SCÈNE VIII
AUBERTIN (paraissant à la cantonade ). Une lettre ! 20 ... c’est bien! . . . donnez-la-moi !
BLANDINET (à part). Lui!
AUBERTIN. Ah! mon ami! quelle joie! quel bonheur ! je suis sauvé !
BLANDINET. Quoi ? 25
AUBERTIN. Mon navire . . . la Belie-Irma . . . il est au Havre !
BLANDINET. Ah! bah!
AUBERTIN. Entré ce matin! je viens d’en recevoir
la nouvelle! une cargaison magnifique! . . . une fortune ! . . . mais embrasse-moi donc !
BLanDiNeT. Avec plaisir! (ls s’embrassent. À part.) Sapristi! et ma lettre !
5 AUBERTIN. Je viens t’annoncer cette bonne nouvelle et te dire que je n’ai plus besoin de tes cinquante mille francs !
BLANDINET (à part). Si je l’avais su !
AugerTIN. Mais vois-tu, Blandinet . . . non, Ed-
10 mond ! (ils se serrent la main) mon vieil Edmond !
BLANDINET (gêné). Gustave! mon vieux Gustave !
AuBErTiN. Les revers de fortune nous éprouvent quelquefois bien cruellement . . . mais ils ont un bon côté . .. c’est de nous faire connaître nos vrais amis
15... (Il tient sa lettre de la main droite qu’il pose sur l'épaule droite de BLANDINET.)
BLaANDiINET (étendant la maïn). Oui . . . ma lettre!
AUBERTIN (retire sa maïn et la pose sur l'autre épaule). Aussi, jamais . . . jamais, entends-tu, je n’oublierai ce
20 que tu as fait pour moi !
BLANDINET (même jeu). Ne parlons pas de ça!
AuBERTIN. Et nos enfants! nos chers enfants ! vont-ils être heureux!! Hier, Léonce m’a demandé la main de ma fille .
25 BLANDINET. Oui . .. je sais . .
AUBERTIN. Mais tu comprends que dans la position où je me trouvais . .. mon navire perdu . . . j'étais ruiné! je n’ai pu lui répondre qu’une chose : Attends, mon ami , .. fais comme moi . . . espère !
30 BLANDINET. Comment ?
AuBerTiN. En bonne conscience, je ne pouvais pas
donner à ton fils une fille sans dot.
1vont . .. heureux. ‘ Won'’t they be happy !”