‹ Les petits oiseaux; comédie en trois actes. Par MM. Eugène Labiche et Delacour [pseud.] With English notesChapitre 2 sur 52 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

Henriette, Léonce, Blandinet, pms Joseph.

i^ENRiETTE {à <ton mari). Eh bien! est-ce fait?

Bi-ANDiNET. Est-ce fait? est-ce fait? si tu crois qu« •«la va comme ça !.. . {Dépliant son papier.) J'ai rédigé an petit brouillon . . .

LÉONCE. Oh ! que de ratures !

3lanx>;net. Ow . . . J'ai cherc »é à adoucir. {Lisant.)

LES PETITS OISEAtrX. ?

•* Mon Jiviur " . . . (S' arrêtant.) Monsieur ... à des geng dont C'D reçoit l'argent depuis vingt ans !

Henriette. Mets : Cher Monsieur . . .

Blanl»ïnet. Ah ' oui ! . . . (Prenant un crayon.) Je vais l'écrire tout de suite, parce que je l'oublierais. {Éciivant.) " Cher Monsieur "... ( Lisant.) " Cher Monsieur . . . croyez bien que c'est le cœur navré que je prends la plume pour vous écrire "...

Henriette;. Très-bien !

Blandixet. Ce n'est pas un peu sec?

LÉONCE. M<us non !

Blandinet {lisant). "Mais des raisons dont vous apprécierez la valeui quand je vous les aurai fait connaître m'obligent à prendre une grave détermination" ..

LÉONCE. Parfait !

Henriette. Après ?

Blandinet. Voilà ! . . . ^^ea suis resté là . . .

Henriette et Léonce. <Jomment ?

Blandinet. Dame ! je ieur annonce des raisons et je n'en ai pas à leur donner . . . Ah .' si j'en avais ! mais j« n'en ai pas !. . . ma maison est ce qu'elle était quand je la ieur ai louée ... je ne l'ai pas agrandie ... je ne l'ai pas îmbellie ... au contraire ... les plafonas sont noirs, les sernires crient . . . mais ce serait à eux à me demander de la diminution ! L faut être logique !

Henriette. Sans doute, mon ami . . . mais puisque tout augmente.

Blandinet (s'animant). Non ! c'est cruel, c'est odieux, fi'est méchant ce que vous voulez me faire faire là !

Léonce. Mon père !

Henriette. Voyons . . . voyons ... ne parlons plus de cela ... et viens te mettre à table . . .

Blandinet. Non ... je n'ai pas faim . . . Quand on a one pareille lettre à écrire . . .

Henriette. Eh bien ! tu l'écriras plus tard, pour le terme prochain.

Blandinet (enchanté). C'est cela ... ça me donnera le temps de chercher des raisons ... de bonnes . . . s'il /en a ' (/& j,'asseyent â table.) Ah ! ça va mieux ! (A Léonce.) Passe-moi des radis ... A propos, tu sais que mon frère François arrive aujourd'hui d'Elbeuf?

s LES PETITS OISEAUX.

Henriette. J'ai fait préparer sa chambre.

LÉONCE. Je suis bien sur que mon oncle augmente sei locataires, lui !

Blandinet. S'il a des raisons, il fait bien ... Quand ] ai des raisons, je suis très-ferme ... je suis même un peu Turc^..

Il ENRIETTE. Toi !

LÉONCE {riant). Ce pauvre père!

Blandinet. Témoin Williams, notre ancien cocher...

Henriette. Il se grisait tous les jours.

LÉONCE. Il nous versait trois fois par semaine.

Blandinet. Aussi, je l'ai mis à la porte assez vertement !

Henriette. C'est-à-dire que c'est moi qui l'y ai mis . . .

Blandinet. C'est toi... oui! mais je t'ai dit: je ne veux plus le voir ! . . . Qu'il parte ! ... et tu t'es chargée de la question de détail . . .

LÉONCE. Et vous, vous lui avez fait remettre cent francs par Joseph, au moment de partir . . .

Bl.andinet. Joseph est un bavard ! . . . (J. Léoivce.) Donne-moi à boire.

LÉONCE {lui versant à boire). Dites donc, mon père, hier à la Bourse, il courait de mauvais bruits sur votre banquier. Monsieur Turneps . . . On le dit malade . . .

Blandinet. Ah ! le pauvre homme ! . . .j'irai lui porter ma carte.

