‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 144 sur 395 · ATION · texte numérisé non relu

ATION

de la plaine, les places des directeurs des jeux, qui consistaient en sièges de pierre exhaussés à la hauteur du mur : ils s'y rendaient par un chemin dérobé. Vis-à-vis on voyait un autel de marbre blanc avec la statue de Cérès Chamyne. Des deux côtés , dans toute la longueur , audessus et au-dessous de ces premières places, étaient celles des spectateurs \ les plus commodes étaient réservées aux personnes de distinction; el à l'égard du peuple, qui accourait en foule à ces fêtes, il se plaçait où il pouvait sur la colline appelée par Pindare le Promontoire de Saturne ou Cronium; elle bornait la lice d'un côté el formait un amphithéâtre capable de recevoir une grande multitude de spectateurs.

ta lice, prise dans toute son étendue, servait aux courses de chevaux el de chars et se nommait V hippodrome Les courses à pied se faisaient alors dans la partie de celle même lice qui commençait à la barrière des athlètes cl s'étendait jusqu'aux sièges des directeurs des jeux et à l'autel de Cérès, partie qui conserva le nom de êtade proprement dit. L'espace qui se trouvait entre ces sièges et l'autel servait vraisemblablement aux exercices qui ne demandaient pas un vaste emplacement ; les orateurs el les poêles s'y assemblaient pour réciter leurs ouvrages , car les musiciens combattaient dans le bois sacré, où les échos favorisaient l'harmonie de leur voix et de leurs instrumens. Enfin à l'extrémité de l'hippodrome , sur la gauche , était la borne autour de laquelle les chars el les chevaux montés par des cavaliers tournaient plus ou moins de fois, suivant l'espèce de combat. Vis-à-vis la borne, dans l'angle du même côté , s'élevait sur un autel de figure ronde la statue du génie Taraxipups (taraxis , épouvante-, ipp&n, des chevaux) ; de sorte que les chevaux, en tournant dans un espace assez étroit, passaient nécessairement entre la borne et l'au-

(i) On trouve dans Diodore de Sicile (nr, que V hippodrome, séparé du *iade, èlail a une certains distance du Cronium et de l'Alphée. Lucien mente prétend qu'il était situé a deux stades, dans la plaine, à l'orient d Oljtnpie. Quoi qu'il en soit, comme il n'y a rien de bien précis a cet égard dans la plupart des auteurs anciens, el qu'il nous a paru fort possible que les courses de chevaux et de chars pussent avoir lieu dans le stade, nous n'avons pas cru devoir, dans celte dissertation, distinguer le stade et l'hippodrome comme deux monumens s paré». Cependant , pour concilier les deux opinions, nous avons tracé, a la fin de ce volumo, un plan d'Olympie, dans lequel l'hippodrome est i quelque dislance du stade. Ceux qui prétendent qu'on ne doit pas séparer l'un de l'autre rapporteront au stade tout ce que nous disons de l'hippodrome.

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(cl. La statue du génie , faite de manière à les effrayer, devenait une nouvelle occasion de danger, et il arrivait souvent que les chevaux épouvantés ne connaissaient plus ni la main ni la voix de celui qui les conduisait et renversaient le char et l'écuyer.

Jusqu'à la cinquantième olympiade , une personne seule fut chargée de la présidence des jeux. A cette époque, un collègue seulement lui fut adjoint.

A la cent troisième, nous en trouvons douze, nombre égal à celui des tribus éléennes, qui avaient le droit d'en nommer chacune un. A l'olympiade suivante, le nombre des tribus étant réduit à huit , celui des prèsidens se trouve diminué dans la même proportion. A la cent cinquième, il monte à neuf. A la cent sixième enfin, il est porté à dix et se maintient ainsi jusqu'au règne d'Adrien , empereur romain. Les prèsidens prenaient les noms de ellénodikai , hellanodiques ( juges des Grecs ) , agônothetai, agonothètes (tithêmi agôna, régler le prix), athlothetai, athlothète* {tithêmi athlon, proposer des récompenses). Ils s'assemblaient dans un lieu appelé Ellénodikaion. Ils s'y rendaient dix mois avant l'ouverture des jeux pour y surveiller les exercices préparatoires des prétendans qui venaient disputer le prix et pour y recevoir des nomophulakés (gardiens des lois) la connaissance des règlemens à observer. C'était dans ce lieu que se tenaient les registres où l'on inscrivait le nom , le pays , le genre d'exercice de chaque athlète qui se présentait pour combattre et te nom et le pays de quiconque sortait victorieux de ces combats : cette coutume, bien capable d'entretenir une noble émulation , fut toujours fidèlement observée. Un héraut proclamait publiquement à l'ouverture des jeux les noms de tous ceux qui s'étaient , pour ainsi dire, enrôlés -, puis les juges faisaient prêter le serment, non-seulement aux athlètes, mais encore à leurs parons, comme nous l'avons déjà dit. La cérémonie du serment avait lieu dans le sénat : on immolait un porc, et c'était sur les membres sanglans de la victime, en présence de Jupiter Orkioê (qui préside aux sermens), que juraient les athlètes et ceux qui les accompagnaient. Le dieu avait un air terrible -, il tenait des foudres de chaque main , et sous ses pieds étaient gravés, sur une tablette de bronze, des vers élégiaques remplis des imprécations les plus terribles contre les parjures. Tout cet

appareil était bien capable d'inspirer de la crainte.

