A DINIAS, FILS DE M KG AS
Beauté enchanteresse, qui appelles à ta suite les amours immortels enfans de Vénus , o toi qui brilles sur le front des vierges et dans les yeux des jeunes hommes ! tes attraits inévitables allument dans les cœurs mortels des feux, source de bonheur pour les uns, pour les autres des maux les plus cruels. En amour, comme en toutes choses, il faut saisir l'occasion et n'obéir qu'à des penchans honorables et légitimes. Tels furent ceux qui , sur la couche d'Égine, firent goûter à Jupiter les douces faveurs de Cyprisg et rendirent GEnonc mére d'un roi si renommé par sa sagesse et sa valeur. De toutes parts accoururent vers lui , briguant l'honneur de le voir , la fleur des héros de la
Grèce, et ces guerriers qui commandaient dans j la pierreuse Athènes et les enfans de Pèlops qui régnaient dans Sparte , tous , vaincus sans combat rl admirateurs de ses vertus , venaient avec empressement se soumettre à ses lois.
El moi aussi, divin Éaque, j'embrasse aujourd'hui les genoux et je l'adresse mes vœux ; les plus ardens pour ta chère Égine et pour ses habitans. Ma lyre habile à varier la mélodie des accords lydiens , élève en ce jour un trophée en l'honneur du triomphe que, dans les jeux de Némée , viennent de mériter Dinius et son père Mégas A la double course du stade. De tous les biens , les plus durables sont ceux qu'une main divine verse ainsi sur les mortels : tel fut jadis le bonheur de Cyniras que la maritime Cypre vil comblé de tant de prospérités
Arrêtons un instant ma course impétueuse ; Cyniras avant nous a été célébré tant de fois. Respirons donc ici avant que d'entonner d'autres chants. Il est si dangereux d'exposer à la critique des hommes les récils do la nouveauté et d'éveiller la noire envie : ce monstre fait sa pâture de nos discours; il s'attache aux œuvres du génie sans jamais sévir contre la faiblesse et l'ignorance.
C'est lui qui perdit le fils de Télamon , cl le porta A tourner contre sa poitrine sa propre épée. Guerrier intrépide, mais peu versé dans l'art de la parole, il vit ses droits méconnus et oubliés des Grecs dans une querelle funeste , tandis que l'astucieux qui savait si bien colorer le mensonge fut honoré du pjix de la valeur. I^es généraux des Grecs donnèrent en secret leurs suffrages A Ulysse, et l'invincible Ajax, ainsi privé des armes glorieuses d'Achille , se précipita dans les horreurs du trépas.
Cependant quelle différence entre les coups que l'un et l'autre avaient portés aux ennemis , entre leur audace A repousser les bataillons troyens avec la lance meurtrière, soit dans ce combat qui s'engagea sur le corps d'Achille expirant, soit dans ces jours de carnage où tant de guerriers trouvèrent la mort au milieu des fureurs de Mars !
Elle n'était donc pas inconnue autrefois aux mortels cette odieuse éloquence qui , sous les couleurs d'un langage séduisant , sait voiler la perfidie cl le mensonge, qui toujours déversa l'opprobre sur le mérite et jeta un éclat trompeur sur l'obscurité et l'infamie. Ali ! loin de moi d'aussi coupables artifices. Fais . A Jupiter!
1MNDARK.
que je marche avec franchise dan» les voies de la vertu . alin qu'en descendant au lombeau , je lègue A mes fils une gloire sans lâche, un nom que rien n'ait avili.
Il est des hommes que dévore la soif de for, d'autres qui convoilent d'immenses héritages : pour moi , jusqu'à ce que la lerre engloutisse ma dépouille mortelle , je borne mon ambition A plaire a mes concitoyens . à louer ce qui est digne de louanges et à blâmer ce qui est digne de censure. Tel que l'arbuste, nourri par la rosée bienfaisante du ciel . élève dans les airs sa cime verdoyante , ainsi la vertu s'accroît par les justes éloges du sage.
