‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 147 sur 395 · A THÉRON · texte numérisé non relu

A THÉRON

Puissent les (2) fils de Tyndare, protecteurs de l'hospitalité, puisse la belle Hélène se montrer aujourd'hui propices à mes chants! Je célèbre Agrigente cl l'illustre Théron , qui fait voler avec tant de succès dans la carrière olympique ses coursiers aux pieds légers et infatigables.

Ma Muse m'inspire des chants extraordinaires , cl me presse de marier tour à tour aux accords variés du mode dorien les accens de ma voix qui fait l'ornement des festins. Déjà le front du vainqueur ceint de l'olivier triomphal m'invite à m'acquiter d'une dette sacrée, à unir les sons de ma lyre aux modulations de la flûte pour célébrer dans mes hymnes le glorieux fils d'OEnésidame. Tu m'ordonnes aussi de chanter, ô Pise! source divine où les mortels puisent toujours la plus sublime louange.

Suivant l'antique usage établi par Hercule , un citoyen d'Élolie (3), juge intègre de nos combats , orne le front de l'athlète victorieux d'une couronne d'olivier verdoyant. Le fils d'Amphitryon apporta (4) jadis cet arbre des sources ombragées de (5) Pister : la douce persuasion le lui ayant fait obtenir des peuples hyperboréens, fidèles adorateurs (6) d'Apollon , il voulut que ses rameaux fussent la récompense glorieuse de nos triomphes.

Il méditait encore dans son cœur un beau dessein : celui de consacrer à Jupiter un bois capable de recevoir tous les enfans de la Grèce , et de donner par son feuillage de l'ombre aux spectateurs et des couronnes à l'athlète victorieux. Déjà le héros avait élevé dans ces lieux un autel à son père , alors que Phébé sur son char d'argent montrait en entier son disque lumineux -, déjà il y avait placé le tribunal des juges incorruptibles du combat, et arrêté que, tous les cinq ans, on célébrerait ces grands jeux sur les bords de l'Alphée. Mais ces beaux arbres, dout l'aspect délicieux charme aujourd'hui nos regards, n'embellissaient point encore le (7) Cronium et la vallée de Pélops : ce lieu n'avait ni ombre ni verdure ; il était exposé de toutes parts aux rayons d'un soleil ardent.

Cependant le fils de Jupiter brûlait de se | tueux A la nouvelle du triomphe d'un hôte qui

lui est cher! Reçois, fils de Saturne, maître souverain de l'Etna mugissante , dont le poids écrase le furieux (4) Tiphon aux cent têtes, reçois ce témoignage de ma reconnaissance , cet hymne consacré au vainqueur d'Olympie et qui doit immortaliser les plus héroïques vertus.

Voici (5) venir Psaumis sur son char de triomphe : le front ceint de l'olivier de Pise, il se hâte de retourner à Camarina sa patrie , pour y recueillir une gloire éternelle. Puissent les dieux exaucer tous les vœux de ce héros dont je célèbre les louanges!

S'il fut habile à dresser les coursiers, il fut encore plus ami des vertus hospitalières et de la paix si favorable au bonheur des cités. Je n'embellirai point mes éloges des couleurs du mensonge : de tout temps l'expérience apprit à juger les hommes.

C'est elle qui jadis vengea le fils de (6) Clymène de l'affront des femmes de Lemnos, lorsque vainqueur à la course, malgré le poids d'une armure d'airain, il s'avança vers Hypsipye pour recevoir de ses mains la couronne triomphale : « Reconnaissez en moi, lui dit-il, ce guerrier aussi brave dans les combats que souple et agile à la course. » Souvent la (7) jeunesse voit blanchir ses cheveux avant les jours fixés par la nature.

transporter en Istrie, où jadis la belliqueuse fille de Lalone le reçut lorsqu'il descendait des coteaux et des vallons sinueux de l'Arcadie, et que, pour obéir a l'oracle de son père et accomplir les ordres (8) d'Eurysthée, il poursuivait cette biche aux cornes d'or que (9) Taygéte avait jadis consacrée à Diane (10) l'Orlhosienne.

