‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 161 sur 395 · PI M) A RE · texte numérisé non relu

PI M) A RE

les combats. Vois ces boucliers d'airain , ce peuple qui se presse en (mile aux hécatombes de Junon et qui brûle d'entendre proclamer le vainqueur; (oui ce brillant appareil t'engage à chanter la double victoire qucThiéus, le fils d'Ulius, a remportée et dans laquelle ce robuste athlète trouve l'oubli de ses pénibles mais glorieux travaux.

Combien n'est-il pas digne d'être chanté par les Muscs, ce héros que la fortune a si souvent couronné a Delphes , à l'Isthme, à Némée, devant l'auguste assemblée de la Grèce! Trois fois le rivage de l'Isthme que les flots ne franchiront jamais , trois fois la terre sacrée soumise autrefois aux lois d'Adrasle l'ont vu conquérir la palme de la victoire. Et maintenant , ô Jupiter ! le vœu que forme encore son cœur, sa bouche n'ose l'exprimer ; mais de la volonté seule dépend le succès de toute entreprise ; et la gloire qu'il (c demande comme un bienfait , ce n'est qu'au prix de ses sueurs et de son courage qu'il veut la mériter et l'obtenir. Mes paroles ne sont point une énigme pour loi , dieu puissant , ni pour l'athlète qui aspire au prix des plus nobles combals de la Grèce, qu'Hercule institua dans l'illustre carrière de Pise. Deux fois, à deux époques de leurs fêtes solennelles, les jeunes Athéniens accompagnèrent de leurs danses et de leurs chants d'allégresse le triomphe de Thiéus ; et la cité de Junon , si féconde en héros , l'a vu apporter avec lui le doux fruit de l'olivier dans des vases durcis au feu el peints des plus brillantes couleurs.

Ainsi, ô Thiéus! lu te montres le digne émule de la gloire que dans tant de combals acquirent (es ancêtres maternels , avec l'aide des Grâces el des fils de Tyndare. Ah ! s'il m'était donné comme à toi d'être le descendant d'un Thrasyclès, d'un Anlias, avec quel orgueil me verrait-on promener mes regards dans Argos !

Combien d'aulres couronnes ont illustré la cité de Prœstus , nourrice d'agiles coursiers ! Quatre fois Némée , quatre fois le rivage corinthien ont entendu proclamer son nom. Que de riches coupes, que de vases d'argent ses athlète* rapportèrent-ils de Sicyonc dans leur patrie ! Combien de fois le tissu moelleux que Pellènc donne au vainqueur flolla-l-il sur leurs épaules! qui aurait assez de loisir pour compter tous les ornemens d'airain que leur distribuèrent à l'envi et Clitor et Tégéc, et les villes de l'Argolidc el | le Lycée, où la victoire couronna la force de i

j leurs bras et la légèreté de leurs pieds , dans lu carrière consacrée à Jupiter !

Faut-il s'étonner que la nature ait fait naître tant d'intrépides alhlèles dans l'antique famille d'Ulius , depuis que Pamphas , un de ses ancêtres , eut reçu dans sa demeure hospitalière Castor et son frère Pollux , héros tulélaires de Sparle , qui de concert avec Mercure et Hercule sont chargés du soin de ces jeux florissans où leur bienveillance protège les hommes justes. Ces deux enfans des dieux tour à tour passent un jour auprès de Jupiter, leur père chéri , et l'autre au sein de la terre, dans la vallée de Thérapnée. Ainsi s'accomplit le vœu de Pollux, qui préféra volontiers ce partage alternatif à une immortalité sans bornes dont il eût seul joui dans le ciel , à jamais séparé de son frère immolé par la lance d'Idas.

Castor venait de lui enlever ses génisses. Assis sur le tronc d'un chêne, Lyncée, celui de tous les mortels qui avait l'œil le plus perçant, l'aperçoit du sommet du Taygète, sur-lechamp il appelle Ida», son frère, et ces deux fiers enfans d'Apharéc, animés par la vengeance fondent sur le fils de Léda et le tuent. Mais Jupiter va leur faire éprouver le poids de son courroux. Pollux accourt et les met en fuile : ils s'arrêtent cependant près du tombeau de leur père. Là , saisissant une statue de Plulon, faite de marbre poli , ils la lancent contre la poitrine de Pollux. Loin de reculer, le héros n'est pas même ébranlé d'un tel choc ; alors saisissant promptement un javelot , il fond sur Lyncée, et le lui enfonce dans le flanc. Au même instant Jupiter lance sur Idas sa foudre vengeresse, et dans un tourbillon de flamme et de fumée consume les restes mortels des deux frères : tant il est téméraire de mesurer ses forces avec un plus puissant que soi! Cependant le généreux fils de Tyndare accourt auprès de Castor ; il le trouve respirant a peine , et près d'exhaler le dernier souffle de sa poitrine glacée. Il l'arrose de ses larmes et, dans l'excès de sa douleur, il s'écrie : « Fils de Saturne, ô mon père ! quel sera le terme de mon malheur ? fais-moi mourir avec mon frère ; quel charme peut avoir la vie pour celui qui a perdu ce qu'il a de plus cher ! » (Dévouement admirable ! Combien peu de mortels consentiraient ainsi h partager les maux de l'amitié malheureuse! )

Ainsi Pollux exhalait ses regrets amers. Soudain Jupiter se présente à lui : « Tu es mon

NEMEENNES.

, lui dil-il ; Ion frère est né d'un morte^que | bres ne sont qu'une enveloppe mortelle, et que

l'hymen fit entrer après moi dans la couche de ta mère/Je laisse néanmoins deux partis a ton choix : consens ou a parlger la demeure des dieux avec Minerve et Mars à la lance sanglante, exempt de la mort et des ennuis de la vieillesse, ou, par amour pour ton frère, à ( associer à sa mortelle destinée, passant tour à tour comme lui la moitié de ta vie dans la nuit du tombeau et l'autre moitié dans le palais resplendissant de l'Olympe. » Ainsi parle Jupiter, et Pollux ne balance point. Aussitôt Castor au casque d'airain ouvre de nouveau les yeux à la lumière, et sa voix commence à se faire entendre.

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