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couvert de gkvre (6) sa patrie puissante sur les mers Égine, où Thémis, conseillère de Jupiter Hospitalier, est honorée d'un culte solennel.
Il est sans doute bien dilïlcile de juger avec sagesse au milieu de tant de passions et d'intérêts divers. Mais les dieux, par un décret spécial, ont voulu que celle terre s'élevât comme une colonne au milieu des flots et que les (7) étrangers y trouvassent un égal appui. Ah ! que le temps dans son vol rapide ne Tébranle jamais!
Égine Tut gouvernée par les Doriens (8) , depuis Éaque, que le (Ils de Lalonc et le puissant Neptune associèrent à leurs travaux lorsqu'ils s'apprêtaient a achever les murailles de Troie. Ainsi l'avait arrêté le Destin pour que les remparts dllion pussent s'écrouler au milieu de noirs tourbillons de fumée et des ravages sanglans de la guerre. A peine le mur fatal est-il achevé que trois (9) dragons s'élancent contre ces nouveaux retranchemens : deux tombent et roulent au pied des tours où ils expirent épouvantés-, mais le troisième se jette dans la ville et pousse d'horribles sifllemens. Alors Apollon, méditant sur ce funeste présage, fait entendre ces paroles : « Je vois Pergamc prise par cet endroit môme que tes mains viennent de fortifier (10), ô Éaque! ainsi me l'expliquent les prodiges que nous envoie le fils de Saturne, le puissant matlre du tonnerre. Tes enfans ne sont point étrangers à cette calaslrophe : je vois (11) tes fils la commencer et les arriéreneveux la consommer. »
A ces mots, interprète des volontés du Destin , Apollon s'éloige et va parcourir les bords du (12) Xanlhe; puis il se retire chez le* belliqueuses Amazones et dans les régions que l'Isler arrose. Le dieu dont les mains sont armées du trident laisse Éaque retourner à Egine et dirige ses coursiers brilla ns d'or vers les hauteurs de Corinthe, pour (13) contempler les jeux qu'on y célèbre en son honneur.
Jamais on ne peut plaire également aux mortels. Que l'envie ne s'irrite donc point contre moi si je célèbre par mes hymnes la gloire que recueille (H) Milésias des succès de ses jeunes élèves : Némée le vit aussi se distinguer lui-même; plus tard, dans l'Age viril, la victoire couronna ses efforts au combat du pancrace. Instruire est chose facile pour un matlre
AllE.
habile; mais enseigner sans avoir la connaissance de son art est la plus grande des folies : tout précepte qui n'est pas fondé sur l'expérience est inutile et vain.
Qui mieux que Milésias peut apprendre par quels travaux doit se former l'alblèle qui brûle de remporter la victoire dans nos combats sacrés. Ah! combien il est maintenant récompensé de ses soins pour Alcimédon! ce jeune héros vient do cueillir une palme que trente autres avant lui durent aux leçons de Milésias. La fortune, à la vérité, lui prodigua ses faveurs; mais ne doit-il pas à son courage d'avoir imprimé sur les membres de quatre jeunes rivaux les marques de leur défaite et de les avoir forcés à cacher leur honte dans l'obscurité et le silence? La joie qu'en ressentit son aïeul (15) rajeunit ses vieux ans, car la prospérité et la gloire font aisément oublier à l'homme la mort cl le sombre empiré...
Mais, en célébrant la victoire d'Alcimédon, ne dois-je pas rappeler le souvenir des Blepsiades (16). Jadis leurs mains cueillirent aussi les palmes du triomphe : aujourd'hui leur digne rejeton ajoute une sixième couronne à celles qu'on leur vil mériter dans nos combats. Ainsi la gloire des vivans rejaillit sur ceux qui ne sont plus, et la poussière du tombeau ne déshérite point les enfans de la gloire de leurs enfans.
O Iphion (17)! dès que la Renommée, fille de Mercure, l'aura apporté aux enfers la nou-. vellc de la victoire de ton fils, hâte-loi d'en instruire Callimaque-, qu'il apprenne qu'un athlète sorti de son sang s'est montré digne de la Taveur de Jupiter et des honneurs d'Olympie.
Puisse ce dieu favorable combler toujours de ses bienfaits les descendans des Blepsiades ! Puisse-t-il chasser loin d'eux les (18) maladies promptes et cruelles! Puisse-t-il forcer ÏSémèsis (19) à ne jamais leur envier une félicité qu'ils ne doivent qu'à leurs vertus, leur accorder une vie exemple de maux et accroître leur bonheur et la prospérité de leur patrie!
