MONSIEUR CHOPIN
ANÉMONE. — Car enlin, s'il y avait des raisons de supposer que Monsieur viendrait chez moi, il n'y en avait pas de croire qu'il y resterait...
MONSIEUR CHOPIN. — Poui'tant... il me
semble qu'il y avait quelques raisons de le croire... puisque cela est...
AXÉMONEj qui cherche inutilement une 7'éponse lapidaire, — Ça n'est pas une t preuve!...
MONSIEUR CHOPIN. — !... [A Monsicur Diipieu.) Et maintenant, filons, si vous n'y voyez pas d'inconvénient?...
MONSIEUR DUPiEU. — Je suis à vous!...
ie... (te?'ri fié.) Mais quelle rentrée!... Quand j'y pense, j'en ai froid dans le dos ! . . .
Il se pose sur ses pieds et flageole légèrement.
ANÉMONE, à part elle. — Il est encore pat'!... [hautj s' adressant à monsieur Chopin.) Monsieur Dupieu est resté toute la nuit sur ce divan... [Très digne.) Je ne voudrais pas que vous, Monsieur, ou madame Dupieu, vous puissiez vous imaginer des choses...
La lêlc da madame Pillard apparaît à la porte du salon.
MONSIEUR CHOPIN. — Ëtes-Yous prêt?...
MADAME PILLARD. Elle rc(jarde d'un air ahuri et voudrait bien savoir ce qui se passe. — Madame n'a pas besoin de mes services ?. . .
ANÉMONE. — Non, merci!...
MONSIEUR DUPiEU, tirant un louis de la poche de son gilet et le donnant à madame Pillard d'un air discret. — Je vous remercie de vos bons soins, Madame!...
MADAME PILLARD, écarquilUe. — A vot' service, Monsieur!...
MONSIEUR DUPIEU, il baisc la main d'Anémo?îe. — Avant même de rentrer chez moi, Madame, je vais au Parc des Princes| alin d'avoir l'adresse des témoins de monsieur votre frère...
MADAME PILLARD, au coiublc dc V ahiivis-
scment, ouvrant la main et laissant tomber le louis qui file à terre comme une roulette : — Ton fréere !. . !. . !. .
Anémone verdit. Monsieur Dupieu, effaré, regarde alternativement Madame Pillard et Anémone d'Antibes. Monsieur Chopin ne peut pas s'empêcher de rire.
Chez les Raincy.
Il est dix heures du matin.
L'oncle Etienne assis sur un banc lit les journaux. Dans la grande pelouse, Jacques et Jean font une partie de tennis. On sonne à la grille. L'oncle Etienne lève le nez. On resonne.
JACQUES. // crie dans la direction de la maison. — Eh!... On sonne!...
l'oncle Etienne. — C'est une mauvaise heure!... Les domestiques font les appartements... Personne n'entend la sonnette...
JACQUES. — Il y cl un fiacre arrêté devant la grille... {On aperçoit une tête qui essaie de
UNE PETITE FARCE 22o
regarder au-dessus des plaques de tôle qui garnissent la grille.) un fiacre et un monsieur...
JEAN. — Oui... un monsieur qui fait des tours de force pour nous apercevoir...
Il marche vers la grille. Tout à coup, il retourne brusquement sur ses pas, enfile une allée et s'engouffre dans la maison.
JACQUES. — Qu'est-ce que...
11 s'avance, lui aussi, dans la direction de la grille puis, plus brusquement encore que son frère, fait demi-tour et s'engouffre à sa suite. Pendant ce temps un domestique va enfin ouvrir et introduit monsieur Dupieu.
l'ongle Etienne. — Aie!... aie !... aie !...
11 se lève de son banc et vient au devant de monsieur Dupieu. Au même instant monsieur de Raincy paraît sur le perron.
MONSIEUR DUPIEU, se précipitant sur
Monsieur de Ralncy. — Ah! Monsieur!...
cette fois je vais avoir les adresses...
MONSIEUR DE RAiNCY. — Mais, Monsieur, mon fils...
MONSIEUR DUPiEu. — L'interventiou de monsieur votre iils est inutile... puisqu'ils sont là...
MONSIEUR DE RAINGY. Qui donC?...