Après le serment, le sort réglait l'ordre dans lequel les prétendans étaient appelés à combattre. On plaçait dans une urne d'argent (kalpis) de petites boules de la grosseur d'une fève, marquées des caractères de l'alphabet. La môme lettre se trouvait sur deux boules, et les deux prétendans qui les avaient amenées combattaient ensemble. Si les prétendans étaient en nombre impair, celui qui amenait la boule dépareillée était appelé ephedros , parce qu'il devait combattre le dernier et disputer le prix avec le prétendant qui jusque-là avait obtenu l'avantage. On regardait celte chance comme entièrement favorable ; cet ephedros en effet se présentait au combat frais et bien disposé contre un adversaire dont les triomphes précèdens avaient dû épuiser les forces.

On avait établi des peines sévères , des amendes considérables contre ceux des athlètes qui n'observaient pas strictement les lois du combat. Mais ni les lois, ni les peines ne furent pas toujours un frein capable de contenir l'ambition. Il y eut des supercheries : la punition prompte et sévère qu'en firent les juges n'empêcha pas certains athlètes de tomber de temps en temps dans les mêmes fautes. Le Thessalien Eumolpus est le premier qui corrompit , à force d'argent, ceux qui se présentèrent contre lui au combat du ceste. On punit Eumolpus pour avoir donné l'argent; ceux à qui il l'avait donné, pour l'avoir reçu, et, du produit de l'amende, les Eléens firent élever , en l'honneur de Jupiter, six statues de bronze. L'une de ces statues portait cette inscription : « Le prix de» jeux olympiques s'acquiert, non par l'argent , mais par la légèreté des pieds et la force du corps. » Une autre louait les Eléens d'avoir noté d'infamie ceux qui tentèrent d'introduire la fraude au combat du ceste.

Quoique rien ne fût plus infamant que l'amende et les monumens dont je viens de parler, il se trouva cependant un Athénien nommé Callipe qui acheta le prix du pentathle en la cent deuxième olympiade. Il fut condamné rigoureusement à la peine que méritait sa faute; et Hypéridc, député d'Athènes, ayant demandé sa grâce sans pouvoir l'obtenir, les Athéniens défendirent au coupable de payer. Mais les Eléens, fermes à maintenir leurs lois , ne s'épouvantèrent pas de cette défense : ils exclu-

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renl les Athéniens des jeux, et cet interdit dura jusqu'à ce que les Athéniens étant venus consulter l'oracle de Delphes, la Pythie leur déclara qu'elle ne rendrait aucune réponse avant que préalablement ils n'eussent satisfait les Élécns. Athènes se soumit donc à l'amende , qui Tut employée à ériger, en l'honneur de Jupiter, six statues avec des inscriptions qui contenaient l'histoire et l'éloge de la sévérité des Éléens.

Les Lacédémoniens encoururent aussi un pareil interdit, qui non-seulement les excluait des jeux, mais encore leur défendait l'entrée du temple de Jupiter Olympien. Cet interdit dura longtemps cl eut des suites funestes , car Lycas , (ils d'Arcésilas , s'étant présenté inutilement , l'écuyer qui conduisait son char entra en lice au nom des Thébains et remporta la victoire. Lycas ne put contenir sa joie : il prit une guirlande, couronna lui-même son écuyer et découvrit par celte imprudence la fraude aux Agonothètes, qui sur-le-champ firent fustiger celui qui en était l'auteur. Les Lacédémoniens n'osèrent pas se plaindre de cet acte de justice; cependant ils cherchèrent un prétexte pour déclarer la guerre aux Eléens. Ils leur envoient donc une ambassade avec ordre de se départir de la domination qu'ils exerçaient sur les peuples voisins. Les Éléens répondent qu'aussitôt que Sparte aurait elle-même rendu la liberté à ses propres voisins, les Eléens en feraient autant à l'égard des leurs. Celle réponse hautaine piqua les Spartiates : ils entrent de suite en Élide , sous la conduite d'Agis, leur roi. Déjà ils s'étaient avancés près d'Olympie et jusqu'aux bords de l'Alphée lorsqu'un tremblement de terre les obligea à retourner sur leurs pas. Mais l'année suivante, Agis, à la tête d'une nouvelle armée , rentra dans le pays, donna un grand combat dans l'Altis, bois consacré à Jupiter, et fit un butin considérable. La troisième année de celte guerre ne promettait pas aux Éléens des suites moins fâcheuses. Voyant donc qu'Agis et les Lacèdémoniens venaient les attaquer avec de plus grandes forces encore qu'auparavant, et n'élanl point en étal de leur lenir tête, ils prirent le parti de se soumettre et n'obtinrent la paix qu'à des conditions très-dures. Le traité portail que « leur ville serait démantelée ; qu'ils se désisteraient de l'empire usurpé sur leurs voisins \ que les Lacèdémoniens auraient à l'avenir une libre entrée dans le temple de Jupiter Olympien , et

qu'ils pourraient même y sacrifier ; enfin qu'ils seraient admis non - seulement à assister aux jeux olympiques, mais à disputer les prix comme les autres peuples de la Grèce. » La guerre étant ainsi terminée , Lycas eut la permission de faire ériger sa statue dans le bois sacré de l'Altis. Toutefois les registres des Éléens portaient que c'était le peuple de Thèbes, et non Lycas le Lacédémonien , qui avait été viclorieux.

Dans la suite, les jeux olympiques ne furent pas seulement célébrés à Pise , en Élide, mai» encore dans différentes villes de la Grèce et de l'Orient , à Antioche , Smyrne , Alexandrie , Athènes, etc.; c'est ce qu'atteste Pausanias et les marbres athlétiques , qui portent que M. Aurélius Asclépiades remporta la victoire aux jeux olympiques de Smyrne , en Zmurnè Olumpia ; et ensuite ceux d'Alexandrie : Mhlitat ta panta été ex, pausamenos tés athléseôs etôn KE..., kai meta topausaithaimeta pleiona

kai nikêsas olumpia pankration olumpiadi ektê. La première olympiade des Alexandrins concordait avec la deux cent trente-huitième des Éléens.