En «'attachant A ses traces , il arriva dans ces régions que Borée ne tourmenta jamais (11) de son souffle glacial. Frappé de la beauté des arbres qu'elles produisent , il forme aussitôt le projet d'en orner la carrière où (12) douze contour» égaux mesurent le terme de la course. El aujourd'hui il honore de sa présence la pompe de celte fête (13) avec les jumeaux de la belle Léda ; car lorsque le héros fut monté dans l'Olympe , il les chargea de présider à ces nobles combats, et de juger de la force des athlètes et de l'adresse des écuyers à faire voler un char dans l'arène

Mail, ô ma Muse! hâte-toi de célébrer la gloire immortelle que Théron et les (14) Emménides viennent d'acquérir par la protection des illustres fils de Tyndare. Quels mortels sont plus dignes d'être chantés? Nul n'ouvre comme eux sa table généreuse & l'hospitalité; nul ne remplit avec plus de religion les devoirs sacrés que les dieux nous imposent. Oui, si l'eau règne sur les élémens, si l'or esl le plus précieux des biens que l'on puisse posséder, ah ! les vertus de Théron sont encore mille fois préférables ! Elles l'ont conduit jusqu'aux colonnes (15) d'Hercule, au delà desquelles aucun mortel, le sage même, ne se flattera jamais d'atteindre... Cessons nos chants : tout autre éloge serait téméraire.

A MAUMIS DR CAMARINA (1), Vainqueur a la courte aux cheYaux fa;.

Toi dont la main puissante lance au loin la foudre au vol impétueux, grand Jupiter, les (3) Heures tes filles me rappellent à Olympie pour être témoin de ses illustres combats, et chanter les vainqueurs aux sublimes accords de ma lyre !

Quelle est grande la joie de l'homme ver-

AU MÊME PSAUMIS (1).

Vainqueur a la courte dea ebara (a).

Fille (3) de l'Océan , recevez avec joie cette palme dont Olympie vient de couronner le plus glorieux des triomphes et de sublimes vertus. Psaumis la dépose à vos pieds ; elle est la récompense des infatigables coursiers de son char.

C'est A ce mortel généreux que Camarina doit son agrandissement et son lustre (4) , et ces douze autels que sa religion a consacrés aux grands dieux de l'Olympe et sur lesquels le sang des taureaux a coulé pendant les cinq jours solennels où Pise le vit se distinguer par son adresse à diriger un char, A faire voler ses

m pin!

mule* cl à guider un célès rapide, Quelle gloire ne vous a-l-il pas acquise en ce jour ou il a fait proclamer et le nom de son père Àcron et celui de sa patrie (;>) relevée tout récemment de ses ruines par sa munificence.

A peine revenu de ces lieux charmons où lout rappelle OEnomails et Pélops , c'est dans ton bois sacré, ô Pallas! prolectrice (6) des cités, qu'il offre ses premiers vœux. La pompe (7) de ses fêtes embellit le fleuve Oanis , le lac dont les bords l'ont vu naître, el ces canaux magnifiques par lesquels l'Hipparis (8) porte le tribut de ses eaux, les matériaux de nombreux el superbes édifices , el la richesse et le bonheur à un peuple autrefois indigent.

Toujours les entreprises périlleuses coûtent à l'homme vertueux beaucoup de peines el de travaux ; mais quand un heureux succès couronne de tels efforts , alors les peuples applaudissent a leur sagesse.

O Jupiter sauveur! toi qui foules aux pieds les nues (9), qui habites le Cronium et te plais sur les bords majestueux de l'Alphée el dans l'antre (10J sacré de l'Ida, que mes chants, mêlés aux accords des flûtes (11, lydiennes, s élèvent jusqu'à toi! Daigne illustrer à jamais celle cité par les plus éclatantes vertus! El toi, vainqueur olympique, si fier de les coursiers rivaux de ceux de (12) Neptune, puisses-tu, entouré de tes enfans , couler une heureuse et paisible vieillesse.

Le mortel qui joint une santé florissante à la richesse cl à la gloire doit se garder d'envier le sorl des dieux.

A AGÉSIAS SYIUCUSVIN (1), Vainqueur i la course des chara (»).