MONSIEUR DUPIEU. — Eh bien, mais... ces messieurs !... les témoins... Monsieur de Lamarche-Du perron et le comte Roleur... {Mouvement de Monsieur de Raincy.) Oh !... ne me dites pas non !... Je viens de les voir...
MONSIEUR DE RAINCY, ttllUri Ici?...
MONSIEUR DUPIEU. — Ici mômc!... Ils jouaient au tennis sur cette pelouse...
MONSIEUR DE RAINCY, constemé. — Comment... mais...
On cnlend sonner violemment. Joseph ouvra celle fois assez vite. Madame Dupieu
s'avance à grands pas en faisant gémir le gravier.
MONSIEUR DUPiEU, anéanti. — Ma femme, à cette heure!...
MADAME DUPIEU, ù Monsîeur de Raincy qui va au-devant d'elle avec une grande politesse. — Pardon, c'est à ce coco-là... {Elle montre son mari.) que j'ai deux mots à dire... [A Monsieur Dupieic qui se fait tout petit.) On avez-vous couché, misérable?...
MONSIEUR DUPIEU, très embêté. — Ma bonne amie... si nous...
MADAME DUPIEU. — Taiscz-vous ! . . . Inutile de nier!... Je sais tout!... (Monsieur Dupieu courbe involontairement la tête.) Oh!... vous aurez beau faire le dos de chat... Ça ne prendra pas!... (Un temps.) J'arrive de la rue Weber...
MONSIEUR DUPIEU, suppUant, montrant
monsieur de Raincy et Voncle Etienne. — Mais...
MADAME DUPIEU. Ail!... VoUS allcZ
chez des hétaïres à présent!... [Les têtes de Françoise et de Rosette apparaissent à deux fenêtres du premier étage.) Vous êtes la risée des concierges, des locataires, des domestiques, de tous ceux qui savent que vous avez découché à votre âge... et avec cette tête-là!...
Elle hausse les épaules pour avoir le temps de souffler.
MADAME DE RAINCY. Elle arrive étonnée.
— Mais qu'est-ce qu'il y a?... Qu'est-ce que...
MADAME DUPIEU, véhémente. — Il y a que l'individu que voilà, n'a pas honte de tromper sa femme!... Oui, Madame!... et que...
MADAME DE RAiNCY. — Mais en quoi, ce que peut faire Monsieur nous concernet-il?... Je ne comprends pas à quel propos tout ce tapage... et ici...
MADAME DUPiEu. — Jc u'ai pas le choix!... C'est ici que je le retrouve... Tant pis!... Mais il est trop juste que je vous explique... {Avec volubilité.) Il y a trente-cinq ans que j'ai épousé ça!... {Elle indique son mari d'un geste méprisant.) Et depuis trente-cinq ans, ça a toujours marché droit, je vous prie de le croire!... Hier, pour la première fois, Monsieur s'avise de ne pas rentrer après le magasin... ou, du moins, si!... Je me trompe... Il rentre, mais seulement pour s'habiller... Un fiacre l'attendait... heureusement!... puisque c'est ce qui me permet de le retrouver ici!...
MADAME DE RAiNCY. — Mais, Madame...
il est inutile de...
MADAME DUPiEU. — Si... (lii iiioment où je tombe chez vous de la sorte, je tiens à vous dire pourquoi... Donc, hier, mon mari ne rentre pas pour dîner... ni le soir... ni la nuit. . . La nuit que j'ai passée ! . . . C'est épouvantable ! . . .
MONSIEUR DUPIEU. — Ma bonuc amie...
je vais t'expliquer...
MADAME DUPIEU. — Taiscz-vous ! . . . (A Madame de Ramcy.) Ce matin, à dix heures, j'envoie chercher un de nos amis... je le prie d'aller à la préfecture de police... à la morgue... enfm dans tous les endroits où l'on pouvait vraisemblablement es[)érer retrouver Monsieur... [Mouvement de monsieur Diqneu.) Je dis vraisemblablement... mais ce n'est pas là qu'il était... Il était chez une cocotte !... !...!...
MONSIEUR DUPIEU. — Laissc-moi, je t'en prie, te dire...