Combien la possession d'amis fidèles est un trésor précieux ! La gloire que nous ont méritée nos travaux acquiert un nouveau lustre par leurs suffrages . et leur cœur n'a pas de plus doux plaisir que de la publier au loin par leurs bienveilians témoignages. Je ne peux, ô Mégas ! te rappeler à la vie : jamais un aussi fol espoir ne saurait s'accomplir. Mais je puis par mes chants dresser à la famille et A la tribu des Chariades un monument aussi durable que le marbre en publiant ta victoire et celle de Ion fils à la double course du stade. Quel plaisir je goûte à élever mes hymnes a la hauteur de vos travaux ! Les charmes delà poésie font oublier aux athlètes les plus rudes fatigues; aussi l'usage de chanter ainsi leurs triomphes était-il déjà consacré chez les peuples longtemps avant les combats d'Adraste avec les enfans de Cadmus.
\ (.H ROM M S. n'ETVV , Vainqueur à la course des cliari.
Muses, quittez Sicyone et les sacrés parvis d' Apollon ; volez en chœur vers la cité nouvelle d'Etna, où la maison fortunée de Chromius peut à peine contenir la foule d'étrangers qui se pressent sous ses portiques ; chantez en son honneur un hymne dont les doux accens plaisenl à ce héros : son char triomphal, traîné par deux coursiers vainqueurs dans la carrière , réclame de vous un chant de victoire digne de La!onc, digne de ses deux lils , éternels protecteurs des jeux qu'on célèbre a Pylho.
De lout temps les mortels furenl persuadés que c elait pour eux un devoir de sauver de
| l'oubli les actions héroïques; cl les chants, inspirés par un dieu , furenl jugés seuls capables i de seconder un si juste désir. Eh bien! que les cordes frémissantes de ma lyre, que le son mélodieux des flûtes proclament la victoire remportée par Chromius à la course des chars, ' dans ces jeux que jadis Adraste établit en l'hon- : ncur d'Apollon sur le rivage de l'Asopus (1). I Héros que ma AI use chante en ce jour, permets • que j'oublie un instant tes louanges pour rap- ' peler l'origine de ces jeux célèbres!
Adraste régnait dans Sicyone; là, par la pompe des fêtes, la nouveauté des combats où : les jeunes athlètes déployaient la force de leurs bras et leur adresse a conduire des chars éclalans, il étendait au loin la renommée delà ville qu'il habitait. Il avait fui d'Argos pour échapper A la haine d'AmphiaraOs et A la révolte impie que cet audacieux avait excitée contre le j trône et la maison de ses pères. Ainsi les enfans de Tain ils, victimes du fléau de la discorde, semblaient pour jamais avoir perdu l'empire. Mais Adraste , en héros sage et puissant, sut | mettre un terme aux maux de sa famille : il \ unit sa sœur Eriphyle au fils d'OTclée, à qui elle [ devait élre si funeste, et cet hymen devint le gage assuré de la réconciliation. Dés lors les enfans de Talaûs acquièrent un nom illustre entre tous les Grecs à la blonde chevelure. Plus tard, ils conduisent contre Thèbes aux sept ' portes de formidables légions: mais ces gueri riers, couverts d'airain et montés sur de superbes coursiers, se mettent en marche sous les plus funestes auspices cl malgré la foudre que du haut de l'Olympe lance Jupiter en courroux: ils courent donc à leur perle. A peine arrivés sur les bords de rismen , ils perdent avec la vie l'espérance de revoir jamais leur patrie, et leurs corps inanimés engraissent la fumée qui, de sept bûchers ardens, s'élève dans les airs en nuages épais.
Cependant le fils de Saturne , d'un coup de celle foudre A qui rien ne peut résister , entr'ou- , vranl les entrailles profondes de la lerre, y engloutit Amphiaraus avec ses coursiers avant que. frappé dans sa fuite par la lance de Périclymène, il ail A rougir d'une déshonorante blessure. C'est ainsi que fuient les enfans même des dieux quand un dieu [dus puissant verse la terreur dans leur Ame épouvantée.
Immortel fils de Saturne, si je pouvais A force de vœux el de prières repousser au loir»
NÉMÉENHES.
le* lance» des orgueilleux Phéniciens, je verrais Etna , celte illustre cité , sans cesse entre la vie et la mort par leurs cruelles tentatives, jouir désormais sous ta protection d'un sort prospère. Daigne donc, je t'en conjure, accorder à ses citoyens la plus désirable des richesses, celle d'être gouvernés par la justice des lois et i de cultiver en paix les arts utiles. Elle nourrit ' dans son sein des hommes courageux , habiles à dompter les coursiers, et dont l'âme est assez élevée pour préférer la gloire aux dons d'une aveugle fortune. Désintéressement qui paraîtra incroyable parce que l'amour du gain se glisse secrètement dans les cœurs et en bannit cette noble pudeur, compagne de la gloire.
