‹ Les petits mémoires de ParisChapitre 19 sur 34 · QUELQUES-UNES · texte numérisé non relu

QUELQUES-UNES

-E voilà classant, à mesure que les papiers se présentent sous ma main, ceux qui n’étant pas que de simples notes paraissent avoir été tirés d’un fait ou d ’une vision, d’un tableau ou d’une aventure au sujet desquels Béjarol a trouvé bon de s’étendre un peu.

Certaines de ces feuilles ont même une tournure de littérature, on y sent des pages préparées pour l’imprimerie. Je publie les pages telles qu’elles sont. Je n’ai pas à les corriger. Il y en a la matière d’un volume.Quelques-unessuffiront pour donner une idée des autres.

Elles n’ont la plupart, ni origine, ni date — on ne sait d’où elles viennent ni la distance qui les sépare — chez ce classeur de papiers, c’est toujours la même méthode d’imprécision : ni

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dates, ni noms, ni endroits. IL semble qu’il ait voulu laisser à tout cela quelque chose d’impersonnel et d’imaginé. Béjarol n’était pas vaniteux, le «moi » lui faisait un peu peur; et, s’il s’en est servi, c’est que ce «moi» pouvait appartenir à tout lé monde.

«C’étaiït au lunch quisuivitlemariage d’un personnage important du ministère. Quelques chefs de service y étaient invités. Je faisais partie de ces privilégiés ; et, comme une journée à passer loin du bureau était une aubaine, je me rendis à ce lunch qui fut aussi lamentable que le comporteune réunion de gens qui ne se sont jamais vus.

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Je retrouvai, là, la délicieuse femme qui devait faire une vie épouvantable à mon chef méridionalmaussade et malfaisant; ce bourru

avait une barbe qui lui mangeaït des yeux sur lesquels retombaient des sourcils quirejoignaient cette forêt de poils. |

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Je taisais, depuis longtemps, un brin de ; cour à la femme de ce charbonnier, grand rl 170 2 1

LE CARNET D'UN SUIVEUR

fumeur, duquel j'avais gagné les bonnes, grâces, en lui donnant des boîtes de cigares de choix que je disais recevoir d’un ami d'enfance, fonctionnaire à la Havane; quand, en réalité, je les achetaïs; ce qui, en même temps, était une façon d'acheter les rares expressions de bienveillance qui pouvaient se mouvoir dans cette barbe noirâtre.

Je voyais, dans une maison amie, ce ménage dont la femme adorablement rose, f:isait contraste avec ce bloc d’anthracite.

Cette maison amie était sinistre, on y donnait des petites soirées décevantes ; on y mangeait des petits fours à la poussière, et les punchs avaient un goût de pommade qui ne devait être que le résultat de la combinaison économique qui présidait à leur confection. Je n'’allais dans cette maison que pour voir la femme de mon chef.

A ce lunch, je trouvai, et je le pensais bien, la femme de ce Jean Hiroux que je gavais de havanes. Lui, avait dû regagner le bureau. Je le savais; sa femme m'’ap-

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# ‘ 1) A NE SRE prit qu’un travail en retard le mènerait jusqu’à minuit, qu’elle ne rentrait pas chezelle, et qu’elle allait dîner, chez des amis, à Rueil. te — Je vous envie, lui dis-je, par ce beau temps; c’estune joie de dîner à la campagne.

— D'autant plus que chez mes amis on

mange dans le jardin, ajouta-t-elle. | — C'est le rêve. Et les soirées sont si belles ! que, volontiers, on s’attarde devant la pâle lune qui laisse tomber sur les nappes

blanches de si jolies taches de lumière!

— Oui, mais je pars tôt, il faut que je

prenne le train à 9 h. 1/2. | — Oh! on s’attarde volontiers, surtout par cette chaleur...

— Oh! non, je ne manquerai pas mon à train de 9 h. 37. ‘10 Une heure avant l'arrivée de ce train, j'étais à la gare Saint-Lazare, grillant des eigarettes devant la porte de sortie. Je regardais l'heure à chaque instant! enfin, le train arriva; et, dans la foule, je reconnus

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