III, 1689; William Pitt, 1784; marquis Cornwalis, 1792; George Canning, 1824; Robert Peel, 1824; lord Raglan, 1855; amiral Lyons, 1856; maréchal Carirobert, 1856; duc de Cambridge, 1859; lord Clyde, 1860; lord Elgin, 1861 ; le prince de Galles, 1863.

« — Les statuts de notre Compagnie, reprit le maréchal, n'ont point changé depuis des siècles. Voilà pourquoi cette corporation et tant d'autres subsistent

et résisteront au temps. Là est tout le secret de la puissance et de la grandeur de l'Angleterre : dans son respect pour ses institutions, ses chartes, ses usages et les droits établis de chacun. — Les épiciers de la Cité de Londres sont plus heureux que nous. Ils n'ont pas à se préoccuper, hélas ! de bâcler une constitution pour la renverser ensuite. Combien en avons-nous vu depuis un siècle ? Combien en verrez-vous encore, vous qui êtes plus jeune que moi? » Ce n'est point que je sois trop vieux, toutefois, reprit le maréchal redressant la tête et frappant sa large poitrine. J'ai de bonnes années encore, si Dieu le veut, au service de mon pays. Je suis prêt à les donner... si on me fait signe. :»

Je connais peu de physionomies aussi vivantes, aussi sympathiques que celle du maréchal Canrobert. Il met dans ses paroles, dans ses gestes, une animation, un feu, une ampleur des plus pittoresques. Tout en lui est éloquent, les yeux, la bouche, les bras, la tête, les mains; chacun de ses mots, de ses mouvements est juste, net et plein d'à-propos. Tantôt il se lève, marche à grands pas, puis se rassied. Tantôt il gesticule, s'arrête, et vous regarde dans le blanc des yeux. La chaleur avec laquelle il exprime ses pensées, ses sentiments, se communique

bientôt à l'interlocuteur, un peu troublé, au premier abord, par cette fougue inattendue.

Le maréchal Canrobert n'a pas beaucoup plus de soixante-cinq ans; il est de taille moyenne; ses cheveux bouclés grisonnent; l'ensemble de la physionomie est agréable; le front haut, le regard, très brillant, est interrogateur. Il se campe bien et droit; le dos est un peu voûté, la tête souvent penchée sur l'épaule. Le timbre de la voix est large et profond; un très léger accent méridional donne à son langage imagé un caractère original et un côté gouailleur tout particulier.

17 octobre 1875.

Je viens d'avoir avec M. le maréchal Canrobert un entretien aussi intéressant que le premier. Le maréchal ayant désiré connaître certains détails relatifs à mon séjour en Algérie, je lui communiquai, sans hésitation, les documents fortcurieuxquej'avaisrapportés d'Alger, documents qui jettent une vive lumière sur certains faits et sur le caractère des individus. Tout ce qui touche à l'Afrique passionne le maréchal ; on le comprend aisément; n'est-ce pas là que s'est accomplie la première partie de sa carrière; chaque coin de terre lui rappelle un trait de bravoure, une

action éclatante, un grand souvenir. C'est sur ce sol que, un à un, il a conquis ses premiers grades : l'incroyable assaut de Constantine, la prise des gorges de Mouzala, l'assaut de Zaatcha, et tant d'autres théâtres sanglants ont immortalisé son nom. Certes, on ne dira jamais du maréchal Canrobert que l'intrigue et la politique servirent de marraines à ce vaillant soldat. Le maréchal adore son métier et adore la France. Chez lui, ce sentiment domine tous les autres, emplit son âme et absorbe ses facultés. Je ne vois point, à notre époque, un caractère plus profondément militaire, une personnification du soldat plus parfaite. Son dévouement, son attachement pour la personne de Napoléon III fui, sans doute, des plus profonds et des plus sincères; mais, dans le cœur du maréchal Canrobert, un autre culte primera toujours les affections les plus chères, c'est la passion du devoir et la passion de la France.

Chose vraiment étrange! rapprochement bizarre, consolant peut-être! Lorsque je suis sorti de la rue de Marignan, le hasard m'a fait passer devant la demeure d'un autre soldat que j'avais visité il y a quelques mois. Or, je me rappelle qu'après avoir visité, certain matin, M. le duc de Chartres, j'emportai de mon entretien avec lui des impressions absolument semblables à celles que m'a laissées, au-

jourd'hui, ma longue visite au maréchal Canrobert. Tous deux, certes, ont une origine, une carrière, des opinions bien différentes; j'ignore même s'ils se sont jamais vus, s'ils se sont jamais rencontrés. Eh bien, il est impossible de ne pas être frappé de l'analogie de tempérament, d'allures, de goûts, d'esprit, qui unit, à leur insu, ces deux soldats, le vieux maréchal et le jeune commandant de chasseurs. Sur le front de tous deux, éclate et rayonnne un je ne sais quoi de chevaleresque et de français, de hardi, de fier, de sacré qui émeut, remue et enflamme.

Ni à l'un ni à l'autre, par exemple, ne parlez politique. Les plus savantes combinaisons du parlementarisme et les plus ingénieuses fictions du régime constitutionnel les laisseront insensibles, les trouveront absolument froids. Je dirai plus : ils haïssent ces sortes de choses et ne veulent point les comprendre. Assez d'autres, hélas ! en font leur métier, leursloisirs et leur profit. Mais qu'un matin, ces mêmes politiciens, blancs, rouges ou bleus, avec leurs innombrables, savantes et infernales combinaisons amènent l'ennemi à notre porte, entraînent l'étranger au cœur du pays, vous verrez le vieux maréchal et le jeune colonel, ainsi que vous les avez vus déjà, muets, obéissants, faisant, lions intrépides, avec une simplicité de héros et de martyrs, le sacrifice

de leur vie, et cela, pour le seul amour de la vieille France I

11 fauf que, chez les hommes de ce tempérament et de ce caractère, le sentiment de la patrie soit bien puissant pour qu'il leur fasse oublier tout, et ne voir que la France et Thonneur de son nom. — Je me souviendrai toujours des paroles de M. le duc de Chartres, le matin où je le vis. C'était peu de jours après le procès intenté au journal le Pays par le général de Wimpfen. On se souvient des scandaleux débats auxquels il donna lieu, et de cette série de récriminations, de témoignages si humiliants pour tous. — Le duc de Chartres, venant à parler de ces révélations, me dit :

<? Je ne trouve rien de plus douloureux, de plus écœurant, de plus triste, que ces comparutions de soldats à Taudience, venant déposer, s'attaquer, se déchirer aux yeux du public. Un seul a été superbe, c'est mon ancien général à Constantine, le général de GaJlifet. — Aussi, n'ai-je pu résister au besoin de lui écrire, le soir même, pour le féliciter de sa simple et militaire déposition. Lui, soldat, il s'est refusé à apprécier la conduite de son général et a donné une excellente leçon à tous. C'est ainsi que je comprends notre rôle dans l'armée; pas

d'aTOcats parmi nous, pas de discoureurs! L'effet de sa déposition a été saisissant, simplement parce que le général s'est borné à dire ce qu'iiavait fait, sans se préoccuper de plaire à personne. Notre métier, notre devoir est d'agir et non de parler, » ajouta le jeune commandant de chasseurs, « et, suivant l'exemple de mon général, je ne m'écarterai jamais de ce rôle. » N'avais-je pas raison, tout à l'heure, lorsque je disais que Robert Le Fort et Canrobert étaient soldats de même race et cœurs de même trempe?

LES ARTISANS DU COUP d'ÉTAT.

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