O vous! qui prêtez l'oreille à mes chants , si vous eussiez été Fécuyer de Chromius, vous l'eussiez vu dans la chaleur d'une action , combattre avec intrépidité, ici à pied dans les rangs, ailleurs à cheval , ou sur l'élément perfide; partout le sentiment de l'honneur enflammait son courage et l'excitait à éloigner de sa pairie le terrible fléau de Bellone. Peu d'hommes surent comme lui, allier au milieu du carnage , la bravoure et la présence d'esprit si nécessaires pour semer dans les rangs ennemis le désordre et la terreur. Hector seul posséda celte précieuse qualité; c'est à elle qu'il dut celle gloire florissante dont furent témoins les bords du Scamandre. C'est à elle aussi que le jeune fils d'Agésidame fut redevable de l'honneur dont il se couvrit sur les rives escarpées du profond Hélore, dans ce lieu surnommé depuis le gué de Mars.
Un jour je célébrerai ses autres exploils, ces nombreux combats où il signala sa vaillance dans les champs poudreux et sur les mers qui baignent le rivage d'Etna. Les travaux de la jeunesse, quand ils sont dirigés par la justice , préparent à la vieillesse des jours calmes el sereins. Que Chromius soit donc assuré que les dieux lui réservent une félicité digne de l'admiration des hommes. Quand, à d'immenses richesses, un mortel réunit l'éclat de la gloire, il ne lui est pas permis de prolonger sa course au delà.
De même que les festins sont amis de la douce paix, ainsi les couronnes de la victoire s'em- i bcllissent par les accens de la poésie. Au milieu des coupes, la voix prend un essor plus libre. Versez donc à l'instant l'agréable liqueur qui inspire nos chants; que le jus pétillant de la vigne remplisse ces coupes d'argent que les
coursiers de Chromius lui ont méritées avec des couronnes tressées par Thémis aux jeux sacrés que célèbre Sicyone en l'honneur du fils de La loue.
Puissant Jupiter, fais que 1rs Grâces répondent tant d'éclat sur mes hymnes, qu'ils élèvent au-dessus de mille autres la vertu et le triomphe de Chromius! Père des dieux et des hommes, puissé-Je avoir atteint le but que s'est proposé ma Muse !
A THIÉUS, FILS D'UUUS, Vtinqocur i la lutte.
Grâces , chantez la cité où régna Danaiis sur un trône entouré des cinquante filles dont il fui le père ; chantez Argos, séjour digne de la majesté de l'auguste Junon. Les hauts faits de ses intrépides enfans ont élevé Argos au comble de la gloire ; qui pourrait raconter les exploils de Persée contre Méduse , l'une des Gorgones , cl compter les cités célèbres qu'Epaphus fonda en Egypte? Que dirai-je de celte Hypermnestre , qui seule d'enlrc ses sœurs refusa d'armer son bras d'un glaive homicide? Minerve aux yeux bleus éleva Diomède au rang des immortels ; la terre entr'ouvcrle par la foudre de Jupiter engloutit , près de Thèbes , le devin fils d'Oïclée, lorsque semblable à l'orage , il menaçait la villo aux sept portes; Argos enfin, entre toutes les villes de la Grèce , n'est pas moins féconde en jeunes beaulés^y témoins Alemène et Danaéque Jupiter jugea dignes de jouir de ses tendres embrassemens. Ce dieu lui-même accorda au père d'AdrasIe et â Lyncée les inappréciables vertus, la justice et la sagcsse.y
Argos fut le berceau du valeureux Amphitryon, qui eut le bonheur de mêler son sang à celui du divin fils de Saturne. Amphitryon vainquit les Téléboens aux armes d'airain ; el ce fut sous sa figure que le roi des immortels en'ra dans le palais de ce prince pour donner naissance â l'invincible Hercule, qui partage dans l'olympe la couche d'Hébé , la plus belle des nymphes que Junon vit à sa suite. Pour rappeler tous les faits glorieux dont l'heureuse Argos fut le théâtre, ma langue tenterait d'inutiles cflbrls ; il sérail d'ailleurs dangereux pour moi d'engendrer la saliété.y
Élève donc, ô ma Mfose ! élève les accens de la lyre pour chanter dignement les luttes el