Quand un architecte habile élève un somptueux édifice , il en soutient les portiques sur des colonnes d'or : ainsi donnons à mes vers un début brillant et pompeux , surtout si le sujet de nos chants est un vainqueur d'Olympie, un prêtre (3) de l'autel fatidique de Jupiter (4) , un fondateur de la puissante Syracuse. Quel hymne assez magnifique sera digne de ce héros , que déjà ses concitoyens ont célébré tant de fois sans envie dans leurs éloges ?

'•inri.

Fils de Soslrate, c'est à toi que conviennent des chants (5) aussi sublimes. La gloire acquise sans péril dans les batailles et sur l'élément perfide n'est d'aucune valeur aux yeux des mortels. Est-elle le prix de pénibles travaux . elle vit éternellement dans leur mémoire. O Agésias ! tu es digne de l'éloge qu'Adrasle jadis adressa au fils d'OlcIée , au devin (6) Amphiaratts, lorsque la terre l'eut englouti avec ses blancs coursiers.

Après que sept bûchers embrasés eurent consumé les corps des guerriers des (7) sept chefs, le triste fils de Talaûs prononça ces paroles : « Je pleure l'ornement el la gloire de mon armée , un sage devin , un vigilant et courageux capitaine. » Eh bien! l'illustre Syracusain que je célèbre mérite aussi cet éloge. Oui , quoique je sois ennemi des paroles de défiance et de contradiclion, je ne craindrai pas de l'affirmer avec serment , oui , je le jure , cl les Muses , qui n'inspirent jamais que des chants pleins de douceur, me pardonneront ce serment.

O Phintis (8) ! attelle-moi promptcmenl ces mules rapides; je vais parcourir aujourd'hui une brillante carrière el raconter l'origine des ancêtres d'Agèsias. Ces mules couronnées à Olympie ne sont pas indignes de Irouver place dans mes chants : elles peuvent mieux que lout aulre guide me conduire à l'instant dans le palais (9) de Pilane, sur les bords de l'Eurotas.

t'nie à Neptune, fils de Saturne , Pitane donna te jour à la belle Evadné aux cheveux d'ébène. Son sein cacha quelque temps le fruit de ses amours; mais le neuvième mois étant arrivé , elle confia à ses esclaves ce dépôt précieux pour le porter au vaillant fils (10) d'Élatus, qui dans (11) Phésanc régnait sur les enfans de l'Arcadie, aux rives de l'Alphée.

Élevée en ces lieux charmans (12), Évadné goûta dans les bras d'Apollon les premières faveurs de Cypris ; mais elle ne put longtemps échapper aux soupçons d'Epytus : cet époux infortuné comprit qu'elle portail dans ses flancs un germe divin. Cependant il renferme dan» son co?ur le feu de la colère qui le dévore et se rend à Delphes en toute hâte pour consulter l'oracle sur un avenir dont il ne peut supporter la pensée. Alors Evadné dépose sa ceinture de pourpre el son aiguière d'argent ; et avec les

secours des Parques et de la bienfaisante (13) Lucine qu'Apollon lui a envoyées, elle enfante, à l'ombre d'épais feuillages, un flls en qui respire la divinilé.

Ainsi Jamus sortit du sein maternel sans peine et sans efforts. Sa mère , en proie aux plus vives alarmes, le laissait étendu à terre lorsque , par Tordre des immortels , deux dragons aux regards étincelans, viennent lui prodiguer leurs caresses et le nourrir du (H) suc délicieux des abeilles.

Le roi bientôt a de nouveau franchi les sommets escarpés sur lesquels s'élève la ville d'Apollon -, il rentre dans son palais , et demande a chacun des siens quel enfant Évadné a mis au monde : « Phébus, leur dil-il, m'a révélé qu'il en est le pére , qu'entre tous les mortels il l'a choisi pour rendre sur la terre les oracles du ciel , et que sa postérité sera éternelle. » Ainsi parle Epy tus. Tous répondent qu'ils n'ont rien aperçu, rien entendu. Cinq jours néanmoins s'étaient écoulés depuis que le fils d'Évadné avait reçu la vie ; on l'avait tenu caché parmi les joncs et les bosquets toufTus, où les violettes (15) purpurines avaient parfumé de leurs suaves odeurs ses membres délicats.