MADAME DUPiEu. — Rien!... A neuf heures, l'ami que j'avais envoyé à sa recherche n'était pas rentré... J'avais fait acheter tous les journaux pour voir si on ne signalait pas son écrasement ou son assassinat ... J'étais folle!... Lorsqu'un cocher de fiacre arrive... un cocher providentiel... celui que monsieur Dupieu avait pris rue Saint- Honoré en sortant du magasin et qui l'avait attendu à notre porte pendant qu'il se bichonnait, qu'il se...
Elle pleure.
MADAME DE RAiNGY, Cl moUié touchée, à moitié agacée. — Voyons, Madame... remettez-vous... Ne vous faites pas tant de chagrin pour des choses... peut-être imaginaires...
MADAME DUPIEU, elle hoiidit. — Imaginaires?... Vous allez voir!... Il venait, ce cocher, réclamer huit heures qui lui étaient
dues... Il avait conduit Monsieur d'abord au Parc des Princes... ensuite trente-cinq rue Weber... où il l'avait attendu jusqu'à près d'une heure du matin... A cette heure-là, comme il carillonnait pour dire qu'il ne pouvait pas rester plus longtemps, une grosse femme était venue lui demander de rendre la monnaie d'un billet de mille francs... affirmant qu'elle n'avait pas un sou... Alors il était parti et, ce matin, il est venu se faire payer chez nous...
MONSIEUR DUPiEU, quî cssaic de recjimher. — Mais ce cocher a menti...
MADAME DUPIEU. — Mcuti!... J'en viens, du trente-cinq de la rue Weber!... Et je l'ai vue, la grosse femme... et même la cocotte!... Elle s'appelle Anémone d'Antibes... Anémone!... Hein, ce nom?...
Les têtes de Jacques et de Jean viennent se poser à côté des tôtes de Françoise et de llosetle.
ROSETTE, à ses frèrcs. — Ben, en v'ià un' histoire!... Y a pas à dire, vous avez bien travaillé ! . . .
JACQUES, un peu effaré tout de même. — Nous ne pouvions pas nous douter que ça aurait ces proportions-là !...
FRANÇOISE. — Ah! le fait est qu'elle sont grandioses, les proportions!...
JEAN. — Ce que nous allons prendre, si tout se découvre!...
JACQUES. — Gomment veux-tu que...
JEAN. — Gomment?... Parce que le vieux nous a reconnus, pardi!...
JACQUES. — Que non!... Gomme ça, en flanelle de tennis, il aurait reconnu les deux chics types en redingotes qui ont représenté avant hier, avec tant de dignité, les trop justes revendications de Monsieur Dantibes frère...
Il rit.
JEAN. — Je te conseille de rire, animal!... D'autant plus que c'est de ta faute, tout ça!...
JACQUES, sincère. — Pourquoi de ma faute plutôt que delà tienne?...
JEAN. — Non! vrai !... Tu es trop beau !... Est-ce moi qui ai semé... chez le bon monsieur Chopin et sur le perron... les cartes] qui ont vendu la mèche?...
JACQUES. — C'est vrai!... Je n'y pensais plus!...
ROSETTE. — Elle a pas l'air à la coule, la vieille dame!... iJJn temps,) Le Bon Dieu fait joliment bien les choses, tout de même !...
FRANÇOISE, étonnée. — Pourquoi dis-tu ça?...
ROSETTE. — Parce que si, moi, j'avais choisi une femme pour ce vieux pas sympathique... car il est pas sympathique!...
j'aurais sur choisi une femme comme ça...
pour qu'il ait un peu de colon... Autrement,
ça serait pas juste!...
MADAME DUPiEU, quî a coiitlaué à parler , K — Elle a un toupet, cette femme!... Et sa Bk mère, donc!... Car c'est pas sa bonne, la ^p grosse, c'est sa mère ! . . . Elles se ressemblent
d'ailleurs comme deux gouttes de suif!...
({Mouvement de Monsieur Dupieu.) Suif vous choque?... Allez vous défendre la peau de voire cocotte, impudique?...
MONSIEUR DUPIEU. — Ma bonuc amie, je te ferai observer que je ne défends rien du toul, par la bonne raison que tu ne m'as pas laissé dire un seul mot...
MADAME DUPIEU. — AUcz!... DitCS?...
Dites tout ce que vous voudrez !...