A EPH ARMOSTF. (2) D'OPONTR (3), vainqueur i U lutte.
Loin de moi cet hymne d Archiloque qu'O-
lympie entend souvent répéter (4) , ce triple re- pierres (13) un peuple doni le nom seul rap-
frain bruyant : Gloire au vainqueur / 11 a pu suffire pour guider les pas d'Epharmosle et les chœurs de ses amis près du mont de Saturne.
Mais aujourd'hui, ô Musc! c'est à toi de faire entendre d'autres concerts-, que nos accens soient dignes du puissant maître de la foudre et des sommets (5) de l'ÉIide, que Pélops, le héros de la Lydie , conquit pas sa bravoure et assura pour dot à la belle Hippodamie.
Dirige d'abord ton vol heureux vers la ville d'Apollon: ne crains pas de ramper; tu célèbres aux accords de ta lyre un illustre enfant dOponle, qui vient de s'immortaliser à la lutte. Chante donc et le fils et la mère, chante Oponle, séjour fortuné de Thémis (6) et sa fille la glorieuse Eunomie.
Les sources (7) de Castalie et les bords de l'Alphéc sont également témoins de la valeur d'Epharmosle; et les lauriers de sa couronne rehaussent aujourd'hui la gloire de cette patrie des Locriens, si rameuse par sa fertilité.
O cité chérie, puissé-je, par l'éclat de mes chants, répandre au loin ta gloire avec plus de vitesse que le coursier rapide ou que le vaisseau léger qui fend Tonde! Pourvu qu'une main divine daigne m'introduire dans le jardin des Grâces et m'aide à y cueillir quelques fleurs. Les Grâces seules donnent la beauté, de même que les dieux distribuent aux mortels la force et la sagesse. El comment Hercule, lorsqu'il attaqua (8) Pylos, aurait-il pu, sans autres armes que sa massue, résister au trident de Neptune, braver (9) Apollon, qui épuisa contre lui les traits de son arc d'argent , et rendre (10} immobile dans la main de Pluton cette baguette fatale avec laquelle il conduit dans le séjour des ombres les victimes de la mort?...
Silence, ma bouche! loin de toi de sembables récits! Médire des dieux est une fausse et odieuse sagesse et le symptôme de la folie. Cesse (11) donc de proférer d'imprudentes paroles et de nous représenter les immortels déchirés par les dissensions et les combats.
Chante plutôt la cité de (12) Prologénic où, par l'ordre de Jupiter-Tonnant, Deucalion et Pyrr ha, descendant du ciel, trouvèrent leur premier asyle, oû, sans suivre les lois de la nature, ils propagèrent leur race et firent sortir des
pelle l'origine. Consacre-leur des chants harmonieux, mais nouveaux; car si la vieillesse esl louable dans la liqueur de Bacchus, la nouveaulé prêta toujours des charmes aux accens de la poésie.
Je dirai donc qu'à celte époque, un déluge engloutit la terre sous la profondeur de ses ondes; mais que bientôt les flots, refoulés au loin , rentrèrent dans les abtmes creusés par la puissante main de Jupiter.
Ce couple illustre, ô Ephàrmoste ! fut la souche de tes magnanimes aïeux ; ainsi les héros de ton sang sont également issus des filles de Japhel et des fils valeureux de Saturne, qui régnèrent toujours dans Oponle, leur berceau et le lien.
Jadis le puissant roi de l'Olympe enleva de la terre (H) des Éphéens la fille d'Oponle , et s'unit à elle sur les sommets du (15) Ménale: puis il la rendit à Locrus son époux, afin que la mort ne le vînt point surprendre sans postérité.
Protogénie portail dans son sein un gage de la tendresse de son divin ravisseur; et Locrus fut transporté de joie en voyant naître cet enfant , dont il n'était que le père adoplif. Il voulut que ce fils, depuis si célèbre par sa beauté et ses vertus, prit le nom de son aïeul maternel , et qu'il régnât sur la ville et les peuples d'Oponte.
Bientôt des émigrés d'Argos (16) , de Thèbes , dArcadic el de Pisc accourent se ranger sous ses lois. Mais, de tous ces étrangers celui qu'il honora le plus fut le fils d Aclor et d'Égine, le vaillant Ménélius. Il était père de ce guerrier qui accompagna les Alrides dans la contrée où régna Teulhras (17) , et qui soutint seul avec Achille le choc des bataillons troyens, lorsque Télèphe (18) repoussait les enfans de Danaûs cl les forçait â se retirer en désordre dans leurs vaisseaux.