LÉONCE. Non ! . . . malade . . . dans ses affaires !

Blandinet. Vraiment ?... Ah I ça me feit beaucoup de peine . . .

LÉONCE. D'autant plus que vous avez chez lui troi« cent mille francs en compte courant.

Blandinet. C'est vrai !

LÉONCE. Et si vous vouliez m'autoriser à les retirer ? . . .

Blandinet. Oh !.. . comme ça 1 tout de suite ? . . . ç* pourrait le blesser 1

LÉONCE. Cependant . . .

Blandinet. Il faudrait lui reprendre ça tout douce* ment . . . sans avoir l'air . . . par cinq cents francs.

LÉONCE {à part). Ça n'en finira pas ! . . .

Blandinet. A i^ropos, on m'a dit que M. Mtzabraiv mon bottier, était venu ce matin .

Hfnbiette. Oui, il doit repasser . . . Encort an de tei l. jataires . . . qui te paye en phrases ! {Joseph entre aveu •m plateau sur lequel se trouvent le café et les tasses.)

Blandinet. C'est un père de famille ... et après tout, il ne me doit que six termes ! . . . (Joseph retire les assiettes et place devant chaque personne les tasses a café, puis U tucrier.)

Léonce. Six termes !

Blandinet. Oui, . . . mais il me donne des acomptes ... La semaine dernière, il m'a encore apporté trois paires de bottes.

Henriette. Que tu ne lui avais pas commandées ....

Blandinet. Cest vrai ! ... il a eu la délicatesse de me les fciire de lui-même. (Joseph sort.)

Henriette. Ce qui fait qu'en ce moment, tu as soixante paires de bottes neuves dans ton armoire . . . U'^,».^}

Blandinet. Que veux-tu ? je n'use pas ... et puis c'est votre faute ... si vous vous faisiez chausser par lui, il s'acquitterait plus vite ... Il ne demande qu'à travailler, cet homme!

Léonce. Merci ... il vous moule un pied d'éléphant 1 (Joseph rentre tenant un carafon et eau-de-vie qu^ il place sur la table.)

Blandinet. Oui, mais c'est solide ... et ça ne blesse

pftS.

Joseph. Monsieur. . .

Blandinet. Quoi?

Joseph. H y a là M. I^Iizabran ... Il ilit qu'il vient pouï son terme . . .

Henriette et Léonce (étonnés). Tiens!'

Blandinet. Là ! . . . vous voyez, U m'apporte de l'argent ... (A Joseph.) Faites-le entrer . . . (A Henriette et à Léonce.) Il ne faut pas comme ça se presser de juger le« gens . . . (Mizahran p naît. Joseph saH, emportant le plateau tt les cusiettêt.)

4vw ciTVvbL, i ■ a,v^^c.^«wô

^Y" SCÈNE IIL

BLA.Hi>mET, Henriette, Léonce, Mizabrabî.

Blajîdinet. Entrez donc, ]M. Mizabran . . . entrez 1

MiZABRAX {accent allemand). Oh 1 pardon ... je d* range monsieur et madame, je reviendrai . . .

Blandinet. Non ! restez ! je prends mon café et je suis à vous . . . Tenez ! asseyez-vous !

Mizabran (regardant à sa gauche et ne voyant pas dt siège, il pose son chapeau à terre). Oh! je ne suis pas fatigué . . .

Blandinet. Eh bien ! quoi de nouveau ? VosaflFaires reprennent-elles un peu ?

I Mizabran (tirant sa mesure de sa poche). Oh ! oh ! mes l affaires . . . {Il se met à genotix à côté de Blandinet et lui prend mesure.)

Blandinet (sans le voir). Je me suis pourtant laissé àire ... (L'apercevant.) Eh bien que faites-vous donc?

Mizabran. J'ai pensé qu'à l'occasion du terme ... (71 te relève.)

Henriette (bas à Blandinet). Toujours la même chanson !

Léonce (bas). Soixante et unième couplet!

Blandinet (bas). Je vais lui parler ... ça devient un abus ! (Haut, et se levant.) Monsieur Mizabran, j'espère que vous ne prendrez pas en mauvaise part ce que je vais vous dire . . . mais je vous avoue . . . qu'aujourd'hui . . , (regardant Henriette et élevant la voix) j'espérais un pen d'argent . . .

MiZABRA N. Croyez que . . .

Blandinet (baissant la voix). Pas tout I ... mais un peu . . .

