DISSERTATION SUR LES JEUX OLYMPIQUES
La gloire fut toujours pour les Grecs la source de toutes les vertus et le principe des actions les plus héroïques : lois, gouvernement, coutumes, jeux et solennités, tout dans les institutions de ce peuple belliqueux et passionné pour les grandes choses avait été combiné pour entretenir et exciter le feu sacré du patriotisme et de l'émulation. De sages législateurs avaient compris qu'il fallait ouvrir la carrière de la gloire à chaque citoyen, et donner ainsi un noble élan a chaque genre de mérite. Parmi ces inslilulions, les jeux et les combats contribuèrent d'une manière spéciale à cette splendeur à laquelle la Grèce parvint en peu de temps. Si l'on en considère l'origine et le but , il ne paraîtra plus étonnant qu'ils aient donné lieu à de si grands prodiges. Leur origine se rattachait à quelque dieu; leur but était l'immortalité.
Hercule, Thésée, Castor et Pollux et les plus grands héros de l'antiquité, non-seulement en furent les instituteurs ou les restaurateurs , mais ils se firent encore gloire d'en pratiquer eux-mêmes les exercices, cl un mérile d'y réussir. Vainqueurs des monstres et des ennemis du genre humain , Us ne crurent pas se rabaisser en aspirant aux honneurs du cirque, ni flétrir l'éclat de leurs anciennes couronnes en y ajoutant celles dont on ceignait leur tôle dans ces jeux solennels. Aussi ces victoires étaientelles l'objet des chants et des éloges des plus fameux poêles, et la Grèce entière ne lardat-elle pas à s'enflammer du désir de marcher sur les pas de ses héros el de se signaler comme eux dans les combats publics.
Mais, outre le puissant aiguillon de la gloire, ces jeux , si conformes à l'humeur guerrière des Grecs, avaient encore l'avantage de former leurs jeunes gens à la profession des armes; ils fortifiaient leurs corps, les rendaient plus n\buslcs, plus capables de supporter les travaux et les fatigues de la guerre ; en un mol, plus fermes et plus adroits dans les combats , où l'on s'approchait de prés et où la force du corps déridait ordinairement de la victoire.
On comptait quatre sortes de jeux auxquels était spécialement affecté le litre dleroi, sacrés,
I tant à cause de la haute faveur dont ils jouissaient chez toutes les nations , que parce qu'ils étaient un hommage rendu à des dieux ou à des héros déifiés, et étaient toujours précédés el suivis de pompeux sacrilices. Les deux distiques suivans rappellent a la fois leurs noms el ceux des dieux auxquels ils étaient consacrés, ainsi que les différens prix réservés aux vainqueurs :
Tetsares eisin agônet an' Ellada, testare* iroi : (H dm men thnitôn , oi duo d'athanatôn, Zlnot , litoidao , Pataimonot , Arrhomoroio , Âthla de cotinos , mêla, telina, pitu$.
Les olympiques se célébraient tous les quatre ans en l'honneur de Jupiter, a Piscou Olympie; le» pythiques, consacrés à Apollon, surnommé Pythien, étaient célébrés a Delphes, aussi de quatre ans en quatre ans; les Aéméens, qui tiraient leur nom de Némée , ville et forêt du Péloponèsc, furent établis par Hercule après qu'il eut tué le lion de la forêt de Némée; ils se célébraient de deux ans en deux ans; enfin les isthmiques avaient lieu à l'isthme de Corinlhe , tous les quatre ans, en l'honneur de Neptune.
Entre ces jeux, les olympiques tenaient le premier rang, pour plusieurs raisons ; d'abord ils étaient consacrés à Jupiter, le plus grand des dieux, cl avaient été institués par Hercule, le plus grand des héros; en second lieu, on les célébrait avec plus de pompe el plus de magnificence que les autres, et ils attiraient une immense multitude de spectateurs et d'alhlèles; enfin ils devinrent si célèbres dans tout l'univers qu'ils donnèrent leur nom aux olympiades , époques sur lesquelles les Grecs et les nations voisines établirent leur chronologie. Us tiraient eux-mêmes leur nom, soil d'Olympie, ville de l'Llidc,où ils se célébraient, soit du surnom <V Olympien donné à Jupiter, auquel ils étaient consacrés.
