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très vite l’adorable petite femme de mon paourd de collègue. Je me plaçai devant elle en riant.
— Oh! quelle folie ! — Notons qu’ellem'attéendait; je l’ai su après; et c’est ostensiblementqu’elle m'avait renseigné sur cetteheure detrain qui m'eut été bien indifférente, si je n'avais su que c’était une occasion rare de la trouver seule.
Elle savait aussi qu’on pouvait manquer un train et prendre le suivant, ce qui lui donnait une heure de liberté,
Cette heure de liberté, désirée depuis longtemps, fut fort bien employée.
Un tramway qui venait de la gare passait devant sa porte. Nous primes une voiture que je fis arrêter pour qu’elle put prendre le tramway d’où elle devait descendre, mais, resté dans le fiacre, je la suivis quand même, et je la vis descendre devant chez elle... A la fenêtre, j’aperçus une tache
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noire ét broussailleuse, piquée au milieu par an point de feu : c'était lé barbon qui fumaic an de mes cigares. |
Au bureau, le lendemain, il me dit :
— Eh! bien, et cette affaire, ça s’est bien passée? Quelle belle soirée! J'ai travaillé ju-qu’à 11 heures et je me suis mis à la fenêtré attendant ma femme qui était à dîner chez des amis à la campagne.
— Oh! moi, javais pincé une migraine et, à six heures, j'étais couché.
Quoiqu’elle eut une petite tête naïve de gamine il eut été dommage de lui donner le Bon Dieu sans confession, à part, que toutde ‘même, ç’eût été imprudent.
Mais ses confessions, ses confidences plucôt, étaient si drôles que, traduites à l’aide de toutes les images et de toute la cocasseris dont son esprit de faubourg les assaisonnait, c'était un vrai régal de les écouter sortir de s& bouche gamine.
Elle avait une figure à la va-comme-jete-pousse, où tout était de travers et mal en place, et on ne comprenait pas, Ju tout d’où lui venait le charme endiablé qui se dégageait de sa physionomie mobile, de la drôlerie . deses gestes, et d’où pouvait venir toute la saveur quise dégageait de ses propos d’atélier.
Elle était gourmande comme une chatte, et son bec était toujours poudré de miettes de brioches ou de pralines. De ses poches, qu'elle vidait pour chercher son mouchoir, s'échappaient toujours des crottes en chocolat roulées dans du papier, des mandarines et des morceaux de pain d'épice aux amandes qui étaient un de ses régals préférés.
Elle avait un amant qui était étudiant en droit. Il lui payait sa chambre, ses toilettes et sa pension dansun petit restaurant de la rue Monge. Elle l’appelait « Bébé rose ». C'était un être poupin destiné à être cocufié plus tard, sous le couvert des panonceaux d’une étude de notaire de département.
Je l’avais rencontrée à un bal de l’Inter-
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nat et, de temps en temps, elle venait m’attendre à la sortie du bureau. ‘
Je l’emmenais dîner dans des restaurants où les plats étaient copieux, car elle... boulottait comme un gendarme. Je la comblais de toutes sortes d’entremets sucrés et de desserts, pendant que moi, je n’avais d'autre régal que d’écouter ses confidences. Elle vidait toute son âme en petits paquets, très franchement, sans avoir aucun souci de ce qu’elle disait. Elle avait une mentalité étrange ; elle n’aurait pas fait de mal à un petit oiseau mais, le sachant, elle auraït accompli des actes susceptibles deconduire son amant au suicide ou à la prison. ù
Elle me disaitquerien ne l’amusait comme de ne pas venir aux rendez-vous qu’elle lui.
donnait, pour le seul plaisir d’aller le retrouver, très tard, dans sa chambre où, sur sa table, il pleurait comme un veau (c’est elle qui parle). — Non, sivous voyiez, ces jourslà, la tête de « Bébé rose », c’est crevant!
Je vis « Bébé rose », une fois — c'était
Bon
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au bal de l’Opéra. — Elle était adorable de canaillerie dans un costume de Titi que je lui avais conseillé. Je la rencontrai, par hasard, avec « Bébé rose » en habit, la boutonnière fleurie d’œillets pâles. Il était mieux que je ne le pensais.
Je me trouvais assis à une table du buffet devant une coupe de champagne, quand elle vint à moi, toute seule.
— Je vousavais vu, jel’ai égaré. Dites donc, je prendrais bien quelque chose, j’ai faim !
Elle avait toujours faim !
Je demandai une coupe et un sandwich.
— Ÿ à pas autre chose?
Je l’arrêtaiau momentoüelisallait demanderunragoût de mouton ou un bœufaux choux.
Malade, et réfugié en Provence chez un vieil oncle, je disais à Béjarol « Ecris-moi, tu dois avoir des aventures d'amour à me ra-
conter; elles m'aideront à patienter et à attendre la fin de mes misères ».