Dès ce jour on connut la valeur de Palroclc; dès ce jour le fils de Théiis ne voulut plus que ce brave s'exposât aux hasards des combats meurtriers, sans être protégé de sa lance redoutable aux mortels.
Qui m'inspirera maintenant de* chants su-
PINDARE
blimcs , cl me rendra digne de m'asscoîr sur le char des Muses ! C'est là que la hardiesse (19) sera donnée & mes pensées el la force à mes paroles.
Chantre de l'hospitalité et de nobles exploits, je viens célébrer le triomphe que I,ampromaque (20) et Épharmoste ont remporté en un même jour aux jeux islhmiques. Déjà deux victoires les avaient signalés aux portes de Corinthe ; le nom d'Epharmosle a depuis été proclamé dans la forêt de .\émée. Argos (21 ) lui a décerné la couronne des hommes faits , et Athènes (22) celle de l'enfance.
Mais de quelle gloire ne se couvrit-il pas à Marathon (23) lorsque , dédaignant de combattre des rivaux de son âge, il enlevait à des athlètes vigoureux la coupe d'argent , prix du triomphe \ el , qu'après les avoir vaincus par son agilité et son adresse , il parcourait la lice aux bruyantes acclamations des spectateurs. Dieux î que de noblesse répandaient sur sa personne les grâces du jeune ftge, rehaussées par son héroïque valeur!
Partout il a paru digne d'admiration , et aux peuples de Parrhasic (24) dans les fêtes publiques de Jupiter Lycéen, el à Pellène (25), où il obtint, pour prix de sa bravoure, un manteau que ni les vents , ni les frimas ne sauraient pénétrer. Le tombeau d'Iolas (26) cl la maritime Eleusis (27) ont été aussi témoins de ses exploits.
C'est de la nature que nous vient tout ce qui est parfait. Cependant combien de mortels s'errorcenl d'acquérir de la gloire par des vertus empruntées à l'art et aux préceptes ; mais tout ce qu'on entreprend contre nature el sans la divinité , il est peu important que la renommée le publie ou le laisse dans l'oubli du silence. Ainsi, il est certaines roules qu'il n'est pas donné à tout homme de parcourir; car les mêmes désirs ne les enflamment pas tous , et la sagesse exige les plus grands efforts.
Maintenant, ô ma Musc! offre à Épharmoste cet hymne qui doit immortaliser sa victoire, et public à haute voix qu'issu d'un sang divin, ce héros fut doué dès sa naissance d'une souplesse , d'une dextérité et d'une force extraordinaires. Cet éloge est bien dû à celui donl la main victorieuse a naguère couronné au milieu
des banquets sacrés l'autel (28) de l'invincible Ajax , fils d'Oïlée.
A AGÉSIDAMK(2) locrien KPIZKPHYRIEN ,
O Muses! rappelez à mon cœur le souvenir du fils d'Archcslrate, qu'Olympie a couronné. Je lui devais le tribut de mes chants, comment ai-je pu l'oublier (3) ?... El loi , fille de Jupiter, céleste Vérité (4), que tes mains pures éloignent de moi le reproche odieux d'avoir voulu tromper un hôte et un ami. Si le temps qui s'est écoulé depuis enlève de son prix à mon hommage , ne puis-je pas , en payant ma dette avec usure (5), éviter les traits de la satire et de l'envie?
Je vais donc le chanter maintenant; mes chants feront disparaître le blâme, comme les ondes engloutissent le caillou qu'elles roulent dans leurs cours (6). Ainsi , cet hymne consacré à Agésidameet à sa patrie n'en sera pas moins digne d'eux el de l'amitié dont ils m'honorent : car la vérité règne dans la cité de Locres (7), et ses citoyens excellent également dans l'art divin de Calliope (8) el dans les travaux de Mars.
Jadis Hercule, malgré sa force, fut traint à reculer (9) devant Cycnus ; el loi , que vient d'illustrer une victoire remportée à Olympie, Agésidame, rends des actions de grâces à lias (lOj, comme autrefois Palrocle en rendit à Achille. La voix du courage enflamme un cœur généreux, el l'élève au faite de la gloire, avec la protection du ciel j mais combien peu de mortels ont acquis sans de grands travaux celte renommée, qui répand tant d'éclat sur la vie.