Archélaûs, pour transporter en quelque sorte r Élide en Macédoine, fit célébrer les solennités olympiques à Dium, au pied du mont Olympe de Macédoine, comme Ulpianus, scholiaste de Démoslhéne, nous l'apprend dans son discours : Péri Paraprcsbeias, où il dit au sujet de Philippe : Olumpia epoiei ; et au sujet d'Archélaus : Ta Olumpia de protos Archelaot en Diô tés Makedonias katedeixen : igeto d'ep' ennea , ôs phasin , êmeras , isaritkmom tais Mousais.

Diodorc de Sicile atteste pareillement qu'Alexandre célébra pendant neuf jours , la deuxième année de la cent onzième olympiade, ces mêmes jeux que Philippe, son père, avait célébrés, la cent huitième olympiade , après la prise d'Olynthe.

Athènes eut aussi ses solennités olympiques : Pindare en fait mention dans sa deuxième Némèenne, où, après avoir énuméré les autres victoires de Timodèmidas , il dit au sujet de celle qu'il remporta à Athènes :

ta d oikoi.

Maison arithmô Diot agûni.

SUR LES JEUX

Et le scholias le ajoule : Titheiai de en Athenais Dios agôn, toutesti ta Olumpia , on célèbre à Athènes des jeux en l'honneur de Jupiter, c'està-dire des olympiques, de même qu'Hésycbius avait dit : Olumpia o Athenesin agôn. Mais cette institution des jeux olympiques à Athènes ressort encore plus clairement de ce passage de la neuvième Pytbique. Pindare , après avoir chanté la victoire que Télésiéra te remporta & Delphes, ajoute qu'il eut la gloire de vaincre encore :

En Oiumpiosi tekai batkukolpvu Gdt aethloit.

Aux Olympiennes qu'on célèbre dans les vallées profondes cl sinueuses de l'AUlque.

Le scholiaste remarque fort bien à ce sujet : Oiumpiosi : ou tois en Pisi. Ou gar outôs erripsen aplàs ton logon : alla tois en Athenais. « // ne s'agit point ici des jeux olympiques de Pi se, car Pindare n'en aurait pas fait mention en si peu de mots ; mais de ceux que l'on célébrait à Athènes. »

Toutefois, il ne faut pas confondre les jeux olympiques qui se célébraient à Athènes du temps de Pindare et de Thucydide avec ceux qui furent renouvelés pour la première fois en l'honneur d'Adrien et & l'époque du séjour de cet empereur dans la capitale de l'Altique. Ce prince en effet y fit élever un temple magnifique qu'il dédia à Jupiter et à la Fortune de l'empire; et à cette occasion il restaura les combats olympiques dont la célébration avait été interrompue depuis longtemps a Athènes. Ce fut dans cette solennité que les Athéniens lui décernèrent le surnom d'Olympien, la troisième année de la deux cent vingt-septième olympiade des Eléens , comme l'attestent les marbres et surtout un magnifique bas-relief qui porte celte inscription fort bien conservée :

A U TOKRA TORA KAISARA TRAIANON ADRIANON S EB AS TON OLUMPION

TON EN TO PONTO Ê BOULÉ KAl O DÉMOS TON EAUTON EUERGETÊN EN TÉ PROTÉ OLUMPIA DI DIA PRESBEUTON KAPITONOS SKIPIONOS KAl GA10MI0U.

IMPERATOREM . G/ESAREM TRAIANUM . HADRIANYM AVGVSTVM . OLYMPIVM SEBASTOPOL1TANORVM IN . PONTO SENATVS . ET . POPVLVS SWM . BENEFACTOREM IN . PRIMA . OLYMPIADE LEGATIONEM . AGENT1BVS CAPITONE . SCIPIONE ET • GAEOMIO.

11 est évident qu'il s'agit ici d'une série d'olympiades autre que celle des Eléens ; car il ne peut venir à la pensée de personne qu'Adrien vécut dans l'olympiade de Corcebus , sept cent soixante-seize ans avant Jésus-Christ. 11 est d'ailleurs impossible de soupçonner une erreur dans l'inscription qui porte , sans altération et sans lacune, ces mots : En té prêté Olumpiadi, dans la première olympiade. De quelle olympiade peut-il donc être ici question , si ce n'est de celle qui fut célébrée à Athènes* l'occasion de la dédicace du temple de Jupiter et de la restauration des jeux olympiques. Pindare luimême ne s'est pas exprimé autrement lorsqu'il parle de la première olympiade qu'Hercule célébra à Pise :

Kai penta-

eterid' opôs ara esttuen eortan en Olumpiadi prûta

Mais il est temps de revenir aux athlètes et de parler des diverses sortes de combats et d'exercices qui composaient les solennités olympiques.

Entre les différens exercices auxquels les athlètes se livraient pour se donner en spectacle dans les jeux publics, la course, dromos, était celui qui tenait le premier rang :

Ou men yar meizon anero* ophra km i*in, Ê o, U pottin te rexei kai chertinrttin.

(Hom. Odyss. Hv. 6.)

C'était par la course que commençaient les jeux olympiques, et ce seul exercice en faisait même d'abord toute la solennité. On en distinguait de trois sortes : la course à pied, la course à cheval et la course en char.

