‹ Les petits mémoires de ParisChapitre 21 sur 34 · RUE ER · texte numérisé non relu

RUE ER

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LE CARNET D UN SUIVEUR

Je retrouve sa lettre :

Mon cher ami,

Je n'ai rien à te raconter, mais je classe des papiers et je retrouvel’histoire d’un rendez-vous d'amour où je t'avais prisune fois par hasard pour confident. |

Te rappelles-tu, ami, cette apparition blanche, un matin d'avril, sur le quai d’une gare de banlieue. Tous deux, nousattendions le train; toi, indifférent, moi, livré à toutes les angoisses de l'attente, de cette attente qui vous sème dans l'esprit qu'elle est vaine et inutile ; qu'Ælle ne viendra pas... celle qu'on attend. Elle m'avait si souvent promis... elle promettait toujours ! Et cette angoisse s'augmentait de ta présence;

du ridicule que j'allais offrir à tes yeux de

blagueur, à ta bouche qui serrait entre ses lèvres l'ironie irréductible qui est en toi et qui, sans que tu me dises rien, allait me mordre la peau jusqu'aux os...

Nous attendions donc... le train ne venait pas ; quand on attend, le temps n’a plus

: | Sat

LE CARNET D'UN SUIVEUR de base d'appréciation. Une minute est une beure! On tire dix fois sa montre avant que l'aiguille qui marque les secondes ait fait le tour de son petit cadrar, Nous attendions..….le train n’arrivait pas, par la raison bien simple que l’heurede son arrivée n'était pas encore venue. N'importe... pour moi, il était en retard... Enfin, au loin, un coup de sifflet retentit..…. un léger nuage de fumée couronna un pommier en fleurs, au loin, derrière le pont qui coupait l'horizon de sa demi-lune de clarté!

.….. Le grincement des essieux à l’arrêt.... les portières s’ouvrirent..... Quelques paysans avec des paniers descendirent, puis, d’autres gens... cependant, une femme à petitetête de Diane, en complet . de piqué blanc, l’ombrelle tenue comme une houlette par une petite main gantée descendit à son tour.

Tu ne m’as pas regardé à ce moment-là?

Je devais avoir dans les yeux tous lesrayons

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LE CARNET D UN SUIVEUR

de soleil du département. Oui, c'était bien

Elle. Pourune fois, ou deux, ellem’avait tenu promesse. Elle était venue! Oui,oui,oui, c'était bien elle!.... Tu ne te rappelles pas comme elle était jolie!

Nous allâmes droit devant nous. Nous

traversâmes un pont, lequel? Quelle rivière?

Puis, nousnousattablâmes dans une auberge, au bord de l’eau; nous avons dû manger dela

friture, c’est probable, je n’en sais rien, boire du vin aigre, c’est possible, je ne me souviens que de ceci: c’est qu’au dessert, nous te quittâmes pour aller cueillir une branche de sureau; et, qu’en secouant l’arbre les fleurs neigeaient sur nos têtes; je sais aussi qu’un canot passa,et j’ai dans l’oreille le bruit de cadence des rames, et le ciapotis

de l’eau sur les bords de la rivière pendant

que je voyais tout l’azur du ciel dans ses yeuxet que j’ai encore, après si longtemps, le goût d'amande de ses lèvres qui me grise comme un parfum qui ne s’est jamais évaporé.…

LE CARNET D'UN SUIVEUR

Tu devais te dire : quelle préface? Eh

bien! mon cher, je n'ai jamais lu le livre.

J’emboîtai le pas, un jour, rue de Rivoli, à une petite femme enveloppée d’une pelisse et coiffée d’une minuscule toque d’astrakan qui couvrait à peine le chignon roux d’une abondante chevelure ; l’ayant dépassée, je vis un nez tout petit, de ces petits nez gourmands qui paraissent chercher des sensations dans l’imprévu de la rue. Ces petits yeux blagueurs, avaient piqué leur lueur dans les miens et je suivis ferme, passant derrière l’église St-Merri, pénétrant dans ces vieilles rues du quartier du Temple pour arriver rue de Rambuteau sous une petite porte, où ma chevelure rousse, surmontée d’une toque, s’engouffra après m'avoir jeté encore une petite lueur de ses yeux.

Je grimpais les marches d'un escalier quand, tout d'un coup, se retournant, dans un éclat de rire, ma petite frimousse me jeta au nez :

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LE CARNET D'UN SUIVEUR

— Non, c'esttrop rigolo, maïs, jen’ose pas

aller jusqu’au bout; je voulais vous monter un bateau; je vous améenais chez des amis, où je vais tirer les rois, pour voir la tête que vous feriez. Mais, comme je rejoins mon mari et que c'est un pisse-vinaigre, qui ne comprendraït pas la blague, ça ferait du chichi. Allezvous en. | Je crus devoir être brave : « Vous m'avez

laissé vous suivre jusqu'ici et je vous obéi-

rai; mais, si vous voulez pousser jusqu'au bout la plaisanterie que vous vouliez me faire, j'en accepte les conséquences.

— Non, me répondit-elle, d'abord parce

que, quoique m'étant laissée suivre, je suis …

une petite femme sérieuse, et, ensuite, parce qu’il vaut mieux que nous prenions rendez-vous demain à cinq heures, au bureau à omnibus du Châtelet.

Je n'ignorais pas qu'il y avait quelque danger à risquer une aventure avec la délicieuse créature qui était la femme de ce sire

L'apies

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peu débonnaire, ancien avoué jeté dans les affaires, homme retors et dont il fallait se

méfier.

Il était grand, fort, avec une tête sans barbe, des yeux torve et une bouche de batracien qui paraissait rejeter de honteux liquides chaque fois que ses lèvres plates et décolorées se disjoignaient.

Le désir de faire cocu cet homme jaloux comme douze tigres était des plus avouables, mais, l’ivresse de mordre à belles dents les petits frisons du cou de sa femme suffisait à expliquer toutes les imprudences. |

Je ne raconterai pas comment une longue et patiente diplomatie nous avait jetés dans une chambre d'hôtel d'exportation aux environs du Champ de Mars, où, enfin, nous étions tranquilles et porte close.

Et, comme un gourmand, sûr que rienne lui échappera de la gourmandise convoitée, Je me laissais aller à l’énervante analyse de tous les joyaux qui, l’un après l’autre,s’offraient à moi.

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LE CARNET D'UN SUIVEUR PER

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out d’un coup, à la porte, on frappe:

Bon, ca y est! C’est le batracien. Je m’y x0) attendais, pensai-je, pendant que ma compagne apeurée, s’enveloppait dans un des rideaux.

Je ne répondais pas.

— Pan, pan.

— Qui est 1à?

— Le garçon, monsieur, c’est pour avoir un corset énveloppé dans un journal, qui doit être sur la toiletté,

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