‹ Les petits mémoires de ParisChapitre 14 sur 34 · HOT · texte numérisé non relu

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LE CARNET D'UN SUIVEUR

Je ne sais ce qui me prit; la voiture était

libre et embaumée; j’y montai et j’y restai une heure. J'avais, par hasard, un bon

cigare. Je fis arrêter à l’Arc de Triomphe.

pour 1evenir au théâtre, et, ayant repris ma stalle à l'orchestre, je cherchai, dans la salle, mes deux inconnues; je les retrouvai rite, elles étaient au balcon. Je les rejoignis à la sortie. Oh! elles avaient du charme, sans doute... Maïs je n’ai tout de même pas retrouvé près d’elles mon heure de fiacre, en fumant ce cigare, dans cette odeur tiède

de fourrure de violette et de chair de femme.

Je passais le matin devant une petite fruiterie proprette, Beurre et œufs; surdestablettes de marbre étaient rangés les mottes de beurre, les cônes verdâtres des épinards et des chicorées, avec, au-dessous, les casiers où étaient les œufs classés suivant la catégorie de leur manque de fraîcheur.

À la porte, sur d’étroites tables, se dres-

saient, dans des paniers, des pyramides de

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rainettes, des bottes de carottes et de navets, des sacs de pommes de terre, des paniers de raisins, des caisses de mandariues, etc. Deux énormes potirons, aux coins de la boutique, faisaient flamber leurs tons de chrome et semblaient être de monstrueux Boudhas à la porte d’un temple japonais.

Devant toutes ces choses maraîchères, une petite femme brune, à l’œil vif, au geste rapide, rangeait les marchandises, cherchait dans les paniers, mettait en tas les bottes de salsifis et les artichauts. Elle était en jupe courte, relevée derrière, avec un tablier blanc toujours marqué de petites taches roses qui étaient le sang d’un lapin qu’elle avait dépouillé.

J'étais réellement aguiché par cette petite fruitière, me disant chaque jour: « Ah! si elle vendait des cols de chemise ou du tabac, je ne serais pas long à faire sa connaissance. Mais, quoi faire, quoi acheter dans cette fruiterie? Je fus plusieurs jours sans oser entrer. — je me risquai et me trouvai en

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