Les coureurs se rangeaient tous sur une même ligne, en quelque nombre qu'ils fussent, après

avoir tiré au sort la place qu'il* y devaicnl occuper. Ku attendant le signal, ils réveillaient leur souplesse et leur légèreté par divers mouvemens qui les tenaient en haleine , et étaient comme aulant d'essais de l'agilité et de la vitesse de leurs jambes. Dès que le signal était donné, on le» voyait voler vers le but avec une rapidité que l'œil avait peine à suivre et qui devait seule décider de la victoire ; car , nous l'avons déjà dit , les lois agonistiques leur défendaient sous des peines infamantes de se la procurer par la ruse ou quelque piège tendu à leurs antagonistes.

Les courses à pied étaient de quatre sortes : 1° stadion, celle où il ne s'agissait que de parcourir une fois la carrière , c'est-à-dire cent vingt pas -, 2° dtaulos, où I on parcourait deux fois cet espace i 3° dolichos , qui était la plus longue de toutes, puisqu'on y parcourait quelquefois vingt-quatre stades, par diverses allées et venues, en tournant douze fois autour de la borne qui servait de but -, 4° enfin oplitês , qui était la course exécutée par des hommes complètement armés. De là les noms dlfférens de siadiodromoi , diaulodromoi , dolichodromoi , oplitodromoi donnés aux coureurs , selon les différentes courses auxquelles ils prenaient part. Les antagonistes se nommaient sunagônistai , antipaloi, etc. S'efforcer d'atteindre des rivaux se disait diôkein; les laisser en arrière katalambanein. Celui qui atteignait le premier le but remportait le prix, athlon ou brabeion, qui consistait dans le principe en une couronne de branche d'olivier. La récompense était la même pour les autres exercices.

Il y eut dans l'antiquité , tant chez les Grecs que chez les Romains, des coureurs qui se sont rendus célèbres par leur vitesse. Pline fait mention de Philippide qui, en deux jours, parcourut les onze cent quarante stades (cinquantesept lieues) qu'il y a d'Athènes à Lacédémone. Hérodote rapi>orlo que Philonide , coureur d'Alexandre-le-Grand , fil en un jour douze cents stades (soixante lieues) , en allant de Sicyone à Élis. On appelait ces coureurs êmerodromoi.

La course du cheval monté par un cavalier consistait à parcourir l'hippodrome, tourner la borne et revenir à la barrière une ou plusieurs fois. Quoiqu'elle ne fût pas aussi célèbre que celle des chars, cependant les princes et les rois recherchaient avec empressement la gloire d'y

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remporter le prix. On la nommait ordinairement Kèlès (Voy. première Olympique). Le» Grecs et les Romains élevaient à grands frais, pour ces sortes de courses, de superbes chevaux et avaient d'habiles écuyers chargés de les dresser. Le vainqueur recevait une couronne et l'on attachait une palme sur la tète du cheval. Quelquefois le cavalier menait par la bride un autre cheval, sur lequel il sautait en courant et changeait ainsi plusieurs fois de monture. Les Latins appelaient ces sortes de cavaliers desultores, et les Grecs anabatai.

La course des chars était le plus renommé de tous les exercices et celui qui faisait le plus d'honneur. Les rois eux-mêmes aspiraient à celte gloire avec beaucoup d'empressement , persuadés que le titre de vainqueur dans ce» combats ne le cédait guère à celui de conquérant, et que la pnlmc olympique rehaussait de beaucoup l'éclat du sceptre et du diadème.

Les chars avaient la forme d'une coquille monlée sur deux roues, avec un timon fort court auquel on attelait deux , trois ou quatre chevaux de front (bigœ, quadrigœ); de là les noms de duômoi , telhrippoi , tetraôroi , etc. Quelquefois on mettait des mules à la place des chevaux, et le char alors s'appelait apênê. Ces chars, à un certain signal , partaient tous ensemble : le sort avait réglé leur place; ce qui n'était pas indifférent pour la victoire , parce que, devant tourner autour d'une borne, celui qui avait la gauche en était plus prés que ceux qui étaient à la droite et qui par conséquent avaient un plus grand cercle à parcourir. On faisait douze fois le tour de l'hippodrome. Celui qui avait le plus lot achevé le douzième tour était proclamé vainqueur. Le grand art consistait à prendre le point le plus propre pour tourner autour de la borne : car , si le conducteur du char s'en approchait trop , il courait risque de s'y briser ; et s'il s'en éloignait trop aussi, son antagoniste le plus voisin pouvait lui couper le chemin et prendre le devant. Il ne faut pas croire cependant que dans la suite de la course les combattans gardassent toujours le rang dans lequel ils parlaient ; ce rang changeait souvent plusieurs fois dans un assez court espace de temps, et ces vicissitudes faisaient le plus grand plaisir des spectateurs et redoublaient l'intérêt du combat.

Tous ceux qui aspiraient à la victoire n'étaient point obligés à conduire eux-mêmes leur char;

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il suffisait qu'ils fussent présens au spectacle ou même qu'ils envoyassent les chevaux destinés a mener le char ; mais dans l'un cl l'autre cas , il fallait d'abord faire inscrire sur les registres les noms de ceux pour qui les chevaux devaient combattre, soit dans la course des chars, soit dans la simple course à cheval.

Les femmes, au témoignage de Pausanias (livre 3*), furent admises par la suite à disputer le prix de la course des chars. Cynisca , sœur d'Agésilas, roi de Lacédémone, fut la première qui , par sa victoire , ouvrit celte carrière aux personnes de son sexe. Les Spartiates lui érigèrent un superbe monument, et une inscription en vers transmit à la postérité la mémoire de son triomphe.

La lutte paratl avoir été usitée dès les premiers siècles de la Grèce. Hercule l'institua aux jeux olympiques, et Thésée aux jeux islhmiquesen même temps. Jusqu'à ce héros la lutte s'était pratiquée sans art et d'une manière toute naturelle ; mais il établit le premier les palestres où des maîtres l'enseignaient aux jeunes gens.