Leur origine se perd dans la nuit des temps, el les ailleurs grecs mêlent tant de fables aux faits historiques et embrassent des opinions si différentes qu'il n'est possible ni de les concilier ni de les suivre séparément. Diodore de
DISSE II TATION
Sicile dit que ce fut Hercule qui les institua: Eraclés o stratêyicos, sunestêsato ton Olumpicon ajjôna; qu'il n'était pas fils d'AIcmènc, mais Egyptien ou Crétois d'origine, et que la seule analogie du nom induit en erreur le» historien» qui le disent le fils d'Alcmène : Tous de metagenesterous antkropom dia lin omônumian dokein, ton ex 4lkmènés sustésaslhai tén tôn olumpi&n the$in Pausanias est du même sentiment 5 mais il lenomme Hercule Idéen Eraklei oun prosesti tô Idaiô doxa tonté agôna dialheinai prôtô , kai Olumpia onoma thesthai. (Paus. in jEliac. ) Cependant aucun de ces deux historiens ne nous dit d'une manière certaine ni en quel temps ni en quelle occasion il les institua. « Quant aux jeux olympiques, dit Pausanias, voici ce que j'en ai appris de quelques Eléens , qui m'ont paru fort profonds dans l'élude de l'antiquité. Selon eux , Saturne est le premier qui ail régné dans le ciel, et, dés l'âge d'or, il avait un temple à Olympie. Jupiter étanl venu au monde , Rhéa , sa mère , en confia l'éducation aux Daclylcs du mont Ida , autrement appelé Curètet. Ces Dactyles vinrent ensuite de Crète en Élide, car le mont Ida est en Crète, lis étaient cinq frères , savoir : Hercule, Péonéus, Épimède, Jasius cl Ida. Hercule, comme l'aîné, proposa a ses frères de s'exercer à la course et de voir qui en remporterait le prix, c'est-à-dire une couronne d'olivier, car l'olivier était déjà si commun qu'ils en prenaient les feuilles pour en joncher la terre cl pour dormir dessus. Hercule apporta le premier celle plante en Grèce , de chez les H yperboréens.
» C'est donc Hercule Idéen qui a eu la gloire d'invenler ces jeux el qui les a nommés olympiques. Et parce qu'ils étaient cinq frères, il voulut que ces jeux fussent célébrés lous les cinq ans. Quelques-uns disent que Jupiter cl Saturne combattirent ensemble à la lutte dans Olympie, et que l'empire du monde fut le prix delà victoire. D'autres prétendent que Jupiter ayant triomphé des Titans, institua lui-même ces jeux, où Apollon signala son adresse en remportant le prix de la course sur Mercure el celui du pugilat sur Mars. C'est pour cela, discnl-ils, que ceux qui se distinguent au pentathlc dansent au son des flûtes qui jouent des airs pythiens, parce que ce» airs sont consacrés à Apollon , et que ce dieu a été couronné le premier aux jeux olympiques.