C'est pourquoi sa mère voulut quïl portai à jamais l'immortel nom de (16) Jamus. Et quand le duvet du jeune âge eut orné ses joues de sa blonde couronne, il descend la nuit au milieu de l'Alphée , et invoquant Neptune son aïeul , dont la puissance s'étend au loin , et celui dont l'arc redoutable protège Délos (17;, ouvrage de ses mains, il les prie de lui accorder un de ces honneurs qui contribuent au bonheur des peuples. Alors son père lui fait entendre sa voix fatidique en ces termes : « Lève-toi , mon fils , et suis-moi dans cette contrée où se rendent toutes les nations : c'est là que s'accompliront pour toi mes (18) premiers oracles. »

Ils arrivent ensemble au sommet escarpé du Cronium : là le dieu lui donne le double trésor de la divination. D'abord il recueille les paroles vèridiques d'Apollon ; ensuite , quand Hercule, le noble rejeton des (19) Alcaldes, eut institué en l'honneur de sou père ces combats illustres, ces jeux célèbres par l'affiuence de tous les peuples , Apollon voulut que Jamus établit un oracle sur l'autel même de Jupiter. Drs lors la race des Jamides devint célèbre

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dans toute la Grèce; dès lors s'accrurent ses richesses et sa puissance.

Quiconque s'honore de la vertu mérite de briller aux yeux des mortels, et chacun se reconnaît à ses œuvres -, mais l'envie s'efforce toujours de suspendre le blâme sur la tête de ceux qui , après avoir fourni douze fois la carrière , ont le bonheur de ceindre leur front de l'olivier triomphal.

S'il est vrai , ô Agésias! que les ancêtres maternels, pieux habitans du mont Cyllène, aient souvent offert des sacrifices au céleste messager des dieux qui préside au succès des combats et à la distribution des couronnes, à Mercure, protecteur de l'Arcadie féconde en troupeaux , c'est à lui, n'en doute pas, fils de Sostrate, c'est à son père, au dieu de la foudre, que tu dois la félicité dont lu jouis... Mais quel dieu commande à ma langue Les sons harmonieux des insiruinens m'inspirent des chants sublimes : ainsi crie l'acier sous les froltemens de la pierre.

Métope (20), fille de Slymphale, est mon aïeule maternelle ; Métope donni le jour à Thébes , célèbre par ses coursiers , Thébes que (21 ) j'habite aujourd'hui et dont j'immortalise par mes hymnes les enfans valeureux. O Énée (22) ! excite les compagnons à chanter d'abord Junon (23) Parlhênienne, et à montrer si nous méritons encore cet ancien et injurieux surnom

(24) pourceau de Béotie. Tu es le fidèle interprète des Muses aux beaux cheveux , et de la libouche coulent des sons plus doux que la liqueur de la coupe du festin.

Ordonne-leur encore de chanter Syracuse et

(25) Orlygic, heureuses sous la domination du sage Hiéron , le fidèle adorateur de (26) Cérès , d'Hièron dont la présence embellit les fêles (27) de Proscrpinc et (28) les pompes du puissant Jupiler jEtnéen. Que de fois ma lyre et mes vers n'ont-ils pas déjà répété la louange de ce prince î... Puisse le temps ne jamais troubler sa fèlicilé! Puisse Hiéron lui-même recevoir avec bienveillance cet hymne consarcé au triomphe d'Agésias ! H quitte aujourd'hui Slymphale , cette reine de l'Arcadie si riche en troupeaux , et rentre à Syracuse, son heureuse patrie. Ainsi, pendant une nuit orageuse (29), deux ancres assurent souvent le salut d'un esquif léger.

IMNDAKK.

Quelque part que le sort te porte, ô Agésias, que les dieux t'accordent d'illustres destinées! Puissant mat Ire des mers , époux d'Amphitrite (30) à la quenouille d'or, donne à mon héros une heureuse navigation , et accrois de plus en plus la gloire de mes chants.

A DIAGORAS (1) DE RHODES (2), Vainqueur au pugilat (3).

