SCÈNE xn
LÉONCE, Laube, puis François, puis Blandihet.
Laube {entre en brodant le sachet auquel travaillait Mme. Blandinet à la première scène. Elle va s'asseoir à droite).
Léonce (l'apercevant). Comment, vous travaillez à ce sachet . . .
LAUTiE. Il le faut bien, puisque ce matin vous avea empêché Madame Blandinet de le terminer.
LÉONCE. Ah ! . . . elle vous a rapporté notre eonversudon?
Laure. Passez-moi la soie, je vous prie . . .
LÉONCE. Voilà, m;^demoiselle ... (// va rhercher la toie dans la corbeille qui se trouve sur le guéridcni.)
IjAV^Vi, Je CTOjai» trouver mon père ici . . .
LÉONCE, n me quitte à l'instant . , . mais il va revenii . . . je viens d'avoir avec lui une conversation . . .
Laure (curieuse). Ah ! une convei"sation . . . sur quel sujet ?
LÉONCE {avec intention). La soie, mademoiselle?.. Ift viici ! {Il la lui donne.)
Laure. Mais, non !.. .je ne vous la demandais pas . . .
LÉONCE {allant près du guéridon). Pardon ... je croyail . . . {Un temps.) Jolie journée aujourd'hui . . . (// s'a*tied.)
Laure. Charmante !
LÉONCE. Le ciel est d'une pureté ! . . .
Laure. Voj^ons ! ne me taquinez pas ! . . . Qu'avezvous dit à mon père?
Léonce. Je lui ai parlé d'une demoiselle . . .
Laure. Ah !
Léonce {vivement). Que vous ne connaissez pas . . . une demoiselle que j'aime ... et que je voudrais épouser . . .
Laure. Et . . . qu'a répondu mon père ? . . .
Léonce. Il m'a dit d'espérer . . . {Il se lève et va prêt d'elle.)
Laure {joyeuse, se levant). Ah! {Cliangeant de ton.) Après ça, du moment que je ne la connaip pas'
François (entrant, à lui-même). Me voilà tirtf>iJJé ! . . . (Apercevant Laure et Léonce.) Oh ! oh ! ... jo rous dérange?
LÉONCE. Mais du tout ! Mon oncle, Mademoiselle Laure Aubertin que je vous présente . . . (// laisse passer François devant lui.)
François (saluant). Mademoiselle, j'ai fait des affaires avec votre père . . . c'est un travailleur ... et je vois que vous tenez de lui . . . vous avez raison . . . moi, j'aime les gens qui travaillent . . .
LÉONCE (à part). Cest pour moi qu'il dit ça !
François. C'est gentil ce que vous faites là !.. . Comment appelez-vous ça ?
Laure. C'est un sachet pour serrer les mouchoirs... an lot pour une loterie de bienfaisance . . . dont je place les billets . . .
François {à pa\i). Aie! j'ai mis le pied sur an«i trappe!
f4 LES PETITS OISEAUX.
Lâdbe. D s'agit de pauvres orphelins à secourir . . .
Fraj^çois (à part). Je la connais celle-là!
Latjbe (qui a tiré des billets de sa poche). Combien en désirez-vous ?
LÉOXCE. Allons, mon oncle !
François. Oh! moi!... j'ai souvent pris de ces machines-là ... et je n'ai jamais gagné qu'une fois . . . une paire de pantoufles . . . trop petites !
Laure. Voyons ! je vous porterai bonheur . . .
François. Allons 1 en tenez-vous pour vingt francs ? . . . Alors. donne»-m'en ! . . . (^ part.) Quand on a fait des affaires avec le père . . . (Il donne vingt francs, Laure lui remet les billets.)
Blandixet (entre en calculant sur son carnet). Trenteun mille ... et vingt-cinq Lyon ^* à mille quarante . . . j'aurai mon affaire . . . ( Voyant Léonce.) Ah ! Léonce !
LÉONCE. Mon père?
Blandinet. Prends ton chapeau et cours chez Durandet, mon agent de change ... tu lui diras de me vendre vingt-cinq Lyon ... au mieux.
Léonce. Oui. mon père . . .
Blandinet. En te pressant un peu, tu arriveras avaat la fin de la Bourse.
Léonce. Je vais prendre un cabriolet . . . Mon oncle ! . . . Mademoiselle. (Il sort, Laure raccompagne, puis elle redescend à gauche, s'assied près du guéridon et travaille.)