SCÈNE XL Les Mêmes, Tibubck
Blandinet. Hein ! Tiburce ?
TiBUECE (entrant par la droite, deuxième plan). Voilà.
Henriette. Ah ! (Elle se sauve dans sa chambre.)
Blandinet (à part). Lui !
Tiburce. Bonjour, mon oncle. (A part.) H a l'aii bien disposé ... je vais enlever mes vingt louis au pas de course ! . . . (Haut.) Mon oncle, j'ai une confidence à vous faire.
Blandinet. Moi aussi !
Tiburce. Ah !
Blandinet (très doucement). Eh bien ! mon amL . . nous faisons donc la cour à notre tante?
Tiburce (abasourdi). Hein ? . . . comment ! . . . qui vous a dit ?.. .
Blandinet. Elle-même !
Tiburce. Ah ! (A part.) Pas gentille, ma tante !
Blandinet. Malheureux! tu n'as donc aucun senti* ment de la famille ! Comment une idée aussi . . . exhorb» tante a-t-elle pu entrer dans ton cerveau ?
46 LES PE1ITS OlàEAUX.
TiBCRCE. Vous savez, mon oncle ... je venais tous le* jours ici . . . et alors . . . vous voyant tous les deux . . . une jeune femme ... un vieux mari . . .
Blandenet. Hein ?
TiBURCE. Oh ! mais elle n'a jamais voulu m Écouter . . .
Blandinet. Je l'espère bien ! Après ça tu ne me le dirais pas . . . Donne-moi ta parole d'honneur.
TiBDRCE. ' Ma parole d'honneur.
Blandinet. Merci. (A part.) Ça ne prouve rien.
TiBURCE. Un jour même dans l'escalier elle m'a donné un soufflet . . . sur chaque joue . . .
Blandinet (satisfait). Ah! c'est bien ça... c'est trèsbien . . .{A part.) Si c'est vrai ! . . . {Par réflexion.) Mais qu'est-ce que tu lui avais dit pour qu'elle se porte à une pareille extrémité . . . dans un escalier ?
TiBURCE. Oh ! pas grand'chose.'^-
BLANomET. Mais quoi ?
TiBURCE. Vous savez ... on veut plaisanter. {Avec feu.) Mais je n'ai pas tardé à reconnaître ma faute . . . mon crime ... je me suis méprisé . . . oui, mou oncle, je me Buis méprisé.
Blandinet. A la bonne heure ! ... il faut continuer.
TiBURCE {à part). Il s'adoucit... (Haut.) Alors, pour m'étourdir . . . pour faire diversion à cette passion criminelle ... je me suis jeté dans le désordre.
Blandinet. Bien !
TiBURCE. Dans la dissipation . - -
Blandinet. Oh! très-bien!
TiBURCE. J'ai aimé une autre femme . . .
Blandinet. Parfait ! il faut continuer.
TiBURCE {(tune voix attendrie). Une pauvre jeune fille ... une fille du peuple . . .
Blandinet. Ça m'est égal !
TiBURCE. Que je suis obligé de soutenir ... de mon travail, de mes veilles ... de mes sueurs . . .
Blandinet {lui serrant la main). Donne-moi la main, courageux enfant !
TiBURCE. C'est une ouvrière . . . dont le père eêt aven* gle . . .
Blandinet {en défiance). Ahl
TiBUKCE. Et la mère . . .
BLASDnrrr. Paralysée ?
TiRUBCE. Des deux mains.
Blandinbt. Oui . . .
TiBCRCE. Naturellement ces sacrifices ott épuisé mon petit pécule • • et je venais vous demander ... si c'était un effet de votJ^ bonté ... de me prêter vingt ... ou vingt-cinq louis . . . vons dont l'âme est si généreuse . . .
'BLAiNDiyKT (regardant autour de lui). Chut! (Tiburce coût joyeux tend la main.) Non, c'est inutile ! (lyun ton confidentiel) Mon ami ... je la connais celle-là ... A toi de tout cœnr.
TiBURCP".. Le mot de papa . . . comment . . . vous me refusez !
Blandtnkt. Considérablement !
TiBURr'E. Ah ! vous n'êtes plus l'oncle Blandinet . . . ^ ous vou» êtes frotté contre papa ! . . . Adieu !
Blanpinet. Où vas-tu ?
TiBUROE. Au café Lemblin ! le sort en est jeté. (IL stfrt par le fond.)