>» Cinquante ans après le déluge de Dcuca-
lion, Clyménus, fils de Cardis et l'un des descendans d'Hercule Idéen , étant revenu de Crète, célébra ces jeux à Olympie ; ensuite il consacra un autel aux Curèles , el nommément à Hercule, sous le titre d'Hercule protecteur. Endymion chassa Clyménus de l'Elide, s'empara du royaume el le proposa à ses propres enfans pour prix de la course. Mais Pélops, qui vint environ trente ans après Endymion, fit représenter ces mêmes jeux en l'honneur de Jupiter, avec plus de pompe el d'appareil qu'aucun de ses prédécesseurs. Ses fils n'ayant pu se maintenir en Élide et s'élanl répandus en divers lieux du Péloponèse, Amylhaon, cousin germain d'Endymion, donna ces jeux au peuple. Après lui, Pélias etNélée les donnèrent à frais communs. Augias les fit aussi célébrer , et ensuite Hercule, fils d'Amphylrion, lorsqu'il eut pris l'Elide. Le premier qu'il couronna fut Iolas, qui , pour remporter le prix de la course du char, avait emprunté les propres cavales d'Hercule. Les fils de Tyndare furent aussi victorieux : Castor à la course et Pollux au combat du ceste. On prétend même qu'Hercule eut le prix de la lutte et du pancrace.
»Mais, depuis Oxilus, qui ne négligea pas non plus ces spectacles, les jeux olympiques furent interrompus jusqu'à Iphitus , qui les rétablit. On en avait même presque perdu lesouvenir; peu à peu on se les rappela , et à mesure que l'on se souvenait de quelqu'un de ces jeux , on l'ajoutait à ceux que l'on avait déjà trouvés. Cela paraît manifeste par la suile des olympiades dont on a eu le soin de conserver la mémoire, car des la première olympiade* on proposa un prix de la course, et ce fut Corœbus, Eléen , qui le remporta. »
Cependant le sentiment le plus accrédité parmi les savans est que la célébration des jeux olympiques ne présente de cerlilude historique qu'à dater de Pélops, fils de Tantale. Il les fit célébrer l'an du monde 2635 , qui répond à la vingt-neuvième année du régne d'Acrise , roi d'Argos; à la trente-quatrième du règne de Sicyon , dix-neuvième roi de Sicyone, el à la vingt-troisième année de la judicature de Débora chez les Hébreux , environ 1349 ans avant notre
' M* Ui première olympiade. Xon U premit-rc absolument parlant, mai* la première qui se trouvait marquée dans le» rcgiitres des Ëléens et par laquelle on commença a compter le* olympiade», l'an 776 avant J.-C.; efle est appelée olympia/le de Corn-hwt el eut lieu sous le rëgnc <f Ipliilus, fiU d'Ila-mon .
SUR LES JEUX
ère. Ils furent tantôt célébrés , tantôt interrompus, jusqu'au régne d'Iphitus, roid'Elide, qui le» restaura avec beaucoup de pompe et de magnificence.
Le» guerres intestines dont la Grèce était déchirée , la peste qui la désolait , conduisirent ce prince à Delphes pour consulter l'oracle sur des maux si prcssans. La Pythie lui répondit que le renouvellement des jeux olympiques serait le salut de la Grèce, et qu'il y travaillât lui etlesÉlcens. Iphitus ordonna aussitôt un sacrifice pour apaiser Hercule, puis célébra les jeux avec grand appareil. Au rapport de plusieurs historiens, Lycurgue, qui était son contemporain , concourut avec lui à ce rétablissement , il est même assez probable que la première idée venait du législateur de Sparte. Ce grand homme voulant réformer les lois de sa patrie, comprit qu'il ne pourrait en venir à bout tant qu'elle serait en guerre avec ses voisins-, il chercha donc à rétablir la paix dans le Péloponése. Il y parvint et imagina de la consolider en instituant, d'après les ordres qu'il s'était fait donner par l'oracle de Delphes , une fête commune à tous les peuples de celle contrée. Cette fête devant se célébrer tous les quatre ans , leur offrait un point de réunion où ils pouvaient conférer ensemble et s'expliquer sur les démêlés qui seraient survenus dans l'intervalle. Lycurgue se concerta pour tout cela avec Iphitus, roi d'ÉIide, cl Cléosthènc de Pise, ville dans le territoire de laquelle Olympie était située. 11 traça lui-même, suivant Aristote, les lois de la suspension d'armes qu'on devait observer à l'époque de la célébration de ces jeux, et il les fit graver sur un disque qui se voyait encore à Olympie du temps de Pausanias. Cette restauration remonte à Tan 884 avant J.-C.