Mizabran. Ce n'est pas ma faute, Monsieur Blandinet ... et certainement si je le pouvais . . . car, je le disais I encore ce matin à ma femme, il n'y a pas de plus grand ' Iwnheur que do payer son terme !

Blandinet. Très-bien . . . ces éentimenta voua honorent . . .

MuABBAN. Mais la chaussure ne va pas . . . c'est la

guerre d'Amérique qui en est cause ... Je 3^ j)eux rien, moi!

Blandinet (à sa femme et à son fils, en se '■asseyant à table). Le fait est qu'il n'y peut rien . . .

]^liZ4BRAN. Sans compter que ma femme est malade 3t que mon petit dernier a la coqueluche ... H tousse à fendre vos plafonds . . .

Blandinet. Ah çà ! mais . . .

MiZABRAN (vivement). Mais on y prend garde...

BtANDiXET. Je vous en remercie . . .

MiZABRAN. Même que nous ne pouvons pas faire de feu dans la chambre.

Blandinet. Pourquoi ?

MiZABRAN. Ça fume à vous manger les yeux . . .

Blandinet. C'est la suie . . . Avez-vous fait ramoner?

MiZABRAN. Oh ! monsieur . . . deux fois par an 1 . . .

Blandinet. Alors, c'est la cheminée . . .

MiZABRAN. Probablement ... et si c'était un effet de votre bonté de nous faire poser une petite trappe et une petite ventouse . . .

Blandinet (d Henriette). Le fait est que . . . {Henr riette lui fait un signe. Se récriant.) Ah ! permettez 1 Vous me demandez des réparations . . .

IMiZABKAN. Moi, mout^ieur? je ne demande rien... Monsieur est trop juste pour qu'on lui demande quelque chose ... Si monsieur l'exige . . . nous continuerons à ne pas allumer de feu . . .

Blandinet. Je ne dis pas cela.

MiZABRAN. Ce qui ne m'empêchera pas de faire ramo ner la cheminée ! . . . parce que je suis un bon locataire . . .

Blandenet. Je le sais ... je le sais . . .

MiZABRAN. Croyez bien que si mon petit dernier n'avaif pas la coqueluche ... et ma femme vme fluxion . . .

Blandinet (à joa;-<). Pauvres gens! {Haut.) Voyons' une trappe et une ventouse ... ça ne doit pas être ime grosse allaire . . .

MiZABRAN. Oh ! rien du tout ! c'est-à-dire qu'avec tua méchant maçon, un fumiste et un petit architecte ... ça sera fait tout de suite !

Blandenet. C'est bien . . . soyez tranquille ... je vaii écrire à mon petit . . . («Ss reprenant.) A mon architecte . ^

MiZABRAN. Oh ! merci, monsieur — C est égal, vow m'avez fait du chagrin . . .

Blandixet. Moi ?

MiZABRAX. Oui . , . vous avez eu l'air de croire que je ae voulais pas payer mon terme . . •

Blandlnet {vivement). Je n'ai pas dit ça ! vous vous Ites mépris, Monsieur Mizabran ! . . . vous vous êtes mépris i {Il se lève.)

MiZABRA>" (pleurnichant). C'est bien pénible, quand on est honnête homme ... et qu'on a une femme malade . . .

Blandixet. Voyons ! du courage ! tout ça s'arrangera !

MiZABRAX. Oh ! je n'ai pas de chance, moi . . . adieu, monsieur . . .

Bla>'DENEt (Je retenant et bas). Eh bien ! faites m'en deux ou trois paires . . . sans le dire à ma femme !

■ MiZABBAX. Bien, monsieur ... Je ferai observer à monsieur que son pied a grossi . . .

Blandinet. Ah !

Mizabran. Ce n'est pas pour vous augmenter que je dis ça 1 . . .

Blaxdinet. Cependant ... si ça prend des proportions par trop grandes . . .

Mizabran. Non, monsieur! on n'augmente pas ses vieilles pratiques.

Blaxdinit (à part). Ah! c'est bien!... il a de çal' . . . {Haut.) Allons ! adieu, Mizabran !

Mizabran (saluant). Monsieur . . . Madame . . .

Blandinet (raccompagnant). Du courage ! du courage!

Mizabran. Ah ! monsieur, sans l'Amérique 1

Blantdinet. Ça s'arrangera ! ça s'arrangera ! (Mizabran sort.)

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