Après que les lutteurs s'étaient frottés d'huile, on les divisait par couple, et ils en venaient aux mains. C'est alors qu'il fallait les voir se mesurer des yeux , puis soudain s'empoigner et s'enlacer mutuellement de leurs bras nerveux , se tirer rudement en avant , se pousser et se renverser en arrière , se serrer à la gorge jusqu'à s'oler la respiration , se plier obliquement et sur les côtés , s'enlever en l'air, se heurter de front comme des béliers. Pour être vainqueur il fallait renverser son adversaire trois fois. Do là les verbes Iriaxai et apolriaxai, remporter la victoire, et apotriachthênai , Cire vaincu. On distinguait deux sortes de luttes : orthia pâli , ou orthopalê , où les combattons devaient se tenir debout; et anaklinopalê , où ils pouvaient à leur choix se rouler sur l'arène. On le» nommait alors kulistikoi. Le vaincu reconnaissait sa défaite de vive voix , ou en levant le doigt en l'air ; de là l'expression aire daktulon, confesse-toi vaincu.

Le pugilat pugmê , ou pugmiké , était un combat à coups de poings. Les pugilistes armaient quelquefois leurs mains de pierres ou de masses de métal , nommées sphairai , et le combat s'appelait alors sphairomachia. Dans les premiers temps , on combat lait seulement avec les poings ; l'usage du ceste s'Introduisit par la suite.

C'était une espèce de gantelet composé de plusieurs courroies ou bandes de cuir, qu'on fortifiait par des plaques de fer, de cuivre ou de plomb : il se liait à l'entour du bras et servait à rendre les coups beaucoup plus violens. Le grand art dans cet exercice consistait à éviter les coups de son adversaire par un mouvement souple du corps cl à ne point porler ses propres coups à faux. On les dirigeait sur le visage de l'adversaire, et les meurtrissures s'appelaient alors upôpia.

Quelque acharnés que fussent les combattans l'un contre l'autre , l'épuisement où les jetait une trop longue résistance les réduisait souvent à la nécessité de prendre un peu de repos. Ils supendaient donc de concert le pugilat] pour quelques momens, qu'ils employaient à se remettre de leurs fatigues el à essuyer la sueur dont ils étaient inondés -, puis ils revenaient une seconde fois à la charge et continuaient à se battre jusqu'à ce que l'un d'eux, laissant tomber ses bras de faiblesse et de défaillance, fît connaître qu'il succombait à la douleur et à l'extrême lassitude, el qu'il demandait quartier, ce qui était s'avouer vaincu.

Le pancrace était un combat composé de la lutte et du pugilat. On le nommait ainsi (de deux mois grecs , pan kratos) parce qu'il exigeait toute la force du corps. Dans la lutte , il n'était pas permis de jouer des poings, ni dans le pugilat de se colleter; mais dans le pancrace, non-seulement on avait droil d'employer toutes les ruses pratiquées dans la lutte , on pouvait encore emprunter le secours des poings et des pieds, même des dents et des ongles pour vaincre son adversaire.

Le disque (diskos) , sorte de palet pesant , rond el plat , de trois ou quatre pouces d'épaisseur, était fait quelquefois de bois , mais le plus souvent de pierre , de plomb ou de fer. Ceux qui s'exerçaient à ce combat s'appelaient di*koboloi, lanceurs de disque; et le vainqueur était celui qui le lançait le plus loin. On attribuait aux Lacédémoniens l'invention de cet exercice salutaire , dont le but était de rendre les hommes plus propres à porler le poids des armes el à en faire usage.

Le saut {aima) lirait son nom apo tou allesthai. Quelquefois les sauleurs se présentaient les mains vides -, quelquefois ils portaient dans leurs mains , sur leur tête et sur leurs épaules, | des poids de métal ou de pierres nommés al-

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tires, qu'ils jctaienl en l'air, à l'instant où ils I s'élançaient, pour donner à leur corps plus d'élasticité. La lice , d'où l'on sautait , s'appelait bâtir; le but, ta eskammena , de sxaptô, creuser, parce qu'on le désignait en creusant la terre ; de là le proverbe pédan uper ta eskammena, sauter au-delà du but, appliqué aux extravagant.

Le» Grecs donnaient le nom de pentathle A l'assemblage des cinq sortes d'exercices agonisliques mentionnés dans ce vers :

Aima , pod&keiin , ditkon, akonla, palin.

Le saut , la course , le disque , le pugilat et la lutte. On croit que cette sorte de combat se décidait en un seul jour et quelquefois même en une seule matinée. Pour en mériter le prix , qui était unique, il fallait être vainqueur à tous ces divers exercices.

Avant la fin du cinquième jour on se rendait en foule au stade pour assister à la proclamation des vainqueurs , qui n'était qu'une répétition générale de ce que l'on avait fait à la suite de chaque combat. En un instant les gradins du cirque , la colline Cronium , le bois sacré de l'Altis et toutes les avenues du stade étaient inondés des flots de la multitude, qui se pressait au milieu de l'allégresse universelle et publique. Les couronnes étaient placées dans le stade sur des trépieds d'airain, et les palmes dans des urnes. Alors le son de la trompette se faisait entendre ; aussitôt le silence régnait parmi les spectateurs , et l'un des présidens (e/- Unodikai) proclamait A haute voix les noms des vainqueurs, tandis qu'un autre leur metlait la couronne sur la tête et dans la main droite la palme de la victoire. A cette vue, des acclamations s'élevaient de toutes parts, des cris mille fois répétés frappaient les airs et faisaient retentir au loin les vallons du Cronium et les rives de l'Alphée -, alors un héraut, précédé d'une trompette , conduisait tout autour du stade l'athlète revêtu d'un manteau magnifique , et répétait à la multitude son nom et celui de sa patrie; partout on lui jetait des fleurs ; partout , sur son passage , les acclamations redoublaient ; partout ou lui témoignait avec transports la part qu'on prenait à sa victoire , et le plaisir qu'avait causé le spectacle de son combat. Comme il pouvait remporter plus d'une victoire , il recevait aussi plus d'une couronne et plus d'une palme.