La paix que Lycurgue avait rétablie entre les peuples du Péloponèse subsista sans doute tant que ce sage législateur resta à Sparte , et il est probable que les jeux olympiques furent célébrés durant tout ce temps-là ; mais à peine eut-il remis au jeune roi Charilatls, son pupille, l'autorité dont il était chargé, que les Lacédéinoniens se livrèrent à leur humeur conquérante, en attaquant successivement jEgia, Tégée el différentes villes du Péloponèse. Tandis qu'ils élaient occupés à la guerre d'vEgis, Phidon, roi d'Argos, de concert avec les Piséafcs, s'empara d'Olympic et y fil célébrer les jeux en la huitième olympiade depuis Iphitus. Il y a
apparence que cette célébration fut ensuite suspendue pendant quelque temps. IVlais les Eléens, ayant repris Olympie avec le secours des Lacédémoniens , Iphitus, fils d'Hxmon et petitfils du premier Iphitus, rétablit encore les jeux olympiques, un peu avant le commencement du siège de Thèbes, l'an 776 avant J.-C. , el c'est décidément de celte année que date l'ère des olympiades. Lesiégcd'Hélos commença presque aussitôt après. Les Eléens , voulant par reconnaissance envoyer des troupes au secours des Lacédémoniens, consultèrent l'oracle de {Delphes , qui leur ordonna de s'en tenir à la défense de leur lerriloire. Ils restèrent ensuite cinq olympiades sans couronner personne, quoique les jeux se célébrassent toujours, mais probablement sans beaucoup de solennité. Cependant , à l'approche de la septième olympiade, Iphilus, dont nous venons de parler, ou peut-être son fils, alla de nouveau consulter l'oracle pour savoir si l'on couronnerait les vainqueurs. Le dieu répondit que oui , mais qu'il fallait employer à cela l'olivier sauvage au lieu du pommier, donl on s'étail précédemment servi. On suivit ses ordres, et le premier qui reçut la couronne d'olivier fui Daïclès , Messénien, qui remporta effectivement le prix en la septième olympiade, suivant Denys d'Halicarnasse. Ce fut seulement à l'époque de ce rétablissement des jeux olympiques par Iphitus, l'an 776 avant noire ère , que s'établit l'usage de conserver le nom du vainqueur , (out au moins de celui qui avail remporté le prix de la course , parce que ce genre de lutte tenait le premier rang parmi les autres combats du cirque. C'est aussi depuis lors que l'alhlèle couronné à la course eut le privilège de donner son nom à l'olympiade.
En la dix-huitième olympiade, on se ressouvint du combat de la lutte el même du pentalhle; ils furent renouvelés; Lampis et Eurybales, tous deux Lacédémoniens , curent l'honneur de la victoire.
\jp combat du ceste fut remis en usage en la vingt - troisième olympiade -, Onomaslus de Smyrne en remporta le prix -, Smyrne étail déjà censée ville d'Ionie. La vingt-cinquième olympiade fut remarquable par le rétablissement de la course du char attelé de deux chevaux, et ce fut Pagondas , Thébain , qui eut la victoire. La vingl-huilièmc vit renouveler le combat du pancrjice el la course avec des chevaux de selle. La cavale de Crauxidns , nalif de Cranon , passa
DISSERTATION
loules les autre*, el Lygdamis de Syracuse terrassa tous ceux qui combattirent contre lui.