MONSIEUR DUPIEU. — Hier... à la suite du procès-verbal publié par les journaux... j'ai reçu au magasin la visite d'une dame...
MADAME DUPiEu. — Une Dame !... 11 appelle ça une Dame !...
MONSIEUR DUPIEU. — D'une demoiselle, si lu veux...
MADAME DUPIEU. — Non î . . . Je ne veux pas!... Quand on parle de ça, on dit une fille...
MONSIEUR DUPIEU. — Comme lu voudras... Donc, j'ai reçu la visite d'une fille... Elle venait me demander si je pourrais lui procurer l'adresse des témoins de son frère... Je n'avais pas ces adresses... Mais je me suis souvenu qu'un des témoins de monsieur Danlibes, avait perdu chez Chopin la carte d'un de ses amis... J'ai promis à cette dame... {Mouvement de madame Dupieii.) à celle fille... d'aller chez cet ami m'enquérir de l'adresse qu'elle cherchait...
MADAME DUPIEU. — Vous u'aviez pas honte de faire cette promesse?...
MONSIEUR DUPiEU. — Pas honte cki tout !... C'était une innocente promesse !... Il était convenu que, quand j'aurais l'adresse, je la porterais chez... chez... rue Weber enfin... Je ne pouvais guère faire autrement...
MADAME DUPIEU. — La postc u'cst pas faite pour les chiens !...
MONSIEUR DUPIEU, fi'oidement. — Non !... Mais mademoiselle d'Antibes était très pressée d'avoir cette adresse... Alors...
Il s'arrête.
MADAME DUPIEU, îrouique. — Alors comme vous ne l'aviez pas, l'adresse, qu'estce que vous êtes allé faire rue Weber?...
MONSIEUR DUPIEU. — Je suis allé dire que je ne l'avais pas...
MADAME DUPIEU. — Et c'cst poup ça que vous avez apporté un souper complet de chez Parié...
MONSIEUR DUPIEU.
MADAME DUPIEU. — Poui* ça quevous êtes resté jusqu'à ce matin chez cette fille... à gaspiller votre santé... sans parler de votre argent...
MONSIEUR DUPIEU. — Si !... Paiions-eu au contraire... car je n'ai pas dépensé un sou.. J'ai tout ce que j'avais d'argent sur moi en quittant le magasin... J'ai emporté... mais tu vas croire que je ne te dis pas le vrai chiffre...
MADAME DUPIEU, Gvec uu geste magnifique. — Vous ne pouvez pas me tromper... J'ai vu le caissier!... Je sais exactement ce qu'il vous a remis... Ça vous vexe?...
MONSIEUR DUPIEU, Vairravî. — Au contraire, ma bonne amie, ça m'enchante... car tu vas voir par toi-même l'injustice de tes soupçons... J'ai emporté...
Il lire son portefeuille de sa poche.
MADAME DUPiEU — 11 y avait ti'ès peu en caisse... et le caissier a conservé comme toujours cinq cents francs... Il vous a donné dix-huit cent cinquante francs... en un billet de mille, un de cinq cents... et sept billets de cinquante francs... Est-ce bien ça?...
MONSIEUR DUPIEU. — G'cst ça même!...
Et je vais te montrer... [Il ouvre soii portefeuille, puis la pochette intérieure, et en sort le contenu d'un geste belliqueux. Tout à coup sa p,gure se bouleverse et il fouille désespérément dans le portefeuille.) Oh ! . . . Oh ! . . . Par exemple ! . . .
MADAME DUPIEU, ironiquc. — On la connaît, celle-là!...
MONSIEUR DUPIEU, Uvidc et atterré. — Mais... je te jure... que... que j'avais là cet argent... et...
MADAME DUPIEU. — A d'autrcs î . . . {^E'/Zô
s'aperçoit quil est vraiment bouleversé et stupéfait.) Ah !... Est-ce que... {Cri de triomphe,) Ah î... Il s'est fait entôler !... C'est complet!...
MONSIEUR v>\jv\E\j, il devient brusquement très rouge. — Mais... je... (// continue à fouiller dans son portefeuille.) Voyons!... voyons !... J'avais mis dans cette pochette les dix-huit cent cinquante francs... et je n'en retrouve que cent cinquante... (// recompte les trois billets de cinquante francs qu Anémone lui a laissés.) Parfaitement... cent cinquante...