Avant que les vainqueurs quittassent la carrière , un des présidées inscrivait sur le registre public leur nom , celui de leur pays et l'espèce de combat dans lequel chacun avait remporté la victoire; enfin l'on proclamait solennellement le vainqueur à la course des chars , et son nom était donné A l'olympiade.

Voilà donc quelle était dans le principe la récompense de tant de travaux , une couronne d'olivier sauvage , une simple branche de palmier! Et c'était pour l'obtenir que les Grec» supportaient tant de fatigues , s'imposaient tant de privations ! La politique de ce peuple voulut faire entendre par là que l'honneur devait en être le seul but , et non point un vil intérêt; il voulut accoutumer ses enfans A ne chercher pour récompense de la vertu que la vertu même. Eh! de quoi en effet n'auraient pas été capables des hommes qui se seraient habitués à n'agir que par ce principe ? C'est aussi ce qui causa l'étonnement de Tigrane , l'un des principaux chefs de l'armée de Xercés, lorsque, entendant raconter ce qui faisait le prix de ces jeux , il s'écria , en s'adressant A Mardonius , général de l'armée persane : « Ciel ! avec quels hommes nous allezvous mettre aux mains ! Insensibles A l'intérêt , ils ne combattent que pour la gloire ! » Exclamation pleine de sens et de sagesse , qui fut regardée par l'orgueilleux Xercés comme l'effet d'une honteuse lâcheté.

Longtemps les Grecs bornèrent toute leur ambition A de simples couronnes ; et ce désintéressement leur fut d'autant plus honorable qu'il était un témoignage authentique du cas qu'ils faisaient de la pauvreté , A laquelle ils ne craignaient pas d'associer les dieux qui présidaient A ces combats. C'est ce qui a fait dire A Aristophane , dans Plutus :

O Zeus dêpou penetai .- kai tout 'idi phanerôs se didaxo. F.i gar eploutei , pôt poiôn autos ton Olumpiakott agôna.

Ina tout Ellênat apantas aei di' etou» pemptou xvnageirei,

Anekerutten tôn alhlitôn tous nikdntas, stephanàsas Kotinou stephanô ? haitoi chrusô mallon eehrén, eiper eploutei.

Mais dans la suite les princes et les personnages opulens , qui ne dédaignaient pas de se mesurer dans la carrière, introduisirent des changemens et firent peu A peu disparaître cette antique et admirable simplicité. D'abord.

SUR LES JEUX

od permit aux athlètes victorieux de fournir de* table» magnifiques pour exposer le» couronnes ; celle d'Iphitus était ornée de basreliefs , ouvrage de Cololès , élève de Phidias. Puis, comme la poésie faisait ordinairement Téloge des vainqueurs, chacun d'eux fut jaloux de voir célébrer son triomphe par un panégyriste dont la renommée s'étendit au loin -, au»»i payait-on à grands frais les poètes les plus célèbres et un chœur nombreux de musiciens , qui mêlaient leurs accords mélodieux aux chants de» hymne». Bientôt la sculpture se réunit à la poésie et à la musique pour éterniser ces triomphe». De» statues furent érigées aux vainqueurs dans le lieu même où ils avaient été couronnés , quelquefois aussi dans celui de leur naissance. La patrie faisait ordinairement les frais d'un monument dont elle partageait la gloire. Le bois sacré de l'Altis était rempli d'une quantité prodigieuse de statues des dieux , des héros , et surtout des athlètes } on y voyait aussi un grand nombre d'autels et de trophées magnifiques. Si le vainqueur était peu fortuné , il était nourri le reste de ses jours dans le prytanée aux dépens de la patrie , et le trésor lui payait chaque année 500 drachmes , environ 250 francs de notre monnaie. Ils avaient encore la préséance dan» les jeux publics , et étaient exempts d'impôt et de toute fonction onéreuse. Tous ces avantages sont énumérés dans ce passage de Xénophanes , de Colophon :

AlV ei men tachutiti podôn nikèn tit aroito, i pentathlenôn entha diot temenot, par Pitao rois en (Mumpii, eite palaiôn. i kai puktotunin alginoenan echôn , H te ti deinon aethlon, o pankration kaleousin , attoiei k' eii kedroteros pros akra, kaike proedrièn phanerin en agotin araito, kaike siteii démosiôn kteanôn ek poleôt, kai dôron o oi keimilion eii, eite kai ippoisin tanta g" apanta lachoi.

Lorsque l'athlète retournait dans sa patrie , ses parens et ses amis lui formaient un cortège nombreux ; et à son arrivée ses concitoyens sortaient au-devant de lui pour le recevoir. Monté sur un char à quatre chevaux , et décoré des marque» de sa victoire , il entrait dans la ville, non par la porte, mais par une brèche que l'on faisait exprès à la muraille. On portail des flambeaux devant son char, qui s'avançait lentement au milieu des cris d'allégresse , des fan-

OLÏMP1QUES. 18!

Tares des inslrumens , des chants de victoire , précédé et suivi d'un cortège plus nombreux et plus magnifique encore que celui qui l avait accompagné dans le voyage.