Ensuite les Éléens établirent des combats pour les enfans, quoiqu'il n'y eu eût encore eu aucun exemple dans l'antiquité. Ainsi, en la trente-septième olympiade, on proposa aux enfans des prix pour la course et pour la lutte. Hipposténc , Lacédémonien , fut déclaré vainqueur à la lutte, et Polynice, Etéen , à la course. En la quarante-unième , les enfans furent admis au combat du ceste , et Philélas , Sybarite , surpassa tous les autres. La soixante-cinquième olympiade introduisit encore une nouveauté : des gens de pied , tout armés , disputèrent le prix de la course; ils parurent dans la carrière avec leurs boucliers, et Démarat, d'Hérée, remporta la victoire. Cet exercice fut jugé trèsconvenable à des peuples belliqueux. En la quatre-vingt-treizième olympiade, on courut avec deux chevaux de main dans la carrière ; Evagoras, Eléen, fut vainqueur. En la quatrevingt-dix-neuvième, on attela deux jeunes poulains a un char, et ce nouveau spectacle valut une couronne à Sybariade, lacédémonien. Quelque temps après on institua la course avec deux poulains menés en main; Kélistiche, femme née sur les cotes de la Macédoine, fut la première qui remporta le prix. Enlin , en la cent quarante-cinquième olympiade, les enfans furent aussi admis au combat du pancrace , et Phédime , Éolien, d'une ville de la Troade, demeura victorieux.
Les femmes d'abord n'étaient point admises aux jeux olympiques : il y avait peine de mort contre celles qui auraient osé s'y présenter, et pendant tout le temps que duraient les jeux , il leur était défendu même d'approcher des lieux où ils se célébraient et de passer au delà du fleuve Alphée. Une seule eut la hardiesse de violer cette loi, et, s'étant déguisée, se glissa parmi ceux qui exerçaient les athlètes. Elle fut citée en justice el aurait subi la peine marquée l>ar la loi ; mais les juges , en faveur de son père, de ses frères el de son fils, qui avaient tous remporté la victoire aux jeux olympiques , lui pardonnèrent sa faute et lui flrenl grâce de la vie. La loi perdit cependant peu a peu de sa force, cl les femmes obtinrent la faveur, nonseulement d'assister comme spectatrices, mais encore de prendre place parmi les concurrens; quelquefois même elles remportèrent la victoire. C'est ce qu'atteste Pausanias, que nous
venons de citer plus haut, au sujet delà victoire remportée par Bélisliche.
L'époque de la célébration revenait tous les cinq ans , ou plutôt tous les cinquante mois , c'est-à-dire deux mois après l'espace de quatre ans révolus; c'est ce qui a fait dire à un scholiaste : Tin olumpiada diapenté stôn agesthai, et non pas meta penté etôn. Ils duraient cinq jours , en mémoire des cinq Dactyles leurs premiers fondateurs, et commençaient au onzième jour pour finir au quinzième du mois lunéaire hécatombéon, ce qui répond à nos mois de juin el de juillet, par conséquent aux environs du solstice d'été. Les citations suivantes en font foi : Olumpia d'egeneto tou thtrous toutou (Thucyd. liv. 5). Tyanéc, dans Philostrate r ayant avancé que l'année où Néron visita la Grèce, le vainqueur des jeux olympiques ne pourrait point être appelé de ce nom , Philostrate nous en donne la raison : Patriou men gar tois olumpiois tou perusin eniautou ontos , eke- Uusè tous Éleious Nerôn anaballesthai auta es tén eautou epidêmian, «car quoique ce fût la coutume de célébrer ces jeux sur la fin de l'année, Néron ordonna aux Eléens de les différer jusqu'à son arrivée.» Or , la fin de l'année était aux environs du solstice, selon la manière de compter des CreCs.
On donnail le nom d'athlètes (de athlos, travail , combat) a ceux qui s'exerçaient à dessein de pouvoir disputer le prix dans les jeux publics. L'art qui les formait à ces combats s'appelait gymnastique (de gumnos, nu), à cause de la nudité des athlètes.
