‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 167 sur 395 · VIE D'ANACRÉON · texte numérisé non relu

VIE D'ANACRÉON

La vie d'Anacréon est à peine arrivée jusqu'à nous: comme tous les grands poètes de l'antiquité, le chantre des Grâces a été si souvent édité, commenté, annoté, que la vérité a disparu sous les orneniens. Nous ne savons presque rien de certain sur lui : les traducteurs se sont laissés aller au plaisir de faire chacun une préface sur l'homme dont ils s'étaient rendus les interprètes et les adorateurs ; une critique peu éclairée leur a fait recueillir des matériaux contradictoires. Il nous est aujourd'hui Ires-difficile de choisir.

Ainsi les uns le font naître vers la soixante-douzième olympiade, les autres à la soixante-deuxième, Suidas à la cinquante-deuxième. Sa famille n'est guère plus connue. Les commentateurs, généalogistes toujours charitables, lui ont donné quatre frères : Scythinus , Lamelus , Aristocritus et Parthènion ; quelques-uns même, se fondant sur un passage mal interprété de Platon, l'ont fait descendre du roi Codrus.

Anacréon naquit dans la ville de Téos, ville voluptueuse et charmante de l'Ionie. 11 s'attacha à Polycrate, tyran de Samos, devint son ami et s'aliandonna toujours aux délices des plaisirs et d'une vie facile. Il est bien vrai que M. Dacier , se fondant sur une anecdote douteuse racontée par Maxime deTyr, nous représente Anacréon comme le premier ministre, le conseiller d'état de Polycrate ; mais nous ne trouvons dans les œuvres du poëte nulle trace de politique. Il ne paraissait pas faire grand souci des droits des peuples ou des droits de la royauté. Le pays dans lequel il écrivait était d'ailleurs, par le charme du climat , par le progrès des arts, par la volupté raffinée de ses manières, entraîné à une existence délicieuse. Anacréon s'y abandonna : ses odes nous le montrent toujours amoureux et volage ; il aima et il célébra les jeunes filles ; même dans un Age avancé, il mêla ses cheveux blancs à leurs blondes tresses : « Pourquoi ne pas mêler le lis aux roses, nous dit-il , leur couleur se marie si bien? » Il aima le vin ; Ovide l'appelle avec enjouement et ironie Finotuê sent*. Il réunit ainsi tous les vices aimables de la Grèce folle et empressée aux plaisirs : il se fit heureux de ce bonheur sensuel que consacraient les anciennes religions ; il aug-

menta toujours par une douce philosophie et par la crainte de la mort qui s'avance les insaliabl?s désirs de volupté. Frère aîné d'Horace , dans l'ordre des temps et de la poésie, il ne vit dans la tomlie qu'une éternelle interruption du bonheur. Il avait bAte de s'abandonner à la joie, et tous ses jours s'écoulèrent dans les transports de l'ivresse et de la jouissance.

S'il faut en croire Platon, Hipparque voulut attirer Anacréon à sa cour et lui envoya une barque. Le poêle ne sut pas résister à cette séduction : il apporta son aimable gaité et ses poésies au tyran d'Athènes , à celui qui le premier ayant réuni Y Iliade et VOdyuée voulut que les rhapsodes les chantassent dans les fêtes panathénées. Puis à la mort du tyran il retourna à Téos.

Anacréon eut une mort pareille à sa vie ; elle est le plus parfait emblème de son caractère et de ses habitudes : il fut suffoqué dans la quatre-vingt-cinquième •innée de son Age par une graine de raisin.

Nous avons recueilli de l'antiquité quelques monumens peu certains des traits et de la physionomie du poëte. L'Iconographie de Canini et V Iconographie grecque de Visconti nous indiquent de belles médailles comme reproduisant avec exactitude la tète d'Anacréon. La bibliothèque royale de Paris (cabinet du roi) en renfermait une ainsi expliquée : « La tèle de Neptune en profil , le dauphin et le trident qui sont dans le champ de la médaille caractérisent ce dieu. La légende du revers porte une inscrip'ion qui indique que c'est une monnaie des habilans de Téos sous le préteur de Tibérius Pépon. On y voit un poëte avec une longue barbe et jouant de la lyre : cette image, quoique sans inscription , est certainement relie du poëte. » M. de Saint-Victor a fait dessiner celte médaille au frontispice de la troisième édition de la traduction des Ode» d'Anacréon.

Il ne nous reste qu'un pelit nombre des ouvrages d'Anacréon. Oulre ces petiles odes charmantes, modèles de grAce et de fraîcheur, il avait écrit d«s hymnes qui sont perdues et des épigrammes dont quelques-unes seulement sont parvenues jusqu'à nous. Un passage de l'ode XVII» d'Horace nous permet de

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