MADAME DUPiEU. — Oh!... Yous aui'cz heau compter... Vous ne trouverez pas ce qu'on vous a pris... Vous êtes refait, Monsieur Dupieu!... (A Madame de Baincy.) Je vous réitère mes excuses, Madame !...
MONSIEUR DUPIEU, à Monsieur de Rainvj/.
— Je suis, vraiment désolé, Monsieur, que
ma femme ait cru devoir me relancer jusque chez vous...
MADAME DUPiEU. — G'cst asscz causé!...
[Abandonnant le ton sur lequel elle a jiarlé jusque-là à son mari.) Allons, viens î...
MONSIEUR DUPIEU. — Je vicus, ma bonne amie... je viens... Mais auparavant... je voudrais demander à Monsieur (// se tourne vers Monsieur de Raincy.) de vouloir bien faire appeler monsieur de Lamarche-Duperron... ou le comte Roleur... qui sont là... à la fenêtre... {Il indique la fenêtre d'oie Jacques et Jean viennent de disparaître.) Du moins, ils y étaient il n'y a qu'un instant...
MONSIEUR DE RAINCY. — Oui, Mousicur,
oui... je vais vous les chercher...
MADAME DUPIEU. Elle S élance vers Monsieur de Raincy^ quelle saisit ^9rtr le bras et secoue. — Je ne veux pas!... Je vous le
défends!... C'est bien ça!... Vous le met-
triez en rapport avec ces gens-là!... (A son mari.) Pour avoir encore une réponse à porter rue Weber, n'est-ce pas?... une autre nuit?... avec un autre fiacre !... [A Monsieur de Rai7icy.) Vous êtes tous de mèche ! . . . Satyres!...
Elle chasse son mari devant elle jusqu'à la grille. Les domestiques, accourus au bruit, regardent sortir en riant Monsieur et Madame Dupieu. Joseph leur ouvre la grille.
MONSIEUR DE RAiNCY, exaspéré. — C'est vraiment trop fort!... (A Joseph.) Voulezvous dire à monsieur Jacques et à monsieur Jean de venir immédiatement me parler ici...
MADAME DE RAiNGY, qui cJierche à se mettre en travers, — Mais... est-ce que vous oroyez que...
Jacques et Jean i)araisscnl.
MONSIEUR DE RAiNCY, amer. — Oui, je crois que...
JACQUES, il paie d'audace et s avance â! un air aimable. — Tu nous demandes, P'pa?...
MONSIEUR DE RAINGY. Tu FaS dit!...
Je vous demande... (On sonne à la grille.) Qu'est-ce que c'est encore?...
FRANÇOISE, elle est toujours à une fenêtre du premier étage. — Un fiacre...
ROSETTE, elle est aussi à la fenêtre. — Avec une grosse dame!... [Plus bas.) Une dame pas ordinaire... faut voir ça d'près !...
Elle quitte la fenêtre et descend précipitamment suivie de sa sœur.
JOSEPH, à la grille j cherchant à repous^ ser Madame Pillard qui veut entrer. — Mais Madame... y a personne...
MADAME PILLARD, elle cst cc qu'elle ap' pelle « en tenue de ville » et beaucoup plus
étonnante encore quen néfjUfjé. Boiidiiiéc clans de vieilles défroques de sa fille, elle a \ui costume de satin mordoré tout défraîchi et elle est coiffée d'un immense chapeau de crin noir couronné de roses, qui tremble au sommet de sa tête dégarnie de cheveux. Elle repousse Joseph cVune bourrade et lui indique les Raincy massés sur le perron. — Personne!... Vous êtes donc aveugle, mon garçon?...
MONSIEUR DE RAINCY, il regarde, horrifié, Madame Pillard, qui s'avance en roulant dans Vallée. — Ah!... grand Dieu!... Qu'est-ce que c'est que ça?...