Tel qu'on voit un père magnifique dans ses largesses , remplir d'un vin pétillant une coupe d'or massif, le plus riche ornement de sa table, reflleurer de ses lèvres, et, l'offrant au jeune époux de sa fille, comme un présent digne d'ôlre transmis de famille en famille, honorer par ce don l'alliance qu'il contracte et rendre ses amis jaloux d'un hymen si fortuné : ainsi je me plais à abreuver du nectar des Muses les athlètes victorieux , et par les doux fruits de mon génie, j'enivre de joie les héros couronnés à Delphes et à Olympie.

Oh ! qu'heureux sont les mortels dont la renommée publie au loin la gloire ! Tour A tour la victoire jette sur eux un regard favorable, et les grâces de la poésie mêlées aux tendres accords de la lyre et de mille inslrumens sèment de fleurs le sentier de leur vie.

Je vais donc te chanter aujourd'hui au son éclatant des flûtes, aux douces mélodies de ma lyre, fille de Vénus (4), Rhodes, puissante reine des mers et épouse du Soleil.

J'unirai ton éloge à celui de Diagoras en célébrant les trophées de cet (5) invincible athlète, que viennent d'ennoblir la palme du pugilat, sur les bords de l'Alphée , et celles qu'on décerne aux (6) sources sacrées de Castalie.

Mes chants n'omettront point Démagèle, son pèro, dont (7) l'équité est bénie en cent lieux. Tous deux habitent cette tle aux (8) trois florissantes cités qui s'élèvent sur les cotes de a vaste Asie , non loin du promontoire (9) où se réfugia l'élite des enfans d'Argos.

Je veux, en commençant leur commun éloge , remonter jusqu'à Tlépolème, issu du grand Hercule.

Par son père, le sang même de Jupiter coule

dans leurs veines; du côté d'Astvdamie, leur mère , ils sont de la race d'Amyntor.

Mais pourquoi faut-il que l'erreur assiège sans cesse le cœur des faibles mortels î Et quel est celui qui , parvenu au terme de sa carrière, peut se glorifier de s'être toujours arrêté au parti le plus avantageux ? Fondateur de cette colonie, on le vit jadis à Tirynlhe, dans un transport décolère (10), tuer d'un coup de massue Licymnius, frère d'AIcmène, issu de la Phrygienne Mèdée.

Hélas! des passions tumultueuses peuvent donc à ce point égarer l'âme d'un sage.

Il part aussitôt pour consulter l'oracle. Le dieu a la blonde chevelure, du fond de son sanctuaire odorant , lui commande de quitter le rivage de Lerne et de diriger sa course vers (1 1 ) cette terre que la mer environne de toutes parts, où le souverain puissant des dieux fit tomber une pluie d'or lorsque , par le secours de l'industrieux Vulcain , Minerve s'élança de son cerveau en poussant un cri qui fit frémir et la terre et les cieux.

A la vue de ce prodige , le dieu qui verse la lumière, le dieu (1-2) fils d'Hypèrion ordonna à ses enfans d'acquitter à l'avenir une dette A jamais sacrée , d'élever aussitôt un autel et d'honorer (13) les premiers, par d'augustes sacrifices , le puissant Jupiter et sa fille A la lance frémissante. Le respect que les hommes ont pour la volonté des dieux est le garant de leurs vertus et de leur bonheur.

Cependant un oubli funeste des ordres du divin Apollon aveugla l'esprit des Rhodiens et les écarta de la roule qu'ils auraient dû suivre : ils font de leur citadelle un temple et immolent des victimes sans avoir le feu sacré (14) pour les consumer. Soudain Jupiter les enveloppe d'une nuée lumineuse et verse sur eux une abondante pluie d'or.

Dès cet instant , la déesse satisfaite leur accorda le don de surpasser (15) par leur adresse tous les autres peuples; dés lors leurs places publiques furent ornées de statues magnifiques semblables à des hommes vivans; dès lors enfin leur gloire s'étendit par toute la terre.

L'homme habile a d'autant plus de talent qu'il n'a pas recours à de vains (16) artifices.

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Ecoutons maintenant l'antique tradition des peuples. Quand le* dieux se partagèrent l'univers, Rhodes n'apparaissait point encore au milieu des flots; elle était cachée dans les profonds abîmes de la mer. Le Soleil Tut exclu du partage, il était absent. Ainsi aucune région ne lui fut spécialement consacrée.