La cérémonie du triomphe athlétique se terminait ordinairement par un festin que le peuple donnait à ses dépens au vainqueur, à ses parens et à ses amis, ou que l'athlète donnait à ses frais ; et alors il régalait souvent une grande partie de» spectateurs. Quand le peuplo en faisait la dépense,, les athlètes étaient traités dans les prytanée*. Celui d'Olympie , placé dans le bois sacré de Jupiter, auprès du gymnase, avait une salle pour les festins publics. Lorsque les athlètes en faisaient eux-mêmes les frais , ils choisissaient des lieux proportionnés à la multitude des conviés. Akibiade , après s'être acquitté des sacrifices dus à Jupiter (car c'était toujours par là que se terminait le cinquième jour des combats) , traita toute l'assemblée avec une somptuosité extraordinaire.

C'était ordinairement au milieu de la joie du ces festins que la poésie célébrait le triomphe du vainqueur et la gloire qui en rejaillissait sur sa patrie et sur ses parens. Aussi l'enthousiasme des convives semblait se communiquer au poète : son esprit s'enflammait; et alors ses chants s'élevaient véritablement à la hauteur de son sujet. Ainsi , quelque magnifiques , quelque sublimes que soient les expressions figurées de Pindare pour représenter la gloire dont se couvraient tes vainqueur» , elles ne sont ni outrées ni hyperboliques et ne font que retracer la haute Idée que les Grecs eux-mêmes en avaient. Ce peuple éclairé ne concevait rien de comparable -, U ne croyait pas qu'il fût permis à un mortel de porter ses désirs plus loin ; et cette opinion subsistait encore du temps de Cicéron et d'Horace. Cicéron , dans ses Tuaculanes, assure que la victoire que Ton remportait aux jeux olympiques était pour les Grecs ce que l'ancien consulat dans toute la «pJendcur de son origine était pour les Romains : Olympiorum Victoria , Grœcis consulatus Me antiqui* videbatur. Ailleurs il dit que vaincre à Olympie était presque dans l'idée des Grecs quelque chose de plus grand et de plus glorieux que de recevoir à Rome les honneurs du triomphe : Olympionicam este , apud Grœcot propè majus fuit et ghriosiùs quàm Itomœ triumphasse (pro Flacco, n. 31). Mais Horace parle de ces sortes de victoires dans des ternies

DISSERTATION

encore plut forts ; il ne craint point de dire qu'elles élevaient le vainqueur au-dessus de la condition humaine ; ce n'était plus un homme, c'était un dieu :

. . . Palmaquc nobilis Terrarum dominos evehil ad Dcos.

Od. I. lib. I.

Slve quos Elea domun reducit Palma «sieste».

Od. 2, lib 4

Cependant le relâchement s'élaiil introduit dans les courses de chevaux et de chars s'étendit insensiblement aux autres exercices. Ces combats, si illustres par leurs auteurs et si utiles par le but qu'ils s'y proposaient, donnèrent lieu aux mattres qui les pratiquaient avec plus de succès et qui les enseignaient a la jeunesse, de s'y livrer par ostentation et de faire assaut entre eux pour le simple plaisir de se donner en spectacle et de chercher à divertir le public.

Aussi l'auteur de l' Esprit des Uns observet-il que, « du temps de Platon, les jeux olympiques étaient encore dignes d'admiration. Ils se rapportaient à un grand objet , qui était l'art militaire. Mais lorsque les Grecs n'eurent plus de vertus ces institutions détruisirent l'art militaire même. On ne descendit plus dans l'arène pour se former, mais pour se corrompre. Plularque raconte que de son temps les Romains pensaient que ces jeux avaient été la principale cause de la servitude où étaient tombés les Grecs : c'était au contraire , reprend judicieusement notre profond politique , la servitude des Grecs qui avait corrompu ces exercices. Ou temps de Plularque , l'exercice de la lutte rendait les jeunes gens lâches , les portait à un amour infâme et n'en faisait que des baladins. Du temps d'Épaminondas , le combat de la luUe faisait gagner aux Thébains la bataille de Leuctres (liv. 8, chap. 11 j. »

La cessation entière des jeux olympiques arriva la deux cent unième olympiade , à compter de celle de Corœbus, Tan du monde 3977; de la fondation de Rome 783, et de notre ère le vingt-huilième. Cette Olympiade se trouve inscrite du nom ftHermogène, de Pergame , qui fut sans doute le dernier vainqueur à la course des chars. Rome, qui jusque-là s'était contentée de vaincre l'univers, vaincue à son tour par le luxe de la Grèce subjuguée, voulut plaire et

avoir ses spectacles , ses cirque» , ses amphithéâtres. Tous les regards se Uni nièrent de ce côté \ les peuples y accoururent en foule pour faire leur cour aux empereurs, et désertèrent insensiblement le stade olympique.

Nous terminerons cette dissertation par quelques réflexions sur la manière dont Pindare divise ses odes en strophes, antistrophes et cjfodes.

Les odes que les premiers poètes composèrent pour célébrer les louanges de la divinité furent non -seulement embellies par tous les charmes de la poésie mais encore relevées par le son des instrumens les plus harmonieux. Bientôt après , la musique ayant été introduite dans le sanctuaire , la danse ne tarda pas à l'être aussi , parce que ces deux arts se lient intimement l'un à l'autre par l'expression ; aussi trouve-t-on chez toutes les nations au nombre des cérémonies religieuses la danse appelée sacrée.

Celle danse était en usage chez les Juifs dans les fêtes solennelles établies par la loi , ou dans les occasions de réjouissance publique pour rendre grâces à Dieu et pour l'honorer. Après le passage de la mer Rouge et avant la promulgation de la loi , Moïse et sa sœur chantèrent et dansèrent devant le peuple pour remercier le Seigneur de les avoir arrachés à la vengeance de Pliaraon. -

Lorsque la nation sainte célébrait quelque événement heureux, où le bras du Tout-Puissant s'était manifesté d'une manière éclatante , les Lévites exécutaient des danses solennelles.

