ACTE TROISIÈME 7d
François (après un mouvement de regret ei d’une voix mal assurée). Après ?
TiBurcE. Le marchand de meubles devenait intraitable . . . lorsque je fis la connaissance d’un marchand de châles . . . un homme très-rond ! ... il me5 compta tout de suite mes quatre mille francs sans intérêt .
FRANGoIs. Aïe!
Tigurce. Seulement il me fit comprendre qu’i serait bien aise de me vendre un cachemire de l’ Inde 10 Je n’en avais pas . . . j'y consentis . . . je lui souscrivis une lettre de change de huit mille francs.
FRANÇoIs. Malheureux! quatre mille francs de cachemire !
TiBurce. Il y en a à tout prix ! celui-là est superbe ! 15
FRANGois. Tu me le donneras . . . nous verrons, quand tu te marieras, à le placer dans ta corbeille . . .
Tigurce. C’est trop juste! (Posant un papier sur la table.) Le voilà !
FRANÇoIs (le prenant). Qu'est-ce que c’est que ça ? 20 ure reconnaissance du mont-de-piété ? ! (Marchant sur lui avec menace.) Misérable! Ah! tu mets au montde-piété !
TiBurcE (résoläment). Oui, mon père, les jours où j'ai faim ! 25 FRANÇOIS. Quoi? faim! ...et tes leçons? tes
répétitions ?
Tigurce. Je vous ai trompé . . . je n’en ai pas! FRANÇoIs. Alors, de quoi a&s-tt vécu depuis deux ans ? 30 TiBurce. Ah! ça, je n’en sais rien . . . mais il
l'un homme très-rond. ‘‘ À square man.”’ tune . .. pété. ‘‘ À pawn-shop ticket.’’
y a des jours où je me suis couché sans avoir . . . je buvais ma carafe .
FRANÇOIS. Comment! Ah! mon Dieu! . .. (A part, très-ému.) Mon pauvre enfant! mon petit 5 Tiburce ! sa carafe! , ,. (Le regardant.) Con.me il est maigre! (Z{aut.) Tiburce !
TiIBURCE. Papa ?
FRANÇoIs (lui ouvrant ses bras). Viens donc ! TIBURCE (l’embrassant). Oh! (LÉONCE entre.) Léonce. Tiens !
FRANÇOIS (pleurant). C’est bien mal de ne pas m'avoir écrit . .. Léonce! .
LéoncEe. Mon oncle ?
FRaNÇois. Pourrait-on se procurer tout de suite 15 trois ou quatre biftecks et une bouteille de bordeaux ? Léonce. Très-facilement . . . si vous voulez passer dans la salle à manger . . . Joseph va vous servir . FrANÇois. Ce n’est pas pour moi . .. je n’ai pas faim.
20 TIBURCE. (ému). Oh! moi non plus !
FRanNGÇois. C’est possible . . . mais je veux que tu manges ! je veux que tu te refasses !
TIBURCE. Pour vous obéir! ! .
FRANÇois. Donne-moi le bras . .. je veux te re- 25 garder manger . .. Pauvre enfant ! (Lui tâtant le bras et à part.) Comme tout cela est maigre, mon Dieu ! que tout cela est maigre! ... (Il le regarde, l’embrasse, puis le prencnt par-dessous le bras.) Viens! (ZI sort avec TIBURCE par la gauche.)
lPour ... obéir. ‘ At your service.’