JEAN. — C'est un Abel Faivre!... (7/ rit.^ MONSIEUR DE RAINCY, furieux. — Je te conseille de plaisanter!... Tu... (// s aperçoit que sa femme et ses filles ont le fou rire et cela achève de V exaspérer. Il se tourne vers son frère, mais V oncle Etienne regarde, lui aussi.
la gi^osse dame en riant.) Ah!... Vous trouvez ça drôle!... Moi pas!... [Il s'avance, menaçant, vers Madame Pillard.) Qu'est-ce que vous désirez, Madame?...
MADAME PILLARD. G'est-y VOUS IcS
témoins du diiéell...
MONSIEUR DE RAINGY, Crispé Oh!...
[A Madame Pillard.) Non !...
MADAME PILLARD. Aloi'S c'cst VOUS
Monsieur d'Raincy?...
MONSIEUR DE RAINCY. Oui!...
MADAME PILLARD. Oui !... NoU !...
Vous avez pas peur d' vous fatiguer à jaspiner?... Prenez garde!...
MONSIEUR DE RAINGY. — !
MADAME PILLARD. Où c'cst qu'y
sont?...
MONSIEUR DE RAINGY. Qui?...
MADAME PILLARD. — Les gcus diiduéel?.., (Elle sort d'un petit sac un papier très sale
quelle lit avec difficulté.) — M'sieii d' Lamarche-Duperron et 1' Comte Roleur... J'ai couché ça sur un papier, pac'que c'est noms à coucher dehors que j* les aurai jamais r' tenus !...
MONSIEUR DE RAINCY
MADAME PILLARD. Sout paS ici?...
MONSIEUR DE RAINCY. — Mais uon, Madame !...
Il la regarde avec effarement.
MADAME PILLARD. — Est-cc quc j'ai mon galurin d' travers ?... [Elle envoie une tape dans son chapeau) qu'vous êtes là à vous écarquiller?...
MONSIEUR DE RAINCY
MADAME PILLARD. — Sout pas ici?... Je Tveux bien!... [Elle regarde Monsieur de Raincy en clignant de l'œil.) Mais v' savez où qu'y logent?...
MONSIEUR DE RAINCY
MADAME PILLARD. — Y a pas ! . . . Faut que j'ies voie!... JVeux savouéi^ comment qu'ça s'fait qu'ma fille a un fréere sans qu'j'en sache rien?...
MONSIEUR DE RAINCY. — Mais, Madame. . .
MADAME PILLARD. Elle a paS VOulu
m'donner d'explications... c'quim'fait penser que c'prétendu fréere doit être qué'qu'pas grand chose... qui lui mange d'un côté c' qu'aile ramasse d'I'autr'...
MONSIEUR DE RAINCY. — Madame, je VOUS répète qu'il y a ici une erreur... un malen^ tendu... Je n'ai jamais rien su des... des personnes que vous cherchez... [Cherchant à emmener Madame Pillard qui s a'pproche du perron.) Et, si vous le voulez bien... (Il fait un mouvement vers la grille.) Je vais vous remettre en voiture...
MADAME PILLARD. — J'vcux mon reusci-
gnement... Si non, je m! incriisqiie jusqu'à tant que jl'aurai pas!...
Elle s'assoit sur une marche du perron. Aspect tassé et cotonneux. Les petites filles la regardent avec une curiosité intense.
MONSIEUR DE RAi^CY, ahsolwncnt hovs de lui^ courant sur ses fils. — Vous êtes des polissons... des polissons !...
JEAN. — Mais P'pa...
MONSIEUR DE RAiNGY. — Et quand je pense qu'il y a des gens qui ont la veine d'avoir des enfants... des enfants comme Charles Désaubry-Laluette, par exemple!... [Mouvement de Jacques et de Jean.) Oui !... Je sais que vous le critiquez, celui-là... Il est sérieux, calme, réfléchi... Il n'est pas assez joyeux!... [Se montant,) Petits polissons!... Petits voyous!...
JACQUES. — Il est certain que les choses ont tourné d'une façon déplorable... Nous
UNE pf:tite farce 249
voulions simplement faire une petite farce et...
MONSIEUR DE RAiNCY, suffoqué. — Une petite farce!... (.1 V oncle Etien7ie.) Tu. \e» entends?... une petite farce?...
Il regarde avec effroi Madame Pillard toujours écroulée sur le perron.
l'oncle ETIENNE, à mo itié rieu r , à in o itié fâché. — Charmants jeunes gens ! . . .