Le dieu du jour le rappelle à Jupiter, qui consent à diviser de nouveau le monde ; mais Apollon s'y oppose : « Je vois , dit-il, sortir du sein des ondes écumanles une tle féconde en moissons et en excellons pâturages. »

Il ordonne aussitôt à Lachésis , dont le front est ceint d'une chaîne d'or , de lever la main et de jurer avec le fils de Saturne, par le serment redoutable des dieux (17), que cette terre qui vient d'apparatlre à la lumière sera désormais son apanage.

Cet inflexible arrêt fut exécuté selon ses désirs; et du milieu des flots surgit à l'instant cette tle renommée. Depuis lors, elle appartint au dieu qui lance les rayons perçans du jour et dont les coursiers soufflent au loin (18) la flamme.

Uni à la nymphe Rhodes, le divin Apollon donna la vie à sept fils, sages législateurs des premiers habitons de celle Ile. L'un d'eux engendra d'abord Jalysus, ensuite Camirc et Lindus. Ainsi le territoire divisé en trois parties forma (rois villes qui prirent , dans la suite des Ages, le nom de leurs fondateurs.

C'est là que le chef des Tirynthiens (19), Tlépolème, trouva un adoucissement à ses malheurs; là on lui (20) offrit, comme à un dieu , de pompeux sacrifices et l'on célébra des jeux en son honneur.

Deux fois Diagoras y a triomphé; trois fois l'Isthme le vil vainqueur, et la forêt de Néméc, et la puissante (21) Athènes l'ont aussi vu voler de triomplc en triomphe.

Le bouclier (22) d'airain, récompense que donne Argos ; les magnifiques ouvrages de l'art que décernent (23) l'Arcadie et Thèbes, les combats fameux de la Bêolie attestent sa valeur.

Six fois (24) Égine et Pellènc ont proclamé sa victoire, et jamais le nom d'un athlète n'orna si souvent la colonne (25) sur laquelle Mégare inscrit le nom des vainqueurs.

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Grand Jupiter qui règnes sur les sommets de (26) I'Atabyre, daigne accueillir mes chants et jeter un regard propice sur ce héros dont Olympie vient de couronner les mâles vertus.

Que sa gloire éclate et dans sa patrie et dans tout l'univers, puisqu'il suit les traces de ses héroïques ancêtres et qu'il marche d'un pas ferme dans les sentiers de la justice.

Dieu puissant, ne permets pas que la race de Callianacte se perde avec sa gloire dans l'obscurité. Ta patrie, ô Diagoras, célèbre aujourd'hui par ses pompes , la prospérité présente des Eralides; mais hélas! le souffle inconstant de la fortune ne peul-il pas nous rendre en un instant le jouet de ses caprises?

vni.

AU JEUNE ALCIMÉDON (1), Vtmqueur à la luue (v).

O tendre mère! qui le plais à orner de brillantes couronnes le front de les athlètes , Olympie, prêle l'oreille à mes accens!

Sanctuaire (3) delà vérité, c'est dans ton enceinte que d'augustes sacrificateurs demandent aux entrailles fumantes (4) des victimes les volontés du maître du tonnerre, sur ces hommes que de pénibles travaux conduisent aux vertus les plus sublimes et au repos, digne récompense de leurs succès; et Jupiter, sensible à leur piété et à leurs prières, leur manifeste ses décrets.

El loi, verdoyant Altis, dont l'épais ombrage embellit le cours de l'Alphéc, reçois cet (5) hymne cl ces couronnes. Quelle gloire n'est pas réservée au mortel assez heureux pour obtenir une de tes palmes ! Mais les mêmes biens ne sont pas réservés à tous les hommes, et les dieux dan« leur bonté ont ouvert mille chemins pour aller au bonheur.

C'est ainsi , ô Timoslhènes! que la fortune a attiré sur ton frère et sur loi les bienfaits de Jupiter, souche de ta race, en le faisant remporter la victoire à Néméc et en donnant à Alcimédon la palme d'Olympie, au pied delà colline de Saturne. Qu'il faisait beau le voir! cl combien sa valeur prêtait de charmes aux grâces de son visage! Vainqueur à la lutte, il a

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