Les athlètes fréquentaient dès leur plus tendre jeunesse les gymnases , ou palestres, qui étaient des espèces d'académies entretenues pour cela aux dépens du public. La , ces jeunes gens étaient sous la direction de différons maîtres, qui employaient les moyens les plus efficace* pour leur endurcir le corps aux fatigues des jeux el pour les former aux combats. Leur régime de vie était très-dur el très-austère. Ils n'étaient nourris , dans les premiers temps , que de figues sèches , de noix , de fromage mou et d'un pain grossier et pesant. Le vin leur était absolument interdit et la conliuence commandée.
Il esl vrai que dans la suite les athlètes n'observèrent pas toujours ce genre de vie. Vers le temps dïlippocrale on commença à leur permettre I usage de la viande, mais d une
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viande solide, telle que celle du bœuf. Dromeus, de Slymphale, athlète coureur, s'étant relâché sur ce point de discipline, les autres l'imitèrent bientôt et en vinrent par la suite à un point de dissolution et de voracité incroyable. Nous en avons une preuve frappante dans Milon de Crotone, qui mangea en un jour un taureau de quatre ans qu'il avait assommé d'un coup de poing, après Tavoir porté sur ses épaules dans toute la longueur du stade. Cet athlète avait peine à se contenter, pour sa nourriture ordinaire , de vingt mines de viande, d'autant de mines de pain et de trois congés de vin : les vingt mines équivalent à vingt de nos livres, et les trois congés environ à quinze litres.
Les ueuf premiers mois de gymnastique préparatoire étaient consacrés à des exercice» au choix des athlètes. Ils devaient se livrer le dixième à tous ceux en usage dans les jeux. Avant que d'être admis à combattre, ils subissaient encore d'autres épreuves : par rapport à la naissance, il fallait être Grec ; par rapport aux mœurs, elles devaient être à l'abri de tout reproche. Ainsi le condamné pour crime notoire, et même ceux qui lui appartenaient par les liens du sang , ne pouvaient être admis. Enfin , par rapport à la condition , il fallait être libre. Celui qui tentait de suborner son adversaire était puni d'une amende. Il devait encore, ainsi que ses parens, s'engager à n'employer aucun moyen frauduleux pour s'assurer la victoire. On ne doit pas confondre ici l'adresse d'un athlète habile dans toutes les souplesses de son art, qui sait esquiver à propos, donner subtilement le change à son antagoniste et profiter des moindres avantages avec celte lâche supercherie qui , sans nul égard pour les lois prescrites, emploie les moyens les plus injustes pour vaincre son adversaire.
Les athlètes se faisaient frotter avant les exercices, et par là donnaient à leur corps une grande souplesse; mais comme ces onctions rendaient leur peau trop glissante et leurôtaient la facilité de se colleter et de se prendre au corps avec succès , ils remédiaient à cet inconvénient, tantôt en se roulant sur la poussière de la lice, tantôt en se couvrant réciproquement d'un sable très-fin , réservé pour cet usage dans les xystes , ou portiques des gymnases. Us se ceignaient d'abord d'une espèce de ceinture ou d'écharpe, pour paraître plus décemment dans les combats; mais dans la suite,
l'aventure d'un athlète , à qui la chute de cette ccharpe fit perdre la victoire , donna occasion de sacrifier la pudeur à la commodité, en retranchant ce reste d'habillement. Cette nudité n'était d'usage parmi les athlètes que dans certains exercices, tels que la lutte , le pugilat, le pancrace, la course à pied , le saut , etc.
On appelait stade , chez les Grecs , l'endroit où les athlètes s'exerçaient entre eux à la course et celui où ils combattaient sérieusement pour les prix. Il était situé sur le penchant de la colline Cronium et non loin des bords de l'Aiphée. Comme il n'avait d'abord qu'une stade de longueur (600 pieds), il prit le nom de sa propre mesure, et l'on comprit sous cette dénomination, non-seulement l'espace parcouru par les athlètes, mais encore celui qu'occupaient les spectateurs des combats gymniques. Le lieu où combattaient les athlètes s'appelait SkamtMj parce qu'il était plus bas et plus enfoncé que le reste. Des deux côtés du stade et sur l'extrémité régnait une levée ou espèce de terrasse garnie de sièges et de bancs où étaient assis les spectateurs. Les trois parties remarquables du stadeélaient l'entrée, lemilieu, l'extrémité.