Docile aux lois de Jupiter, je veux aussi chanter ces antiques jeux que le vaillant Hercule institua près du tombeau de Pélops, après avoir immolé à sa vengeance les deux flls de Neptune, !o brave Cléatus (11) et son frère Eurytus. Il voulait forcer Augias à lui payer le salaire promis à ses travaux \ et ce roi parjure le lui refusait. Déjà les audacieux enfans de Molione avaient défait l'armée du héros de Tirynlhe dans les défilés de l'Élide, où elle s'é-
lait arrêtée. Mais à son tour, il leur tend des embûches dans les bois que domine Cléone, et les Tait tomber sous ses coups. Bientôt le perfide roi des Epéens voit son opulente patrie ravagée par le Ter et le feu , s'engloutir dans un abîme de maux ; tant il est difficile d'échapper à la vengeance d'un plus puissant que soi! Lui-même réduit au désespoir par le sac de sa ville, se montre le dernier aux regards d'Hercule, et ne peut éviter une mort cruelle.
Apres sa victoire, le magnanime fils de Jupiter rassemble à Pise ses guerriers et les dépouilles qui sont le prix de sa valeur; puis il dédie à son père , le puissant roi des dieux , un temple magnifique ; trace dans une vaste plaine l'enceinte sacrée de l'Altis , et veut que l'espace qui l'environne soit destiné à recevoir les tables des festins. Enfin il honore l'Alphée et les douze grands dieux , et appelle Colline de Saturne ce tertre qui, sous le règne d'OEnomaûs , était sans nom et toujours couronné de neiges et de Trimas.
A celte inauguration première assistèrent les Parques et le Temps, père de la Vérité. C'est lui qui nous a appris comment Hercule partagea les dépouilles de ses ennemis , et consacra les prémices de sa victoire par l'institution des solennités olympiques, qui se renouvellent tous les cinq ans. Musc, dis-moi quels furent les premiers qui s'ouvrirent la carrière de la gloire, en obtenant la couronne, soit par la force de leurs bras , soit par l'agilité à la course ou la rapidité des chars.
Celui qui d'un pied léger parcourut le plus rapidement toute la longueur du stade fut le fils de Licymnius (12), OEonus, venu de Midée, à la tète d'une armée valeureuse. Échémus(l3) illustra Tégée, sa patrie, par le prix de la lutte, et Doryclus (14) de Tirynlhe par celui du pugilat. Le filsd'Halirotius,SamusdcMantinée, fut vainqueur & la course du char attelé de quatre coursiers. Le javelot de Phrastor frappa le but; Enicèus , après avoir d'un bras vigoureux fait tourner rapidement son énorme disque de pierre, le lança à une prodigieuse dislance, et vil sa victoire saluée des acclamations unanime* de ses rivaux. Le soirde ce grand jour, la pleine lune versa sur la lice les rayons de sa douce lumière , et l'enceinte sacrée de toutes parts retentit de la joie des festins et
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des louanges des vainqueurs. Fidèles à ces rit* antiques , nos chants de victoire vont célébrer, en l'honneur du héros qu'Olympie a couronné, le dieu (15) qui fait gronder son tonnerre , et qui , d'une main terrible , lance au loin la foudre , dont les éclats proclament sa puissance.
O Agésidame , les accords de la flûte seconderont la délicieuse harmonie de mes accens ; et , quoiqu'ils aient retenti après un trop long délai sur les bords de la célèbre Dircé (16), ces chante n'en seront pas moins pour toi ce que la naissance d'un fils est pour un père dans sa vieillesse. De quel amour son cœur paternel nebrûle-l-il pas pour ce tendre objet de ses désirs ! car rien n'est plus douloureux pour un mortel , sur le seuil de la tombe , que de voir ses richesses devenir la proie d'un étranger.
De même, ô Agésidame! quelque gloire qu'un vainqueur ait cueillie , s'il descend au palais de Pluton sans que les chants des poètes aient consacré ses hauts faits , il s'est fatigué longtemps pour ne jouir que d'un instant de bonheur. Mais toi , les doux accords de la lyre et le* modulations de la flûte célèbrent ton triomphe , et les Piérides (17), filles de Jupiter, en éternisent la mémoire.
Pour moi , qui partage leurs divins transports , j'ai chanté l'illustre nation des Locriens , j'ai répandu la louange de mes vers , comme un miel délicieux , sur leur cilé féconde en héros , et j'ai payé un juste tribut d'éloges au fils d'Archestrate. Je l'ai vu prés des autels d'Olympie remporter la victoire , par la force de son bras , k cet âge de grâces et de jeunesse où était Ganymède (18) lorsque, avec le secours de Cypris , il repoussa la mort.