David se joignit à ces ministres sacrés, et dansa en présence de tout Israël lorsque l'arche fut ramenée dans la maison d'Obédédom à Bethléem.

La danse sacrée ne se trouve pas seulement chez le peuple juif, elle était encore pratiquée chez les Égyptiens , qui l'établirent en l'honneur d'Isis. On leur doit aussi l'invention de la danse astronomique , qui s'exécutait dans les temples et qui représentait , par dos mouvemens variés et certaines ligures l'ordre, le cours des astres et leurs différentes révolutions. Platon et Lucien en parlent comme d'une invention sublime.

Orphée, qui avait puisé chez les Égyptiens toutes ses idées sur la divinité et son culte, introduisit aussi chez les Grecs la danse sacrée. De- I puis lui, toutes les fois qu'on élevait un autel

SUR LES JEUX

nouveau on ne muiquait jamais d'en Taire la consécration par des danses publiques.

Des Grecs, la danse passa chez les Romains. On sait qu'à certaines époques, les Saliens, prêtres de Mars, cxécutaienl à Rome des danses publiques en l'honneur de leur dieu. Une Toule d'auteurs en font mention.

Il était essentiel de faire observer cet usage, parce que seul il peut répandre quelque lumière sur ce que l'on doit entendre par strophes, antistrophes et épodes et aider nos lecteurs à s'en former une juste idée.

Dans le temps donc que la musique et la danse accompagnaient inséparablement l'ode, qui célébrait les louanges des dieux, cette dernière espèce de poésie fut divisée de telle manière , qu'on appelait strophe, la première partie de l'ode que le chœur chantait en dansant autour de l'autel , au son de la lyre , de droite à gauche. Par ce mouvement on prétendait représenter celui du inonde , d'orient en occident; car Homère et d'autres poètes anciens appellent a droite ce qui est à l'orient. La strophe Unie , le chœur continuait la danse , mais dans un sens contraire , c'estr-à-dire de gauche a droite/pour imiter, par ce mouvement, celui des planètes, d'occident en orient. Cette seconde partie de l'ode , que l'on chantait pendant celle nouvelle conversion , prenait de là le nom d1 antistrophe. Une règle constante , c'est que les vers de celle-ci devaient être exactement du même nombre , de la même espèce et et dans le même arrangement que ceux de la strophe. On reconnatt au premier coup d'œil que ces mouvemens du chœur ne sont qu'une imitation de la danse astronomique, inventée par les Egyptiens.

Dans la suite , Stésichore termina chaque révolution par une pause assez longue , pendant laquelle le chœur immobile devant la statue du dieu pour représenter la solidité de la terre chantait tantôt debout, tantôt assis, un troisième couplet. Ce couplet étant la clôture des deux autres , fut de là appelé épode (epi ôdê, chant par-dessus), chant pour finir. L'épode était ou plus longue ou plus courte que la strophe, rarement elle lui était égale , elle se composait de vers d'un rhylhmc différent et ne se chantait pas sur le même air.

Ce Stésichore, qui fut, dit-on, le premier inventeur de l'épode , était d'IIimère , en Sicile. On l'appelait d'abord Tisias ^maisdepuislechan-

genicul qu'il lit dans les chœurs , ou le nomma Stésichore, nom qui désigne exactement celte pause qu'il avait introduite. Pausanias raconte que ce poète ayant perdu la vue, en punition des vers mordans qu'il avait faits contre Hélène, ne la recouvra qu'après avoir rétracté ses médisances, par une pièce contraire à la première -, ce qu'on appela depuis , chanter la palinodie.

Chez les Romains , la poésie lyrique se nattant de plaire par ses propres attraits, n'empruntait plus si servilement ceux de l'harmonie. Pensant que sa marche noblement cadencée était suffisante pour séduire et pour charmer, elle se hasarda à se montrer quelquefois seule et négligea de se parer d'ornemens étrangers. A Rome , les odes d'Horace étaient vraisemblablement plus lues qu'elles n'étaient chantées ; et s'il y avait une musique sur laquelle les paroles fussent ajustées ( ce qui n'est pas encore démontré), celte musique n'avait pas différentes parties. Il n'était donc pas nécessaire de les diviser en strophes, antistrophes et épodes. Aussi Horace n'en fait-il pas mention.

Les poètes français ont ressuscité le mol de strophe, et ont donné ce nom aux divisions de leurs odes , parce que ce mot , qui signifie conversion , exprimait mieux et plus brièvement que tout autre, le retour ou la répétition du même mécanisme qu'ils observent dans chacun do leurs couplets , composés invariablement sur lu modèle du premier. Mais une différence sensible entre leurs strophes cl celles de Pindare , c'est que les premières doivent être terminées par un sens parfait , règle qui les fait aussi appeler stances (de l'italien stanza , station) , au lieu que celles du poète grec ne sont terminées, ni par un sens , ni par la fin d'une phrase , ni même, ce qui paraîtra étonnant , par celle du mot , comme on le voit au quarante-cinquième vers de la troisième Olympique.

Voilà tout ce qu'on peut dire de plausible sur cette manière de diviser l'ode chez les Grecs. Les auteurs anciens n'ayant rien de bien précis à cet égard , nous nous sommes bornés à présenter ce qui se trouve dispersé dans les grammairiens, les scoliastes et les commentateurs.

Je ne dirai plus qu'un mol ; et c'est de ma traduction. Frappé des éloges unanimes que Pindare a inspirés à toute l'antiquité et des jugemens divers que plusieurs littérateurs modernes en ont portés, je crus que ce grand

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