L'entrée de la carrière, d'où parlaient les athlètes, était marquée d'abord par une simple ligne tracée suivant la largeur du stade ; elle recevait les noms de aphesis, grammi. On y substitua ensuite une espèce de barrière , qui n'était qu'une simple corde tendue au-devant des chars et des chevaux ou des hommes qui devaient courir, et elle s'appela aphetiria,
Le milieu du stade n'était remarquable que par cette circonstance , qu'on y plaçait ordinairement les prix destinés aux vainqueurs. A l'extrémité était un but qui terminait la course des coureurs à pied ; il s'appelait Ulos, termo , skopos, êtathmi. Dans la course des chars , il n'était question que de tourner plusieurs fois autour du but sans s'y arrêter pour regagner ensuite l'autre extrémité de la lice d'où l'on était parti.
En venant d'Olympie, on rencontrait d'abord la barrière des athlètes. Elle avait environ soixante pas de long sur une plus grande largeur : ainsi cette place formait un carré irrégulier. C'est dans cet espace qui précédait la lice que se tenaient les athlètes et les maîtres de lutte pendant la célébration des jeux. Du côté
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gauche s'élevait un tombeau que le* Éléens disnient Cire celui d'Endymion, un de leurs rois; et à l'entrée de la lice se trouvait la barrière ou rible dont nous avons parlé plus haut (usplênx), cl qui, en se baissant, donnait le signal aux combatlans. A l'autre extrémité était l'édifice construit pour recevoir les chars et les chevaux : il était de forme elliptique cl ressemblait assez à la proue d'un navire dont l'éperon ou le bec était tourne du côté de la lice. Un dauphin de bronze , soutenu par une verge de fer , en formait le couronnement. Vis-à-vis la partie opposée , l'édifice s'élargissait des deux côtés et venait se terminer en cintre. On avait pratiqué des écuries et des remises sur le devant desquelles régnait un câble qui servait à retenir les chevaux. Les loges se liraient au sort entre les combattans et décidaient du rang qu'ils devaient occuper en entrant dans la lice. Au milieu de l'édifice était un autel de briques crues qu'on blanchissait à chaque olympiade, et sur cet autel un aigle de bronze, les ailes déployées: par le moyen d'un ressort, cet aigle s'élevait et se faisait voir aux spectateurs, en même temps que le dauphin, qui était à l'éperon, s'abaissait et descendait jusque sous terre. A ce signal , on lâchait le câble qui retenait les chevaux dans leurs loges , et aussitôt les combattans s'avançaient vers le milieu de l'enceinte et se rendaient vers l'éperon , où ils prenaient le rang que le sort leur avait assigné. Alors tombait l'autre câble (usplinx) qui formait la véritable barrière, et a ce second signal ils entraient tous ensemble dans la carrière pour disputer la victoire.
L'espace qui se trouvait entre ces deux parties formait la lice ; elle était fermée à droite et à gauche par un mur à hauteur d'appui. Le côté droit, en partant de la barrière, était plus allongé que l'autre , sans doute pour faciliter auprès de la borne le tournant de plusieurs chars courant à la fois. Ce côté regardait la plaine , l'autre s'appuyait sur la colline Cronium. Toute la lice, en y comprenant le gymnase , les gradins des spectateurs , etc., avait environ quatre cent cinquante pas de longueur sur à peu près cent vingt de largeur. Elle n'était pas absolument droite, mais un peu sinueuse, resserrée en quelques endroits ; le sol en était inégal cl plein de petits tertres qui augmentaient la difficulté des courses. Aux trois quarts de la lice, où se trouvait apparemment la plus grandeélévaliondu terrain, étaient, du côté